Tech & internet

Les sciences sociales cèderont-elles aux sirènes de Facebook et du «big data»?

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 16.06.2014 à 16 h 18

Repéré sur Venture Beat

Cognizant Confluence 2013 / Cognizant Technology Solutions  via Flickr CC License By

Cognizant Confluence 2013 / Cognizant Technology Solutions via Flickr CC License By

En France, les conférences de sciences sociales sur les données produites sur Internet par les utilisateurs, ce qu’on appelle communément les big data, se multiplent: deux événements autour de ce thème ont été organisés en juin. «Les big data sont à la mode cette année», comme le notent les chercheurs en sociologie politique qui animent le blog Data Sciences Sociales.

Le sociologue Baptiste Coulmont, dont les études sur les prénoms publiées sur son blog sont devenues une drogue dure pour les journalistes (lire son interview sur Slate ici), a récemment écrit dans Le Monde que «du recueil au traitement des données, Internet [était] devenu incontournable pour les sociologues».

Voilà que le site Venture Beat nous apprend que Facebook tiendra une conférence réservée aux universitaires à l’approche de la rencontre annuelle de l’Association américaine de sociologie, qui se tiendra en août à San Francisco.

Les sociologues, plutôt connus pour leur réputation d’anti-capitalistes, note le site, «seront-ils intéressés par une conférence sponsorisée par une compagnie du S&P 100 [indice boursier américain]?» Cèderont-ils aux sirènes du marché? 

Prabhakar Raghavan, vice-président de Google et chercheur en informatique à Stanford, expliquait en 2012 dans une interview à la London School of Economics qu'il n'y avait pas assez de chercheurs en sciences sociales formés et intéressés par ces sujets et capables de croiser plusieurs disciplines, notamment les sciences informatiques.

Si l’intérêt des entreprises de technologies de communication pour les sciences sociales n’est pas tout à fait nouveau, la multiplication des données issues de l’activité de milliards d’internautes ne peut qu’attiser la curiosité des chercheurs. On se souvient de l’expression du chercheur Stéphane Grumbach selon qui «Google en sait plus que l’Insee sur la société française». Comme le souligne Venture Beat:

«Alors que les sociologues n’ont en général pas les ressources pour interroger ou sonder des millions de gens, Facebook a des données générées chaque jour par ses 802 millions d’utilisateurs quotidiennement actifs.»

Selon une doctorante à l'université de Berkeley interviewée par le magazine, ces traces numériques sont enregistrées lors «d’interactions sociales en temps réel qui se produisent complètement naturellement» (le terme en fera bondir certains), à l’inverse des biais qu’induisent toujours les questionnaires ou les observations de chercheurs sur leur terrain.

Au-delà de ces questionnements de méthode, ce modèle de recherche «corporate» pose la question de l'autonomie des chercheurs par rapport à leur employeur et des orientations qu'ils pourront prendre pour leurs publications.

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