Sports / Mondial 2014

Journaliste au Brésil, un métier aussi dangereux que journaliste en Afghanistan

Temps de lecture : 2 min

Habituellement, le commentaire sportif n'est pas considéré comme une des branches les plus dangereuses du journalisme, mais fouiller un peu trop dans le football brésilien peut s'avérer mortel.

Des soldats, des policiers et des journalistes prennent position lors d'une opération des autorités dans le bidonville d'Alemao à Rio de Janeiro le 27 novembre 2010, REUTERS/Sergio Moraes
Des soldats, des policiers et des journalistes prennent position lors d'une opération des autorités dans le bidonville d'Alemao à Rio de Janeiro le 27 novembre 2010, REUTERS/Sergio Moraes

Le 5 juillet 2012, Valério Luiz de Oliveira, le présentateur d'une émission de radio à Goiânia, au Brésil, a été tué par balles devant les bureaux de sa chaîne. Luiz était connu pour ses critiques impitoyables de la gestion du club local, l'Atlético Goianiense, et avait été banni des installations de l'équipe.

Le vice-président de l'équipe a été inculpé pour avoir aidé à organiser le meurtre avec d'autres hommes. Le père de Luiz, lui aussi un commentateur sportif connu, a déclaré qu'il avait «perdu son fil à cause du football.»

Le cas de Luiz est abordé dans un récent rapport du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) sur la culture de violence et d'impunité à laquelle ces derniers font souvent face au Brésil. Le rapport souligne que «le Brésil est le 11e pays le plus meurtrier au monde pour les journalistes depuis 1992, juste devant un pays en guerre comme l'Afghanistan, selon les recherches du CPJ».

Selon le CPJ, au moins 10 journalistes ont été tués en lien direct avec leur travail depuis l'élection de Dilma Rousseff en 2011 et cinq autres ont été tués dans des circonstances troubles.

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Le Brésil est le 11e pays le plus meurtier pour les journalistes depuis 1992

Ces crimes restent souvent impunis, et quand il y a un procès, ce sont les tireurs qui sont recherchés plutôt que les commanditaires. Le rapport souligne tout de même que plusieurs condamnations dans des cas de meurtres de journalistes ont été obtenues cette année, sans doute dans le but d'améliorer les relations avec la presse à l'approche de la Coupe du monde.

En plus de la violence, le rapport souligne aussi qu'il est commun que des hommes politiques ou des hommes d'affaires utilisent les lois sur la vie privée du pays pour ne pas faire publier les articles peu flatteurs, et gardent les journaux et les blogs à distance à coups de frais de justice et d'amendes.

Le rapport souligne aussi les récents efforts du Brésil pour centraliser le contrôle de l'Internet dans le pays. Bien qu'il s'agisse d'une réaction compréhensible aux révélations sur l'espionnage de la NSA, certains craignent que les restrictions liées à la «souveraineté sur Internet» n'entraînent davantage de censure dans le pays. Le Brésil est déjà le champion du monde des demandes de suppression de liens à Google.

Le Brésil est un grand pays dynamique où la richesse croît souvent plus vite que le respect des lois. Cela peut rendre les choses dangereuses pour les journalistes et pour les militants de la société civile qui défient les intérêts des puissants et des riches.

D'un autre côté, le Brésil a un avantage sur les pays auxquels ces rapports le comparent: il a une société civile et des médias dynamiques. La Coupe du monde devrait au moins fournir une bonne occasion de souligner leur travail et les risques qu'ils prennent.

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