Coupe du monde 2014

Paulo César-Jairzinho, l'épopée tumultueuse des premiers champions du monde recrutés en France

Camille Belsoeur, mis à jour le 13.07.2014 à 12 h 10

Il a fallu attendre 1974 pour voir un joueur ayant remporté le plus prestigieux des trophées fouler nos pelouses. Récit d'une année folle entre plages, boîtes de nuit et coups de génie.

Des vignettes Panini de Jairzinho et Paulo César (reproduites avec l'aimable autorisation de Old School Panini).

Des vignettes Panini de Jairzinho et Paulo César (reproduites avec l'aimable autorisation de Old School Panini).

Quand deux des plus grands attaquants brésiliens débarquent à l’Olympique de Marseille à l’été puis à l’automne 1974, le football français est à des années lumière de la gloire de 1998 et pas un seul champion du monde n’a déjà évolué en France dans l’histoire du championnat national.

L’arrivée de Paulo César, attaquant rapide, puissant et technique –un peu dans le style du parisien Lucas Moura aujourd’hui–, remplaçant dans la «Dream Team» brésilienne de 1970, celle du roi Pelé, Gerson, Rivelino ou Tostao, mais titulaire lors du Mondial 1974, est donc un incroyable évènement à l’échelle du football français. Et quand Jairzinho, meilleur buteur de la Coupe du monde 1970 (7 buts) et quasiment l’égal de Pelé au Mexique, le rejoint en octobre, c’est encore bien plus fou. Mais un an plus tard, le résultat sera mitigé, entre coups d’éclats et saudade.

Tout commence quand  l’entraîneur de l’OM, Jules Zvunka, assiste à un match de préparation du Brésil à Strasbourg avant la Coupe du monde 1974. Il est subjugué par le talent de Paulo Lima César Caju, dit Paulo César, et convainc son président Fernand Méric de le recruter. Pour l’époque, la somme payée pour son transfert est énorme : 600.000 dollars.

Puis l’agent de Paulo César, un certain Elias Zakour, sorte de Jorge Mendes des seventies avec une galaxie de joueurs brésiliens, propose un «package» à l’OM avec Jairzinho dans le lot, pour que Paulo César n’attrape pas le mal du pays. Le président olympien, sûr de réaliser là le coup du siècle, dit oui.

«Je me souviens que Paulo César nous avait rejoint juste après la Coupe du monde 1974, alors que nous effectuions notre stage de pré-saison dans la Forêt noire», raconte Marius Trésor, alors le patron de la défense centrale marseillaise et de celle des Bleus.

10.000 personnes à l'entraînement

Âgé de 25 ans, Paulo César était déjà attendu comme le messie à Marseille, seulement 13e de Division 1 l’année précédente. Pour le combler, le président Méric recrute d'ailleurs le préparateur physique et futur sélectionneur de la sélection auriverde, Claudio Coutinho. Quand la star des stars Jairzinho rejoint le club, l'attente est donc énorme.

«La veille de son premier match face à Monaco, il y avait une séance d’entraînement. Plus de 10.000 personnes s’étaient déplacées pour venir le voir, raconte Victor Zvunka, défenseur dans l’équipe de 1974-1975 et frère cadet de l’entraîneur Jules Zvunka. Jairzinho était le meilleur buteur de la Coupe du monde 70, il faut se rendre compte du truc, quoi. Il était fêté comme un dieu. Je me souviens qu’il était arrivé en moto sur le terrain lors de son arrivée, c’était fou.»

Un reportage sur le premier but de Jairzinho en D1,
 contre Monaco (Ina.fr)

La première association entre Jairzinho et Paulo César lors d’un match à Monaco fait merveille. Les deux joueurs marquent et brillent. Mais le premier se blesse dans la foulée pour deux mois.

Pendant son absence, l’OM sombre et Paulo César multiplie les frasques. «Paulo aimait faire la fête et aller en boîte de nuit pour danser des heures, se souvient Marius Trésor. Je me rappelle d’un match Marseille-Lyon ou tout le public l’attendait. Les gens étaient au stade pour lui! Il était arrivé en avion de Rio, où il était parti sans autorisation, le jour même. Comme souvent, il était en retard et on avait dû envoyer les flics le chercher à l’aéroport pour qu’il dispute le match.»

Une autre fois, Paulo César avait carrément zappé une rencontre, raconte le défenseur:

«On jouait à Saint-Etienne. La veille, le rendez-vous pour le départ en bus était fixé à 15h. À 15h45, toujours pas de Paulo César. Du coup, on n’avait pas eu d’autre choix que de partir.

 

Et là, sur la route, on voit une voiture doubler le bus à toute vitesse au bout de quelques heures. C’était Paulo César qui était dans la voiture d’un journaliste. Paulo était en train de jouer au volley sur la plage et avait complètement oublié le rendez-vous. Quand il nous a rejoints, il était encore couvert de sable.»

Un tableau brésilien parfait pour les photographes qui avaient immortalisé la scène. «Quand il est arrivé en France, Paulo César découvrait l’Europe, le luxe, tout ça», ajoute Victor Zvunka.

Entre tous ces abus, l’ailier brésilien reste pourtant un génie. Après une seconde moitié de saison explosive, avec le retour de Jairzinho, il termine deuxième meilleur buteur du championnat avec 16 buts. Dans le même temps, «Jaïr», qui noie souvent son mal du pays dans l’alcool, plante neuf pions.

«Quand Jairzinho est revenu de blessure, il formait une paire incroyable avec Paulo César. On était 13-14e à Noël, et ensuite on a réalisé une deuxième partie de saison fabuleuse, puisqu’on termine deuxièmes derrière Saint-Etienne, raconte Victor Zvunka. Quand les deux étaient décidés à jouer, ils te faisaient gagner le match. Nous, on était un peu les porteurs d’eau derrière eux. C’était fou, l’engouement qu’ils provoquaient quand on jouait à l’extérieur. Il y avait même un orchestre brésilien qui faisait les déplacements avec nous et jouait sur la pelouse avant les matchs.»

Suspensions et retour au pays

Mais les deux soleils brésiliens ne brillent pas très longtemps sur le stade Vélodrome. Lors d’un quart de finale de Coupe de France retour face au PSG en fin de saison, la fin de match dégénère en bagarre générale. Dans ce tumulte, Jairzinho est accusé d’agression envers un arbitre de touche –ce qu’il niera toujours par la suite. La Fédération française le suspend un an.

Pour être intervenu dans l’altercation, Paulo César prend lui deux mois de suspension. Les deux natifs de Rio quittent l’OM dès l’été 1974. «En fait, c’est Jairzinho qui décide de retourner au Brésil et Paulo César décide de le suivre, précise Victor Zvunka. Mais Paulo l’a vraiment regretté ensuite.»

C'était une erreur
de quitter le Brésil

Paulo César, à l'été 1974

Des regrets, Paulo César ne semble pourtant pas en avoir à son retour sur le sol brésilien. «J’ai eu une mauvaise expérience de ma saison en France, et je pouvais difficilement attendre pour revenir à la maison, déclare t-il à l’été 1975 à Shoot magazine, un mensuel britannique de l’époque. C’était une erreur de quitter le Brésil et j’admets librement que je voudrais plutôt vivre pauvre au Brésil que riche en Europe. »

Difficile de faire plus direct. Pourtant, Paulo César reviendra souvent en France par la suite. À 34 ans, il achèvera même sa carrière à Aix-en-Provence, en Division III, lors de la saison 1982-1983. Avec Jules Zvunka comme entraîneur…

De son côté, le grand Jairzinho terminera sa carrière en seigneur au Brésil. Mais sa seule année sur les bords de la Méditerranée a laissé un souvenir impérissable dans la mémoire des supporters marseillais. «Les supporters marseillais m’en parlent encore souvent. Il est vraiment resté dans la mémoire des gens», juge Victor Zvunka.

Ces premiers champions du monde brésiliens à rejoindre la France n’étaient pas, comme beaucoup de Brésiliens le sont aujourd’hui, «européanisés». Les jeunes talents auriverde débarquent de plus en plus tôt sur le Vieux continent. Et il n’y a qu’à voir la Seleçao du Mondial 2014, avec les Fred, Thiago Silva, Bernard, Hulk, Dani Alves… pour comprendre que les Jairzinho ou Paulo César des seventies sont bien loin.

Les vignettes Panini de Jairzinho et Paulo César sont extraites de l'excellent site Old School Panini, qui chronique depuis plusieurs années les vignettes de notre enfance.

 

Camille Belsoeur
Camille Belsoeur (133 articles)
Journaliste
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