Sports

Le golf n'a rien à gagner des Jeux Olympiques

Yannick Cochennec, mis à jour le 10.10.2009 à 14 h 43

D'autres disciplines moins médiatisées ont plus besoin des J.O.

C'est désormais officiel. Au terme d'un vote du Comité international olympique, réuni en session, vendredi 9 octobre à Copenhague, le golf a été admis pour faire son retour au programme des JO de Rio en 2016 (ainsi que le Rugby à VII). La réintégration a été un peu plus disputée que celle du rugby, avec 63 voix pour et 27 contre. Cet article, paru le 13 août, expliquait pourquoi le golf n'a rien à gagner d'une réintégration, contrairement à d'autres disciplines moins médiatisées.

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Le 12 octobre, on saura qui de Chicago, Rio de Janeiro, Tokyo ou Madrid organisera les Jeux Olympiques de 2016. Le Comité Olympique International rendra, en effet, sa décision lors de sa 121e session à Copenhague au cours de laquelle il dira aussi si... le golf devient sport olympique.

Oui, vous avez bien lu: le golf a une chance de devenir sport olympique dans quelques semaines, mais ne serait pas admis avant 2016. Tiger Woods à qui l'on remettrait une médaille d'or à Chicago, voilà qui ferait joli sur la photo et tout particulièrement plaisir à NBC, la chaîne américaine qui fait la pluie et le beau temps télévisuel à l'occasion des Jeux Olympiques.

Le golf ne sera pas le seul sport à frapper à la porte olympique au Danemark: : le rugby à VII espèrera rejoindre aussi les 26 sports déjà assurés de leur présence en 2016. Réuni à Berlin, le 13 août, le comité exécutif du Comité International a choisi, en effet, de proposer la candidature du golf et du rugby à VII au vote des 106 électeurs du CIO, éliminant cinq autre disciplines qui postulaient de la même manière: le base-ball, le softball, le rollersports, le karaté et le squash.

Absent depuis 1904

Si le golf était adoubé comme sport olympique, ce ne serait pas une première, mais un retour pour ce sport déjà présent lors des Jeux de 1900 et de 1904. Une première tentative de réintégration avait échoué à l'occasion des Jeux d'Atlanta en 1996. Le CIO n'avait pas été séduit par les arguments développés qui consistaient notamment à organiser le tournoi olympique sur les fairways du mythique parcours d'Augusta, tout proche d'Atlanta, où se déroule chaque année le prestigieux Masters, premier tournoi du Grand Chelem de l'année.

Colin Montgomerie et Annika Sorenstam ont plaidé la cause de leur discipline, le 15 juin, à Lausanne où le format des tournois (masculin et féminin) a été confirmé dans l'hypothèse où le golf ferait partie des deux heureux élus. Il s'agirait d'une épreuve de type normal avec quatre jours de compétition, mais dont la participation se résumerait à 60 joueurs (et 60 joueuses). Dans les deux cas, les 15 meilleurs mondiaux seraient automatiquement sélectionnés, le reste du plateau étant constitué par les joueurs les mieux classés des pays n'étant pas représentés dans le Top 15. Mais n'entrons pas dans les méandres de ce système de qualification d'autant qu'il pourrait ne jamais s'avérer utile si la candidature golfique était rejetée.

Intérêt économique

Certains champions, l'Américain Phil Mickelson en tête, se sont emballés à l'idée d'imaginer le golf redevenir sport olympique avec un argument recevable: celui de voir cette discipline exposée aux yeux du monde entier, en Afrique et en Chine notamment, et de permettre ainsi de développer le jeu en suscitant des vocations là où elles n'existent pas aujourd'hui. Les marchands du temple du golf poussent derrière cette candidature pour des raisons économiques évidentes. Si le Japon et la Corée du Sud sont déjà fous de golf, la Chine et son marché colossal restent encore largement à conquérir.

«Le golf aux Jeux, ce serait plus fort que nos tournois du Grand Chelem», s'est exclamé Mickelson. On l'arrête tout de suite. Aucun golfeur professionnel ne mettra une médaille d'or olympique au-dessus, ou au même niveau, d'une victoire dans un tournoi du Grand Chelem, encore plus s'il s'agit d'un succès au Masters d'Augusta ou au British Open.

Tennis

A ce titre, l'exemple du tennis est un cas de figure intéressant à observer pour le golf. Revenu dans la famille olympique à Séoul, en 1988, après 64 ans d'absence, le tennis n'a rien gagné, ou si peu, à cette réintégration, même si elle a fait plaisir à quelques dirigeants de sa Fédération internationale. Pour un habitué des joutes des circuits ATP et WTA, ce qui compte, après l'expérience du tennis aux Olympiades de Séoul, Barcelone, Atlanta, Sydney, Athènes et Pékin, reste toujours de réussir à décrocher le Graal à Wimbledon, Roland-Garros, l'US Open ou en Australie. A quoi juge-t-on la carrière de Roger Federer? A ses 15 tournois du Grand Chelem et à rien d'autre. Le fait qu'il n'a décroché aucune médaille en simple lors des trois Jeux Olympiques auxquels il a participé n'entre pas en ligne de compte. Et même si son titre, décroché en double à Pékin aux côtés de son compatriote Stanislas Wawrinka, restera un très joli souvenir pour lui, il ne s'agira jamais d'un fait marquant de son palmarès.

Outre le fait d'avoir couronné des champions olympiques pour le moins surprenants -Miloslas Mecir (1988), Marc Rosset (1992), Nicolas Massu (2004)- preuve que les meilleurs n'étaient pas forcément concernés, le tennis n'a pas souvent trouvé sa place aux Jeux, sauf à Pékin où l'intérêt a semblé «décoller». Les tribunes n'ont pas toujours fait le plein et les télévisions, qui jonglent entre plusieurs disciplines à la fois, n'ont jamais réussi à l'inclure convenablement dans leur dispositif en raison de l'imprévisibilité de la durée des matches. Il en sera de même pour le golf dont les parties durent plusieurs heures.

Sport hyper médiatisé, comme le tennis, le golf n'a pas besoin des Jeux Olympiques et de temps d'antenne supplémentaire pour exister, contrairement à d'autres disciplines qui ne vivent qu'à travers ce rendez-vous programmé tous les quatre ans. «C'est quasiment notre unique fenêtre médiatique», me disait récemment Nicolas Lopez, vice champion olympique de sabre à Pékin. Mais en ouvrant en grand les portes aux sports professionnels, le CIO a fait le choix le plus acceptable pour les télévisions. Elle a déroulé le tapis rouge sous les pieds des stars de la NBA qui dopent les audiences aux Etats-Unis, et a sacrifié ces «petits sports» qui ne peuvent pas lutter face à de tels mastodontes médiatiques. On peut parler d'injustice: un escrimeur ou un gymnaste joue sa vie de sportif sur une compétition qui ne survient que tous les quatre ans alors que les basketteurs, les tennismen ou les footballeurs jouent sur du velours aux Jeux Olympiques parce que pour eux, l'essentiel est ailleurs. Un titre olympique, en 2016, n'apporterait rien à la gloire de Tiger Woods ou Phil Mickelson. C'est pour ça qu'il faut espérer que le golf ne viendra pas embouteiller un peu plus le programme déjà bien surchargé des JO. Le karaté et le squash, éliminés le 13 août, y auraient certainement eu davantage leur place.

Yannick Cochennec

Image de une: Tiger Woods, Reuters

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