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L’Etat islamique en Irak et au Levant est-il devenu un vrai Etat?

Des combattants du groupe appelé Etat islamique en Irak et au Levant paradent dans la ville de Tel Abyad en Syrie, en janvier 2014, près de la frontière avec la Turquie. REUTERS/Yaser Al-Khodor

Des combattants du groupe appelé Etat islamique en Irak et au Levant paradent dans la ville de Tel Abyad en Syrie, en janvier 2014, près de la frontière avec la Turquie. REUTERS/Yaser Al-Khodor

Après la prise de Mossoul, la question mérite d'être posée.

Après la chute de Mossoul, le mardi 10 juin, des experts du terrorisme comme Charles Lister de la Brookings Institution et Peter Neumann du King’s College suggèrent que l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) –le groupe militant qui a pris la ville irakienne– n’est désormais plus très loin de devenir «l’Etat islamique» que son nom indique.

C’est une question qui vaut le coup d’être posée. Comme le remarque Liz Sly dans le Washington Post, l’EIIL, qui est la progéniture d’al-Qaida en Irak, et qui est né il y a un an seulement «gouverne en réalité une étendue de territoire de la taille d’une nation qui s’étend de l’est d’Alep en Syrie à Falloujah, à l’ouest de l’Irak. Et cela inclut désormais la ville de Mossoul, au nord de l’Irak».

 

 

Les estimations des forces de l’EIIL varient entre 7.000 et 10.000. Contrairement aux autres groupes rebelles syriens, l’EIIL se concentre moins sur le renversement du régime d’Assad.

En revanche, il essaie autant que possible d’appliquer sa version austère et sévère de la loi islamique dans les zones qu’il contrôle, mais aussi l’objectif plus large qu’est la création d’un Etat islamique uni.

Tous les rapports indiquent que l’EIIL semble devenir une force politique plus dominante dans les zones sous son contrôle que les gouvernements syrien ou irakien.

Alors devrions-nous commencer à considérer l’EIIL comme un proto-Etat ? Un Etat non reconnu mais qui possède de facto une entité souveraine? Ou l’EIIL aura-t-il un destin similaire à celui de l’Azawad, l’Etat rebelle du Nord-Mali qui a déclaré son indépendance après avoir chassé l’armée malienne avant d’être repoussé par une coalition internationale menée par la France, l’année suivante?

Je pencherais pour la dernière proposition. D’abord, la version brutale de la charia que l’EIIL applique dans les zones syriennes qu’il contrôle –qui implique des décapitations et des amputations– semble provoquer un énorme ressentiment de la part des gens qui vivent sous ce drapeau noir.

Les islamistes maliens ont connu un problème similaire. Il semble qu’une des difficultés pour établir un «Etat islamique» comme les groupes extrémistes le définissent soit que personne ne veut vraiment vivre sous ce régime.

Il y a également eu des signes, depuis quelques temps, qui indiquent que l’EIIL utilise ses ressources au maximum en Syrie et que le territoire qu’il contrôle soit constamment en train d’évoluer et mal défini. Il mène actuellement une guerre sur trois fronts : face au gouvernement irakien, face aux forces de Bachar el-Assad et face aux autres groupes rebelles syriens.

L’opposition à l’EIIL est une des rares choses sur lesquels les leaders américains, iraniens, et même d’al-Qaida sont d’accord. Après les évènements de ce mardi, je pense que l’EIIL va attirer encore plus l’attention internationale sur lui.

D’un autre côté, comme le raconte le New York Times, l’EIIL ne va que grandir après aujourd’hui, étant donné qu’il utilise «les réserves d’argent liquide des banques de Mossoul, l’équipement militaire saisi sur les bases militaires et les bases de police. Ils ont également relâché 2.500 combattants de prisons locales. Le tout pour augmenter leurs capacités militaires et financières».

Et il y a d’autres preuves qui suggèrent qu’Assad ait choisi de ne pas frapper trop fort sur l’EIIL, dans les zones syriennes. Ceci est un pari destiné à diviser les groupes rebelles.

Je ne suis pas encore prêt à désigner l’EIIL comme un vrai Etat, pour le moment, mais après ce mardi, et la prise de Mossoul, le groupe a prouvé qu’il ne devait pas être sous-estimé.

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