Coupe du monde 2014SportsFrance

Najat Vallaud-Belkacem, milieu gauche récupératrice de l'équipe de France

Yannick Cochennec, mis à jour le 15.06.2014 à 9 h 09

En tant que porte-parole du gouvernement, elle s'était habituée à la langue de bois. La voici véritable com’ com’ girl de la Coupe du monde.

Najat Vallaud-Belkacem, emportée dans une ola à Roland-Garros, vêtue du maillot des Bleus, le 7 juin 2014. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Najat Vallaud-Belkacem, emportée dans une ola à Roland-Garros, vêtue du maillot des Bleus, le 7 juin 2014. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

La Coupe du monde de football au Brésil va-t-elle offrir une bouffée d’oxygène à François Hollande comme celle de 1998 avait pu sortir du coma Jacques Chirac, président alors marginalisé par la cohabitation et son Premier ministre, Lionel Jospin? 

A l’Elysée, ce rêve est naturellement caressé au milieu du cauchemar actuel d’enquêtes d’opinion désastreuses ressemblant à un hiver médiatique qui n’en finit pas. Il n’est pas sûr que l’équipe de France ira au bout de ce Mondial, mais au moins a-t-elle, en apparence, plus belle figure que sa devancière sud-africaine et il est clair que le gouvernement compte sur elle pour insuffler un peu, si ce n’est beaucoup, d’énergie positive à ce pays démoralisé.

Com' com' girl

Dans cette météo morose et en guettant l’éclaircie brésilienne, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, est chargée de la mise en musique de cette Coupe du monde vue de l’Elysée ou de Matignon. 

Et elle ne ménage pas ses efforts pour orchestrer cette (déjà) petite tentative de récupération d’une équipe de France qui, elle-même, met en scène sa propre résurrection médiatique afin de javelliser les taches indélébiles de Knysna.

Cette habituée de la langue de bois au moment où elle était porte-parole du gouvernement de Jean-Marc Ayrault s’est muée en véritable com’ com’ girl de cette Coupe du monde, événement qui lui vaut de fréquenter tout ce qu’il est possible et imaginable d’émissions d’information, Thierry Braillard, son secrétaire d’Etat aux Sports, se contentant de ramasser les miettes sur la touche. 

Les interviews s’enchaînent à tour de bras et nous apprenons même qu’elle répond aux questions de journalistes avec... une écharpe de l’équipe de France autour du cou! Sa finale idéale? Brésil-France, bien sûr! Car oui, elle voit les Bleus en finale!

Sur son compter Twitter, qui relaie la bonne parole de cette nouvelle évangéliste des hommes de Didier Deschamps, elle lâche les freins:

 

 

A Roland-Garros, comble du comble (et du ridicule), elle apparaît dans la tribune officielle vêtue d’un maillot de l’équipe de France estampillé Nike qu’elle n’est pas peu fière de montrer à Rafael Nadal, autre porte étendard de la grande marque américaine. Et tant pis si Nike fait confectionner ses maillots dans des pays qui foulent au pied les droits sociaux des salariés: pour ce qui est de l’égalité des droits, notre ministre attendra probablement la fin de la Coupe du monde pour reprendre ses dossiers.

 

 

Dérive ou faiblesse médiatique qui en rappelle une autre: celle de Roselyne Bachelot et de Rama Yade, chargées des sports à des degrés divers sous Nicolas Sarkozy, lors de la précédente Coupe du monde en Afrique du Sud où elles en avaient fait également des kilos de sucre en termes de communication avant de se retrouver embourbées et ridiculisées au cœur de la crise de Knysna. Dans leur manière d’agir, tout est semblable, ou presque, avec les mêmes trucs et alibis. 

Se rendre à la Coupe du monde pour encourager les Bleus, mais ne pas oublier de passer par un township pour Rama Yade ou, une favela pour Najat Vallaud-Belkacem, histoire de penser tout de même un peu aux défavorisés qui ne pourront pas assister aux rencontres de la Coupe du monde et histoire aussi de faire quelques jolies photos qu’il est alors commode de faire diffuser.

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Le nombre de ministres des Sports depuis 2007

Dans ce néant absolu de la communication, commun à la gauche et à la droite, la politique n’a évidemment rien à y gagner si ce n’est à se démonétiser une nouvelle fois.

Alors que Nathalie Iannetta, journaliste à Canal + pendant de longues années, devient conseillère aux sports de François Hollande à l’Elysée, cette présidence aurait eu tout intérêt à supprimer ce ministère des Sports qui ne sert pas à grand-chose et dont les attributions auraient pu être réparties entre le ministère de l’Education et celui de la Santé.

Un ministère pour rien

L’un des premiers actes forts de Najat Vallaud-Belkacem a été, ne l’oublions pas, de faire passer par-dessus bord la loi sur la modernisation du sport qu’avait préparée Valérie Fourneyron, sa devancière, pour calmer quelques lobbys. Tous les observateurs savent qu’il ne se passera rien d’important sous son ministère dans un gouvernement qui, de toute façon, essaiera de ne plus fâcher personne jusqu’en 2017.

Alléluia, en 2016, il y aura l’Euro de football organisé en France et il sera alors bien temps de renfiler son maillot de l’équipe de France et de faire la tournée des popotes médiatiques en espérant voir nos Bleus triompher à domicile comme en 1984 et 1998. 

Reste à savoir si Najat Vallaud-Belkacem (ou Thierry Braillard) sera encore à la tête d’un ministère des Sports qui a connu... huit ministres des Sports ou secrétaires d’Etat depuis 2007 (Roselyne Bachelot, Bernard Laporte, Rama Yade, Chantal Jouanno, David Douillet, Valérie Fourneyron, Najat Vallaud-Belkacem, Thierry Braillard). Tous aussi oubliables les uns que les autres en dehors de quelques pétard médiatiques dans ce carnaval de l’information qui, pendant un mois, va pousser ses chars dans les stades brésiliens.

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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