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Au football, encaisse-t-on vraiment plus de buts juste après en avoir marqué un?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 27.06.2016 à 22 h 05

Des chercheurs de la City University de Londres se sont penchés sur la question.

L'égalisation express de l'Islandais Sigurdsson, le 27 juin 2016 à Nice. ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP.

L'égalisation express de l'Islandais Sigurdsson, le 27 juin 2016 à Nice. ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP.

Cet article avait été initialement publié lors de la Coupe du monde 2014. Nous le republions après l'égalisation islandaise une minute après l'ouverture du score anglaise, lors du quart de finale de l'Euro 2016.

Quelle première mi-temps à Porto Alegre entre les Pays-Bas et l'Australie, ce mercredi 18 juin! 70 secondes pile après l'ouverture du score d'Arjen Robben sur un de ces raids solitaires dont il a le secret, l'Australien Tim Cahill a égalisé d'une splendide reprise de volée sous la barre transversale.

Au-delà de la beauté de ces deux buts, ce match est une nouvelle preuve de cette croyance très répandue chez les supporters: les équipes qui viennent de marquer sont plus vulnérables et encaissent souvent un but dans les minutes qui suivent.

Des exemples à la pelle

Quelques jours plus tôt, l'Angleterre n'a-t-elle pas aussi égalisé deux minutes à peine après l'ouverture du score italienne lors de la magnifique rencontre entre les deux équipes à Manaus?

Pour les Français, l'exemple le plus mémorable est sans doute l'égalisation de Lilian Thuram quelques secondes après l'ouverture du score de Davor Suker lors de la demi-finale France-Croatie à la Coupe du monde 1998. A l'inverse, à l'Euro 2008, la France avait encaissé un but dans la minute qui avait suivi sa réduction du score face aux Pays-Bas (1-4).

Tous ces épisodes qui renforcent chez certains supporters, joueurs et même entraîneurs l'idée selon laquelle les équipes sont plus vulnérables juste après avoir marqué un but.

Le 4 mars 2009, en quart de finale de la Coupe de France, Lille reçoit Lyon et se qualifie après une victoire 3-2, avec un petit bijou d'un certain Eden Hazard côté lillois. Mais le coach Rudy Garcia n'est pas content: son équipe s'est fait rejoindre au score deux fois juste après avoir marqué un but. 

«Le moment qui suit un but marqué ou encaissé est important, analyse celui qui entraîne désormais l'AS Rome. Parfois, quand vous marquez, il y a la place pour en inscrire un second. On peut encaisser ou marquer un but selon l'attitude.»

Mais est-ce vraiment le cas? Deux chercheurs se sont intéressés à cette théorie et sont arrivés à la conclusion qu'il s'agissait d'un mythe infondé.

Quand les chiffres démontent un mythe

En 2008, Peter Ayton et Anna Braennberg, de la City University de Londres, ont analysé 127 matchs sur deux saisons de Premier League qui se sont terminés sur le score de 1-1, ce qui permet d'éliminer les matchs déséquilibrés où une équipe très faible marque en premier avant de se faire anéantir par une équipe plus forte.


 

Ils ont noté à chaque fois la minute à laquelle le premier but a été marqué, puis ont divisé le reste du match en quatre quarts. Par exemple, si une équipe a marqué à la 50e minute, le reste du match est divisé en quatre morceaux de 10 minutes.

Si les équipes étaient vraiment plus vulnérables dans les minutes qui suivent un but marqué, la majorité des égalisations devrait arriver dans le premier quart-temps après le but. Mais les chiffres compilés par Ayton et Breannberg montrent exactement le contraire: c'est juste après avoir marqué que les équipes ont le moins de chances de concéder un but, et d'assez loin.

Mémoire sélective

Ce type de croyance s'explique au moins en partie par la manière dont fonctionne le cerveau humain.

Notre mémoire sélective fait que nous avons tendance à nous souvenir seulement des événements qui confirment la théorie en laquelle nous croyons et à oublier les contre-exemples, même s'ils sont plus nombreux. «Les gens se rappellent probablement juste ces buts plus que les autres ou sont plus nerveux lors des phases offensives qui suivent un but, écrit Peter Webb, expert en probabilités et paris sportifs, sur son blog Probability TheoryLes buts sont distribués de manière assez régulière au cours d'un match en fonction de la capacité des deux équipes à marquer.»

Dans l'écrasante majorité des cas, quand une équipe a pris l'avantage, elle ne concède pas l'égalisation juste après.

Chris Anderson et David Sally, The Numbers Game

Dans leur livre The Numbers Game: Why Everything You Know About Football Is Wrong, les économistes Chris Anderson et David Sally expliquent ce phénomène:

«Le cerveau humain est une machine de modélisation analytique à l'image de celles développées par les entreprises de paris sportifs. Nous construisons tous naturellement des bases de données et les enregistrons sur le disque dur entre nos oreilles, puis nous l'utilisons pour arriver à des conclusions en nous basant sur des preuves.

 

Mais notre ordinateur embarqué à ses défauts quand il s'agit de produire des prévisions ou des règles. Nos cerveaux sont conçus pour se souvenir et donner trop d'importance aux évènements les plus frappants et les plus surprenants. Il est plus facile de se rappeler des évènements qui se sont passés que de ceux qui auraient pu se passer. [...]

 

Pensez à tous les matchs de football que vous avez vus: dans l'écrasante majorité des cas, quand une équipe a pris l'avantage, elle ne concède pas l'égalisation juste après.»

Depuis le début de ce Mondial particulièrement prolifique, il y a eu plus de 50 buts. Et seulement deux ont été suivis directement d'une égalisation. La prochaine fois que l'équipe de France marque, il n'y a donc pas de raison de vous agripper à votre canapé et de souffrir plus que pendant les autres périodes du match: elle n'aura pas plus de chances d'encaisser un but dans les minutes qui suivent... mais cela ne veut pas dire que cela ne se passera pas, et c'est là la beauté du football. 

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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