La mondialisation a évité que la crise de 2008 nous conduise au désastre

Une aurore boréale à Whitehorse (Yukon) au Canada en 2012. REUTERS/Courtesy of David Cartier, Sr./NASA

Une aurore boréale à Whitehorse (Yukon) au Canada en 2012. REUTERS/Courtesy of David Cartier, Sr./NASA

Contrairement à la crise financière de 1929, celle de 2008 ne nous a pas plongé dans la dépression parce que la mondialisation a rendu les pays trop dépendants les uns des autres pour leur permettre d'être égoïstes.

La crise financière née en 2008 aux Etats-Unis de l’effondrement des prêts immobiliers subprimes a failli détruire une bonne partie de l’économie mondiale. Le désastre des années 1930 qui a conduit à la dépression, au fascisme et à la guerre aurait pu se reproduire. Mais il a été évité.

Pour preuve, l’économie américaine vient enfin de retrouver le niveau d’emploi qui était le sien en janvier 2008. Alors bien sûr entre-temps la population américaine a augmenté et il a fallu 6 ans pour recréer les 8,7 millions d’emplois perdus. Mais la crise a été surmontée.

Le site économique Quartz reprend la métaphore du verre à moitié vide ou à moitié plein en mettant en avant les arguments du dernier livre de Dan Drezner, professeur de relations internationales de la Tufts University. Son livre, The System Worked: How the World Stopped Another DepressionLe système a fonctionné: comment le monde a stoppé une autre dépression») essaye de prendre du recul par rapport à la crise et la façon dont elle a été gérée par les institutions internationales et les autorités politiques, monétaires et financières.

«En fait, le titre du livre aurait pu être “Cela aurait pu être bien pire”», explique Dan Drezner. «Le résultat n’a pas été exceptionnel, mais il n’a pas été si mauvais que cela.»

La raison pour laquelle Dan Drezner a écrit ce livre est que lui-même en 2008 s’attendait à une catastrophe d’une ampleur historique.

Il préparait alors un livre qui annonçait l’effondrement de l’économie mondiale. Mais quand la crise financière a éclaté, les principales économies de la planète ont coordonné au travers du G20 un programme de relance, ont évité les réflexes protectionnistes qui avaient provoqué la dépression dans les années 1930 et même tenté –un peu– de réguler la finance et la banque.  

Ce que Dan Drezner montre, c’est que le niveau d’interdépendance des économies est considérable et qu’il s’agit en fait d’une force qui unifie et non qui divise. Tenter de se protéger en fermant les frontières aurait provoqué un cataclysme encore plus grand que dans les années 1930 et les gouvernements l’ont bien compris.

Ce n'est pas la mondialisation qui est responsable de la crise, ce sont nos gouvernants

Il prend pour exemple le fonctionnement d’Apple qui conduit les Etats-Unis à transférer 1,9 milliard de dollars en Chine en 2009 uniquement pour y faire fabriquer des iPhones. Or la Chine importe 96% des composants nécessaires à la fabrication d’un iPhone et redistribue ainsi une grande partie des sommes venant des Etats-Unis.

Cela ne signifie pas que la situation économique et sociale dans le monde est excellente. Aux Etats-Unis, le marché du travail et le niveau des salaires sont loin d’être satisfaisants. En Europe, l’activité économique reste très faible et le niveau de chômage extrêmement élevé notamment dans les pays du sud. La Banque centrale européenne (BCE) a encore abaissé jeudi 5 juin le niveau de ses taux d'intérêt à court terme pour soutenir l'activité.

Mais ce que dit Dan Drezner, c’est que le responsable des difficultés ce n’est pas la mondialisation et les institutions qui la supporte comme le FMI (Fonds monétaire international), mais les gouvernements. Il est trop facile pour les dirigeants politiques de rejeter sur d’autres leurs erreurs et leurs incompétences.

Se remettre d’une crise financière et d’une crise de la dette est toujours long et douloureux. Tout le monde le sait. Raison de plus pour faciliter et accélérer la reprise.

Cela demande des politiques économiques qui n’ont pas été totalement mises en œuvre aux Etats-Unis et presque pas en Europe à l'exception de la BCE. L’austérité a été longtemps le mot d’ordre en Europe qui a ainsi amplifié sa propre récession tandis que le FMI réclamait des politiques de relance.

Dan Drezner emploie pour l’Europe le terme de «unmitigated disaster» (un véritable désastre). Mais il souligne que l’économie mondiale a réussi à ne pas trop souffrir des difficultés de l’Europe grâce au dynamisme des économies émergentes.

Dan Drezner est sans doute un peu trop angélique et un peu trop optimiste sur les effets d’une unification planétaire par l’interdépendance économique. Il le reconnaît. Il a en tout cas raison sur un point et les faits sont indéniables. Un ensemble de pays a réussi, un peu à la surprise générale, à travailler ensemble en 2009 et 2010 pour sauver l’économie mondiale. C’est un début.