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Quand l’Allemagne nous sauvera

Eric Le Boucher, mis à jour le 08.06.2014 à 8 h 09

Clin d’oeil de l’histoire, alors qu’on célèbre la victoire sur l’Allemagne sur les plages de débarquement, c’est d’elle, soixante-dix ans après, que proviendra notre salut. Angela Merkel a tous les leviers pour sauver l’Europe.

François Hollande accueille Angela Merkel, le 6 juin 2014. REUTERS/Regis Duvignau

François Hollande accueille Angela Merkel, le 6 juin 2014. REUTERS/Regis Duvignau

Il est cocasse de voir la France célébrer le Débarquement sur les plages normandes et la victoire sur l’Allemagne précisément au moment où notre seul espoir de nous sauver repose sur elle. L’Allemagne est aujourd’hui l’avenir de la France. L’Amérique reste, certes, l’empire dominant, son économie donne le «la» sur la scène planétaire et ses lois s’appliquent à sa seule volonté, comme la BNP en fait la coûteuse expérience. Donc, n’oublions pas les GI.

Mais c’est aux Allemands de nous sortir de la nasse, de la déprime et, si l’on ose, de «l’étrange défaite» dans laquelle nous sommes en 2014 exactement comme nous l’étions en 1940. Relire Marc Bloch et comprendre que l’armée française a été coupable de croire dans le protectionnisme de la ligne Maginot mais pas la seule. Toute la France s’était lâchement enfermée dans l’aveuglement du danger. Les classes dirigeantes qui «répandent un esprit de panique, favorable à ses propres faiblesses», un syndicalisme qui refuse les sacrifices, des chefs d’entreprise qui comptent «leurs petits sous», des intellectuels «sans souffle» et des journaux indigents.

La Libération de la France ne viendra pas d’elle-même. Ce fut le bluff de De Gaulle de parvenir à le faire croire en 1944, la France debout parmi les vainqueurs... Cette fois, c’est fini: il est hélas démontré que la classe politique nationale n’a pas su et ne sait toujours pas faire les réformes, prendre les mesures connues du redressement.

Ne comptons plus sur un sauveur, il n’y en a plus. Le courage leur manque. La France ne dispose plus que d’hommes et de femmes politiques qui savent se faire élire et qui, ensuite, se heurtent à cette coalition des immobilismes, comme en 1940, où se brise leur petit élan.

François Hollande est sur le bon chemin, mais deux ans d’erreurs ont ruiné la foi nationale sans laquelle rien ne marche. Il a abîmé la confiance des ­consommateurs par l’impôt, il n’a pas retrouvé celle des investisseurs par les crédits d’impôts. La croissance a perdu ses moteurs internes, elle ne va pas s’effondrer mais va manquer d’oxygène, rester lente, ruinant les espoirs d’inverser les courbes du chômage et du déficit. Le seul oxygène disponible viendra des exportations.

Hollande est sur

le bon chemin, mais deux ans d'erreurs ont ruiné la foi nationale

Deux solutions. Ou bien, foutu pour foutu, le président se lance dans une nouvelle vague de mesures en faveur des entreprises. Il n’améliorera pas ses chances d’être réélu, mais il laissera au moins l’image d’une volonté, et peut-être parviendra-t-il à retourner le mauvais sentiment des investisseurs français et étrangers. A condition encore d’arrêter ses ministres, qui croient sauver la France en faisant la guerre aux étrangers. Ou bien, hypothèse probable, il s’en remet à l’Allemagne, nous y sommes. D’elle, la France peut obtenir quatre améliorations.

Une «relance» monétaire. Le président de la BCE, Mario Draghi,vient de la décider. Il l’impose à la Bundesbank de Francfort, il faudra au gouvernement de Berlin qu’il convainque son opinion et la Cour de Karlsruhe. La menace de déflation est exagérée, mais elle peut servir d’argument opportun. Ensuite, Berlin devra accorder à la France une bienveillance sur le respect des 3% de déficit.

Se faire une raison de l’incapacité de Paris à énoncer une bonne fois pour toutes et de façon crédible où vont être trouvés les 50 milliards d’économies promises alors même que les recettes chutent. Au nom d’un keynésianisme alibi de l’impuissance, la France continue ses acrobaties budgétaires, les Allemands devront, sinon pardonner notre incurie, s’y faire.

Troisième sauvetage, relancer leur consommation. C’est en partie obtenu, les salaires sont à la hausse. Mais la France fait valoir que l’Allemagne souffre d’un cruel sous-investissement qui demande plus de dépenses publiques, que l’Europe n’est pas sauvée, que l’Allemagne ne peut pas ne pas tirer les leçons de ses erreurs: elle a imposé trop d’austérité rapide au sud et elle a été trop lente à accepter une remise à plat des banques. Elle croit encore trop aux «réformes structurelles» pour magiquement stimuler la demande.

Quatrième et dernier sauvetage, l’Europe. Les élections européennes ont affaibli François Hollande, cela se voit avec l’irruption très prématurée des débats sur les candidatures en 2017. Le président français aurait perdu ses derniers arguments pour plaider en faveur d’«une Europe de la croissance». Mais on peut aussi penser que c’est l’inverse qui est vrai.

Même si le vainqueur Matteo Renzi prend le flambeau des mains de la France, c’est Angela Merkel qui se trouve face à sa responsabilité de combattre l’euroscepticisme. Très curieux retournement de l’histoire, c’est au tour de l’Allemagne de se dresser contre l’extrémisme de droite... C’est à elle de sortir de ses visions germano-centrées, de son attirance helvétique, pour faire ce qu’on attend d’elle: affirmer une volonté européenne intégratrice, créer des instruments de préparation de l’avenir, promouvoir et financer une défense commune. La France un jour saura retrouver sa force et sa mission constructive. Peut-être. Mais nous n’en sommes pas là.

Ces quatre soutiens germaniques sont, dans l’immédiat, le seul espoir pour la France enlisée de retrouver un semblant de croissance et, peu à peu, sortir de son enfermement léthargique. Le «retournement» qui viendra de l’extérieur, d’un débarquement de troupes libératrices, est l’issue rétrécie sur laquelle compte toujours François Hollande. Il espère être sauvé par le dynamisme allemand pour qu’en 2015, au pire en 2016 ses courbes rétives s’infléchissent enfin.

Article également publié dans Les Echos

 

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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