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Un théorème d'économie explique pourquoi les vidéos de chats ont plus de succès sur Internet que les opéras

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 06.06.2014 à 16 h 37

The Conversation, site qui allie la «rigueur universitaire au style journalistique» (et non l’inverse…), propose une grille de lecture stimulante de l’épidémie de chats dont souffre que connaît Internet depuis maintenant plusieurs années.

Nous savons tous qu’Internet met à notre portée les captations vidéos d’opéras entiers, de pièces de théâtre, de cours universitaires et de conférences de très haut niveau, d’arts visuels des origines de l’humanité à la période contemporaine, etc., et que nous préférons massivement nous divertir devant des vidéos de chats qui se prennent une porte vitrée en pleine tête ou prennent des poses surprenantes, comme le célèbre Grumpy Cat.

 

 

Pourquoi? Si on met de côté nos tendances relativistes postmodernes (hiérarchiser les vidéos de LOLcats et Shakespeare, c'est nazi!), on peut suivre l’économiste Jason Potts, qui propose de convoquer une note de bas de page d’un ouvrage théorique des années 60: le théorème dit d'Alchian-Allen.

Selon ce théorème, quand des coûts fixes sont associés à une catégorie de biens, ceux de meilleure qualité deviennent relativement moins chers par rapport au bas de gamme.

Exemple: un pays produit un vin de qualité médiocre pour 5 euros, d’excellente qualité pour 10. Acheter la bonne bouteille coûte deux fois plus cher. A l’export, il faudra rajouter 5 euros de frais de transport: la piquette passe à 10 euros et le bon vin à 15. Il coûte désormais «seulement» 1,5 fois plus cher que l’autre…

Passons à Internet. Pour l’auteur de l’article:

«L’idée intéressante est que cela s’applique aussi à l’envers –quand on enlève les coûts fixes. L’Internet fait cela: il supprime les coûts de transport, et il le fait de manière égale pour les contenus de haute et de basse qualité […] Les options de basse qualité sont à présent relativement moins chères et celles de qualité élevée sont relativement plus chères.»

«L’Internet abaisse les coûts de “transport” de chaque idée, qu’elle soit de bonne ou de mauvaise qualité», résume-t-il, et pour la micro-économie, cela signifie plus de vidéos de chat et moins d’opéras de Wagner (ou de Verdi).

Sans qu’on sache si l’auteur s’est inspiré d’un autre blogueur ou s’il s’agit d’un hasard, la comparaison avait déjà été tentée en 2011 par James Oswald, auteur d’un blog d’économie. Appliqué à l’économie des biens culturels, le théorème explique qu’à l’époque où vous deviez faire de longues distances (ce sont les «coûts fixes») pour assister à un concert, qu’il soit bon ou mauvais, vous choisissiez consciencieusement vos sorties. Quand les coûts de transport sont ramenés à zéro ou presque, l’opéra doit «apporter autant de plaisir que des centaines de vidéos de chat pour qu’il vaille d’être consommé».

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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