France

Grèce: pourquoi y-a-t-il autant d'incendies de forêts? (MaJ)

Quentin Girard, mis à jour le 25.08.2009 à 11 h 59

Les feux en Europe se multiplient.

Depuis vendredi 21 août, les incendies sont aux portes d'Athènes et ravagent une partie de la Grèce. 15.000 hectares ont brûlé. Les pompiers, malgré les renforts aériens internationaux, peinent toujours à maîtriser les feux. «Pour les experts, le peu de prise en compte des impératifs environnementaux par les dirigeants politiques explique aussi l'ampleur des dégâts des feux», rapporte le nouvelobs.com. «La construction dans des zones hors plans d'aménagement des sols est autorisée, mais sans que les infrastructures ne suivent, le résultat c'est que sur ce feu, il y avait par exemple des zones entières sans bornes d'incendie», affirme Christina Théohari, docteur en environnement et conseillère de la Chambre technique de Grèce.

Slate s'était déjà demandé début août pourquoi cela brûle l'été et pourquoi l'importance des zones touchées varient selon la végétation et les pays.

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Les incendies sont cet été particulièrement virulents dans toute l'Europe méditerranéenne. La France, l'Espagne, l’Italie, la Grèce, personne n’est épargné. Depuis le début de la période estivale, l'Espagne est le pays le plus touché. Sur l'île de La Palma, dans l'archipel des Canaries, sans la baisse subite des températures, les pompiers n'auraient pas pu maîtriser l'ampleur du feu. Selon la présidente de l'administration de l'île, «1.500 à 2.000 hectares» de pinèdes sont partis en fumée, 4.000 personnes ont dû être évacuées ce week-end et 500 pompiers, gardes forestiers et militaires sont mobilisés.

Selon l'AFP, en Europe, «75.000 hectares sont partis en fumée depuis janvier, dont 45.000 hectares ces deux dernières semaines». Après une année 2008 plutôt calme car très humide, notamment en France, 2009 semble revenir vers la tendance négative de 2007. Mais pourquoi cela brûle particulièrement dans le bassin méditerranéen? Plusieurs facteurs doivent entrer en considération:

Le climat:

Le climat sec et méditerranéen est naturellement plus propice aux incendies, au contraire de celui atlantique des Landes par exemple où l'on peut retrouver pourtant le même type de forêts. Un climat que l'on retrouve aussi en Californie et dans une partie du Sud de l'Australie. Ainsi, ce n’est pas la chaleur qui est le plus dangereux, c’est surtout la sécheresse.
De plus, avec le changement climatique, «il peut y avoir de plus en plus de vent, des canicules et des sécheresses importantes qui multiplient les risques», explique Corinne Lampin-Maillert, ingénieur-chercheur au Cemagref d’Aix en Provence. Grâce en partie aux moyens de prévention, depuis 25 ans, l’on a assisté à une diminution de la superficie brûlée, notamment en France, mais cette tendance pourrait s’inverser sur le long terme.

Christopher Carcaillet, chercheur en bio-archéologie et écologie estime que l'élévation des températures au XXIe siècle, «contribuera directement à une forte poussée des incendies dans le bassin méditerranéen».  Cette augmentation comprise entre 1,8 et 4 degrés d'après les simulations du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) entraînera une baisse des précipitations et une évaporation plus importante, deux facteurs qui favorisent les incendies.

Le type de végétation:

Les forêts méditerranéennes sont aussi habituées à brûler. La pinède (notamment les pins d'Alep dans les Bouches du Rhône ou en Espagne) est le type de forêts le plus présent dans la zone, mais l'on trouve aussi des forêts d'eucalyptus (Portugal) et de chênes-lièges, très présentes dans la péninsule ibérique et en Afrique du Nord  Le chêne-liège est la seule essence forestière française cultivée pour son écorce. Elle protège en partie l’arbre des incendies (plus l’écorce d’un arbre est épaisse, plus elle protège les tissus vivants de la chaleur). Au moins partiellement, trois mois après le feu, l'arbre se couvre à nouveau de feuilles. Le maquis et la garrigue n'échappe pas non plus aux feux, comme le rappellent les derniers incendies en Corse du Sud ou tout près de Marseille.

La nature faisant bien les choses, sauf incendies répétés, les forêts méditerranéennes ont intégré dans leur cycle de vie ces incidents et s'y adaptent. Les mêmes incendies sur d'autres types de forêts provoqueraient des dégâts irrémédiables.

La déprise agricole:

Le continuum forestier est aujourd'hui très important, notamment en France. Avant la forêt était utile économiquement. Aujourd'hui, «elle est plus perçue comme patrimoniale et elle est dévolue au tourisme donc elle est moins bien entretenue, il y a moins de débroussaillement et toute une végétation plus susceptible de brûler se développe», explique Corinne Lampin-Maillet.

Ce phénomène de déprise agricole peut varier selon les pays. En France, depuis 25 ans, la part des terres agricoles diminuent de «0,4% par an et celle de la forêt augmente de 0,6% soit 15 000 hectares», selon l'ingénieur-chercheur du Cemagref. En Espagne, la situation diffère selon les régions. Dans certaines, il y a toujours une forte dynamique agricole qui cause de nombreux départs de feux. Dans d’autres, c’est la même situation que dans l'hexagone.

La maîtrise de l'urbanisation et la prévention

Slate l’écrivait déjà dans l’article Qui allume les feux de forêts?, la majorité des incendies sont imputables à l’homme. En cela, la maîtrise de l’urbanisation est essentielle. En Californie ou en Australie, il est pratiqué la techique du «let it burn», le laisser brûler. On laisse des dizaines de milliers d’hectares brûler considérant que c’est naturel. Cette technique peut être applicable grâce aux grands espaces vides de toutes habitations. En Europe, les superficies sont trop faibles. En France notamment, la politique est au contraire d’agir le plus vite possible. Dans la région PACA, une unité de pompiers doit pouvoir être mobilisée dans les dix minutes après le signalement d'une alerte.
Pour les particuliers, Corinne Lampin-Maillet, rappelle que si le débroussaillement a bien été fait autour de la résidence (un rayon de 50 mètres si l’habitation est à moins de 200m d’une zone forestière), «il y a 80% de chance que le feu n’endommage pas la maison».

La politique forestière des Etats et des départements


Chaque Etat naturellement ne consacre pas le même budget à sa politique forestière. En France, il était de plus de 300 millions d’euros en 2008 dont 46 millions alloués à «la prévention des risques et protection de la forêt», dans «le programme 149 Forêt».
Chaque département met également en place son propre plan de protection des forêts contre les incendies (PPFCI). Les conditions d’intervention et la prévention peuvent donc varier même si les plans sont mis en place suite à un cahier des charges très strictes. Tous les départements ne pratiquent pas ainsi le brûlage dirigé, technique très pratiquée au Portugal et en Espagne, et beaucoup moins onéreuse que le débroussaillement.

Par Quentin Girard

Image de Une: REUTERS/John Kolesidis, un paysan tente d'éteindre les flammes en Grèce

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