SportsCoupe du monde 2014

Pourquoi la France va se planter rapidement dans ce Mondial

Mathieu Grégoire, mis à jour le 15.06.2014 à 16 h 29

Privés de Ribéry, ces Bleus sans grande expérience internationale ne vont pouvoir compter que sur Benzema...

Didier Deschamps à son arrivée à l'aéroport Sao Paulo-Guarulhos le 9 juin 2014. REUTERS/Ivan Alvarado

Didier Deschamps à son arrivée à l'aéroport Sao Paulo-Guarulhos le 9 juin 2014. REUTERS/Ivan Alvarado

Comme nous sommes bien sûr totalement de mauvaise foi, nous avons aussi écrit «Pourquoi la France ira loin dans ce Mondial».

«Le groupe vit bien.» Le présentateur Christian Jeanpierre a lancé l’alerte en plein match  France-Jamaïque. Cette expression augure souvent de sombres présages. Dans les clubs, elle est à la mode pendant les matchs amicaux estivaux: tout va bien, le soleil est au zénith, les rôles dans l’équipe ne sont pas figés, les remplaçants ne sont pas encore remplaçants, et la saison n’ayant pas débuté, aucune défaite n’est à déplorer. A l’Olympique de Marseille, l’expression «le groupe vit bien» se double en période de crise du désormais classique: «Ben oui, jeunes comme anciens, on joue tous ensemble au perudo» (copyright André-Pierre Gignac, janvier 2014).

Alors ok, le groupe tricolore vit bien, mieux que celui, rugueux, des Pays-Bas par exemple. C’est une joyeuse colonie qui débarque et découvre ses quartiers au Brésil, prend des selfies, se checke et se rechecke –à ce sujet Stéphane Meunier pourrait faire réaliser aujourd’hui les Yeux dans les Checks des Bleus (90mn, Capa), tant cette activité est prédominante.

1.Parce que ce sont des bleus(des novices, pas des Français)

Neufs petits matchs de Coupe du Monde au compteur. Quatre vétérans de 2010 (Patrice Evra, Hugo Lloris, Bacary Sagna, Mathieu Valbuena) contre seize pour la Roja espagnole. Les Bleus sont globalement des «pieds tendres», comme on dit dans les saloons de l’Ouest brésilien.

Lloris, le capitaine au charisme minimal, a beau tenter de nous rassurer («Il faut de l’expérience, bien sûr, mais il faut davantage montrer de l’envie, de l’abnégation, de la rigueur, adhérer à un projet collectif»), les experts nous rappeler la virginité de France 98, on reste sceptique sur la capacité des Bleus à gérer pression et tensions, à commencer par cette entrée en matière face au Honduras, ce dimanche soir.

N’en doutez pas, ces gars d’Amérique Centrale ne ressembleront en rien aux doux Jamaïcains, les coups foisonneront, plus appuyés les uns que les autres. Le volume du trentenaire Jérémy Toulalan, profession nettoyeur-repasseur, n’aurait pas fait de mal dans l’entrejeu, mais il ne s’est toujours pas remis de Knysna, au grand dam du sélectionneur, et sa pénitence durera encore longtemps. 

2.Parce que RibéryComment briller sans l'étoile?

Franck Ribéry a fait son mea culpa depuis longtemps, mais son dos n’a pas déclaré de trêve.

L’équipe de France a perdu un «fuoriclasse», cette étoile capable de changer le cours d’un match selon le vocable éternellement élégant du foot italien. 

3.Parce que BenzemaPeut-il marquer (dans) la compétition?

Il ne lui reste que Karim Benzema. N’en déplaise à l’attaquant du Real Madrid, fan déclaré de Charles Aznavour, c’est un peu court pour emmener les Bleus au pays des merveilles. Avant l’Euro 2012, Benzema avait annoncé la couleur:

«Tout ce que je tente en ce moment, je le réussis.»

Il termina la compétition avec «seulement» deux passes décisives.

Laissé à quai par Raymond Domenech en 2010, il n’a toujours pas marqué une grande compétition de son empreinte. Ni marqué, tout court, en fait. Et dire qu’il lui faudra peut-être défendre sur le flanc gauche si Giroud est aligné à ses côtés...

Jugeant le collectif français intéressant, l’ancien sélectionneur Gérard Houllier confiait ainsi à France Football, l’automne dernier:

«Il manque à cette équipe un joueur d’exception, capable de lui donner une étincelle différente, une ambition, de transformer son jeu et de la faire gagner.»

Et de citer Kopa, Platini et Zidane.

4.Parce que la défenseCe n'est pas la robustesse d'antan

Les prometteurs Griezmann, Pogba ou Varane vont en prendre plein les mirettes, mais seront plutôt arrivés à maturation à l’Euro 2016. Trop gentils, trop proprets encore. La défense centrale flambant neuve Sakho-Varane n’offre pas aujourd’hui les garanties des verrous à double tour d’antan, socle des grandes épopées des Bleus (Laurent Blanc–Marcel Desailly ou à un degré moindre Lilian Thuram–William Gallas).

Dur sur l’homme, prêt à dévorer l’attaquant adverse, Sakho sait aussi parfaitement balancer une relance hasardeuse à la 89e minute, déclenchant la peur sur la ville.

Prisé très jeune, Lloris a parfois semé le trouble, notamment en Biélorussie, en septembre dernier. L’équipe de France surfe depuis quelques mois sur un élan intéressant, mais n’a pas encore l’identité de jeu d’équipes plus abouties (l’Espagne, l’Allemagne, le Brésil, voire l’Argentine et d’autres outsiders).  

5.Parce que son groupeUne sortie en 8es est envisageable

Le premier tour n’aura rien d’une formalité pour la bande à DD. La France, qui aura eu moins de six jours pour se digérer le décalage horaire, devra être bien réveillée. Elle n’a plus gagné son premier match lors d’un tournoi majeur depuis l’Euro 2004. Le Honduras va écorcher genoux et chevilles, et il faudra s’arracher pour mettre en difficulté un bloc défensif très épais.

La Suisse cosmopolite, tête de série du groupe, peut ensuite s’avérer particulièrement pénible. Face à cette valeur sûre des débuts de compétition, la France n’avait pas obtenu mieux qu’un nul en 2006, et l’Espagne était tombée en 2010 (1-0).

Quant à la sélection équatorienne, aux globules rouge rodés par l’altitude de Quito, elle a l’habitude des conditions climatiques et des pelouses locales. Avec ses infatigables ailiers, elle a étonné lors des éliminatoires de la zone AmSud, tombant notamment la Colombie et l’Uruguay à domicile. En préparation, elle a obtenu le nul face au Pays-Bas (1-1) et l’Angleterre (2-2). 

Une élimination d’entrée, et les Bleus seraient la risée de l’Hexagone. Une deuxième place du groupe, derrière la tête de série suisse par exemple? L’Argentine ne les manquera pas. Une sortie de route en huitièmes de finale serait finalement logique. 

6.Parce que leur niveauCe ne sont plus les Bleus 98

La France ne pointe qu’à la 17e place du classement Fifa. L’Uruguay fait plus peur qu’elle parmi les autres nations. Une grosse moitié du contingent tricolore a déjà réussi son Mondial en intégrant le groupe. Le niveau global a baissé depuis les exploits de Zidane & Cie.

S’il  n’y a plus de joueurs de l’OL comme autrefois dans l’effectif, trois d’entre eux viennent de Newcastle. Pas sûr que la sélection ait gagné au change. Moins de capes (21,35 en moyenne), moins de talent, moins de vice aussi, pas encore de tauliers, on a l’impression que cette équipe est en reconstruction et qu’elle enterrera au Brésil les derniers cadavres de Knysna avant d’entamer un nouveau cycle.

Evra est le dernier représentant d’une génération maudite, ayant durablement impacté le football français. Deschamps, qui peut inculquer la gagne mais pas rentrer sur le terrain, s’attaque à formater la suivante. Pour 2014, il est trop tôt.

Ça y est? On vous a convaincu? Voilà de quoi vous faire changer complètement d'avis: «Pourquoi la France ira loin dans ce Mondial».

 

Mathieu Grégoire
Mathieu Grégoire (29 articles)
Journaliste
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