Coupe du monde 2014Sports

Pourquoi la France ira loin dans ce Mondial

Mathieu Grégoire, mis à jour le 13.06.2014 à 7 h 04

Cette équipe est menée par Didier Deschamps, elle est jeune mais pas trop, peut compter sur Pogba et a su tourner la page Knysna.

Antoine Griezmann, Paul Pogba et Karim Benzema le 8 juin 2014 au stade Pierre-Mauroy de Villeneuve d'Ascq , pendant le match préparatoire contre la Jamaïque. REUTERS/Pascal Rossignol

Antoine Griezmann, Paul Pogba et Karim Benzema le 8 juin 2014 au stade Pierre-Mauroy de Villeneuve d'Ascq , pendant le match préparatoire contre la Jamaïque. REUTERS/Pascal Rossignol

Comme nous sommes bien sûr totalement de mauvaise foi, nous avons aussi écrit «Pourquoi la France va se planter rapidement».

Au commencement du foot français était Didier Deschamps. Le totem de la génération 1998, un aspirateur à titres, relayeur de ballons et de traditions.

A 45 ans, DD le sélectionneur est aussi pragmatique que DD le joueur. Il prend en compte une multitude de paramètres avant de trancher, veut contrôler au maximum la solution instable représentée par un groupe de footeux. 

1.Parce que Nasri(ou parce que DD)

Le dossier Samir Nasri est symptomatique. Il sait tout le talent du garçon, largement supérieur à celui d’un Mathieu Valbuena, par exemple. Mais Valbuena, cet affectif pas bien méchant, Deschamps le gère parfaitement. Alors que Nasri, c’est autre chose. Un sacré malin, qui va savamment casser du sucre sur le dos d’un rival ou d’une victime expiatoire, capable de faire dégoupiller le plus éclairé de ses coéquipiers. L’équilibre ou les fulgurances?  Contrairement à son prédécesseur, le lisse Laurent Blanc, Deschamps a choisi. Conjuguées au forfait de Franck Ribéry, on regrettera bien les confiseries de Nasri sur certaines rencontres poussives, mais sur la durée de la compétition, les bénéfices seront nombreux.

2.Parce que PogbaFacile. Trop facile?

Bon, dans les meilleurs repères de futsal d’Ile-de-France, vous verrez des ados faire la même chose avec brio. N’empêche qu’à chaque visionnage, on prend plaisir à voir ce grand échalas aux jambes interminables réaliser cet enchaînement. Paul Pogba a tout pour illuminer ce Mondial brésilien. Fin janvier, dans un salon de la Commanderie, le Marseillais Florian Thauvin nous avait raconté sa jeune carrière et ses rencontres marquantes. Dont celle-ci:

«La première fois que je me suis dit: ‘‘Ce mec, c’est la classe au-dessus!’’? Paul Pogba, sans hésitation. En équipe de France des U19, on jouait contre la République Tchèque (le 25 mai 2012). Dès que j’ai vu Paul, j’ai tilté: il a un truc que les autres n’ont pas. Et puis Ibrahimovic, qui nous a mis deux buts à Furiani (4-0 pour le PSG, en septembre 2012).»

Il est facile Pogba, parfois trop, tellement sûr de ses forces qu’il décroche lors de certaines rencontres. Heureusement, le grand manitou Deschamps veille, tout comme son ancien partenaire à la Juventus, Antonio Conte. En 2013, DD a ainsi viré de Clairefontaine le chaperon de Pogba, agent un peu trop à l’aise dans ce sanctuaire réservé aux joueurs.   

3.Parce qu'ils sont jeunes(mais pas trop jeunes)

Comme son camarade Raphaël Varane, tout aussi fin techniquement mais plus fragile physiquement, ou encore le latéral du Paris-SG Lucas Digne, Pogba représente une nouvelle génération qui s’installe plus tôt que prévu. Champions du monde des U20 l’été dernier en Turquie, Pogba & Cie sont programmés pour l’Euro français en 2016. Ce sang neuf injecté précocement et à petite dose offre un intéressant mélange des générations.

L’équipe de France affichera au Mondial une moyenne d’âge de 26 ans et 10 mois, à quelques jours près, ce qui la situe à mi-chemin entre la sélection la plus juvénile (la Belgique) et la plus vieille (l’Argentine). Elle avait gagné le Mondial 1998 avec une moyenne de 27 ans et trois mois. «On est en reconstruction, avec beaucoup de jeunes», note Mickaël Landreau, le vénérable troisième gardien des Bleus.

4.Parce qu'ils ont la coteLe public les aime à nouveau

Et ces Bleus fringants ont de nouveau la cote. L’Allianz Riviera niçoise et le stade Pierre-Mauroy lillois ont explosé le record d’affluence de leur jeune histoire en accueillant les matchs de préparation face au Paraguay (1-1) et la Jamaïque (8-0). Cette dernière rencontre, une démonstration à la Harlem Globe Trotters contre des Reggae Boyz aux fraises, a régénéré un public nordiste fatigué des 1-0 du Losc version René Girard. Sur la lancée du barrage retour face à l’Ukraine (3-0), en novembre dernier, l’équipe de France fait plaisir à voir.  

5.Parce que leur groupe est faibleAller jusqu'aux quarts est possible

Honduras. Suisse. Equateur. On recommence. Honduras. Suisse. Equateur. «C’est le jackpot!», pour plagier Gilbert Brisbois, anchorman réputé de RMC, au moment du tirage au sort des poules du Mondial 2010 (Uruguay, Mexique, Afrique du Sud pour la France). Ce groupe E, d’une grande faiblesse, rappelle celui de France 1998 (Afrique du Sud, Arabie Saoudite, Danemark).

Il permettra aux Bleus de monter tranquillement en puissance et de briguer un huitième de finale accessible, face au deuxième qualifié de la poule F (vraisemblablement la Bosnie ou le Nigéria).

Logiquement, l’Allemagne attendra les Bleus en quart de finale. Dans les sondages, comme dans les bars-PMU, la vox populi considère que le Mondial sera alors réussi à ce stade.

Et pourtant. Avec Deschamps, les fameux «détails» basculent souvent dans le bon sens –si, si, rappelez-vous du somptueux contrôle du dos de Brandao contre l’Inter Milan en mars 2012.

 

 

Dans des matchs au couteau, la fraîcheur française fait la différence. Karim Benzema, Mamadou Sakho et Pogba, les rois du check, ne doutent de rien et emmènent alors les Bleus en finale, face au Brésil.     

6.Parce que Knysna est loinExit Ribéry, Nasri, Abidal

Seul au monde. A la suite de l’absence de son ami Franck Ribéry, Patrice Evra reste le principal vestige de Knysna. L’autre «grand homme» de la grève sud-africaine, Eric Abidal, n’avait pas été convoqué en mai, ses prestations monégasques étant jugées trop inégales.

En octobre dernier, dans une spectaculaire interview pour«Telefoot», Evra avait insulté plusieurs consultants. Surtout, il démontrait qu’il n’avait strictement rien appris du désastre, plus de trois ans après, l’autocritique lui étant une notion totalement inconnue. Il se savait aussi protégé par Ribéry, incontournable dans la formation de Deschamps, et prompt à montrer au créneau pour lui.  Ainsi, après Biélorussie-France (2-4), quand la star du Bayern Munich a révélé opportunément les mots à la mi-temps d’un Evra remplaçant:

«Il a eu un discours d’homme qui a fait du bien à tout le monde. Il nous a dit qu’à un moment, il fallait se lâcher.»

Sans Ribéry, Evra se retrouve face à l’émergence de nouveaux leaders en bleu. En dénonçant l’attitude de Nasri en Ukraine, en novembre dernier, Lloris, et à un degré moindre Laurent Koscielny et Mickaël Landreau, ont eu une attitude marquante. Mamadou Sakho veut aussi prendre du galon, et peut compter sur le soutien absolu de Blaise Matuidi, son ancien camarade du Paris-SG.

Ce groupe semble plus ouvert, sans chefs de clan, c’est une page blanche. A Ribeirao Preto, Valbuena peut se balader tranquillement dans les couloirs de l’hôtel sans risquer de se faire chahuter par Nasri ou Ribéry, ses bizuteurs d’autrefois. Un Mondial sans moqueries? Il risque de trouver ça surréaliste, et nous aussi. La France peut aller loin.

Ça y est? On vous a convaincu? Voilà de quoi vous faire changer complètement d'avis: «Pourquoi la France va se planter rapidement».

 

Mathieu Grégoire
Mathieu Grégoire (29 articles)
Journaliste
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