Monde

Le premier chapitre de la campagne d'Hillary Clinton s'ouvre mardi

John Dickerson, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 10.06.2014 à 7 h 24

Le prochain livre de l'ancienne secrétaire d'Etat et First Lady sort mardi aux Etats-Unis (et mercredi en France): dans «Mon Histoire», elle explique pourquoi elle est prête pour la présidence des Etats-Unis.

Hillary Clinton à Zagreb en 2012. REUTERS/Antonio Bronic

Hillary Clinton à Zagreb en 2012. REUTERS/Antonio Bronic

J moins trois avant le lancement de la campagne d’Hillary Clinton, le 10 juin [et le 11 en France, NDE]. Si cette date est celle de la parution de son livre aux Etats-Unis, Le temps des décisions, en réalité la campagne a déjà commencé. La semaine dernière, une vidéo a été postée sur la page Facebook du livre dans laquelle Hillary Clinton explique son message. La veille, son éditeur a publié le mot de l'auteur.

Le Temps des décisions, par Hillary Clinton

Fayard. Sortie française le 11 juin 2014

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La semaine précédente, Simon & Schuster a posté une vidéo dans laquelle Hillary Clinton parle de l’écriture de son livre. Il y a un peu plus de deux semaines, un extrait où elle évoque sa mère a paru dans Vogue. La veille du jour de parution de l’ouvrage, Diane Sawyer interviewera l’ancienne secrétaire d’État. Et ainsi de suite. (Il y a fort à parier que le magazine Modern Dog ait des droits sur les passages canins).

Difficile de savoir si ce lancement et la tournée qui suivra visent à vendre le livre d’Hillary Clinton ou s’ils amorcent sa campagne présidentielle –ou s’il y a une différence entre les deux. Toute personnalité politique qui écrit un livre avant des élections écrit un livre de campagne, et comme il est lancé avec la précision et les moyens de production d’une campagne présidentielle moderne, nous ferions aussi bien de ne pas nous voiler la face et de le considérer comme le point de départ de la course à la Maison Blanche de l’ancienne Première Dame.

Comme le souligne Mark Leibovich, les livres de campagne sont aussi excitants que des lingettes mouillées. Il ne faut pas s’attendre à des miracles. Mais si l’on se réfère à ce que Madame Clinton a dit de son livre jusqu’à présent, ses objectifs sont ambitieux. Elle s’y attelle à nous y expliquer le monde et la place qu’y occupe l’Amérique (ce que le président tente lui aussi de faire en ce moment).

Elle y offre un aperçu des coulisses du processus de prise de décision de l’administration Obama, compatit avec les choix difficiles que les gens doivent faire au quotidien, propose des réflexions sur des problèmes internes tels que «le cancer des inégalités» et démontre comment, en s’unissant, les Américains peuvent prendre leurs propres douloureuses décisions.

Si ce livre s'avère être un tour de passe-passe,
la déception sera grande

Un livre est-il capable de faire tout ça? C’est ce que nous allons voir. La distance qui séparera les annonces littéraires d’Hillary Clinton et le résultat final sera sans doute un bon reflet du fossé qui existe au cœur des campagnes électorales modernes. Les candidats commencent par chercher à se définir et font de grands discours sur ce qu’ils ont l’intention de faire, mais lorsqu’il s’agit de passer à l’action, bien souvent il n’y a plus personne.

C’est si le livre ne s’avère être qu’un tour de passe-passe que la déception sera la plus grande. Parce qu’il s’intitule Hard Choices, des choix difficiles, et que son titre est martelé sans cesse dans un blitzkrieg de relations publiques, les gens finiront par croire que des décisions douloureuses ont été prises et qu’Hillary Clinton est celle qui sait les prendre, sans jamais réellement se colleter avec ces choix dans le texte.

En 2008, Hillary Clinton avançait qu’elle était la candidate la plus expérimentée de la course à la Maison Blanche. Son célèbre spot de campagne dans lequel elle demandait si Barack Obama serait capable de réagir à un appel téléphonique urgent à 3 heures du matin était l’illustration la plus frappante de cette affirmation. Mais en vérité, elle n’avait pas non plus la moindre expérience de ce type d’appel nocturne. Son récit de son arrivée en Bosnie sous les tirs de snipers à l’époque où elle était Première Dame s'est révélé très exagéré.

Aujourd’hui, l’ancienne secrétaire d’État ne manque plus d’expérience. Elle se présente comme quelqu’un qui prend des décisions –version plus fine que celle de la «décideuse»– et charge cette qualité de réaliser une grande partie du travail politique à sa place.

«Préserver la sécurité, la force et la prospérité de l’Amérique implique de prendre une infinité de décisions, dont beaucoup sont assorties d’informations incomplètes et d’impératifs contradictoires», écrit-elle dans la note d’introduction de son livre. Affirmer que vous savez faire des choix est un bon début dans une course à la présidentielle. C’est ce que font les présidents à longueur de journée.

Comme vous le diront tous les présidents et les employés de la Maison Blanche: aucune décision facile à prendre n’atterrit sur le bureau du chef de l’État. Les choix à faire sont épineux parce que, comme l'a expliqué le président Obama à Michael Lewis:

«Quelle que soit la décision que vous prendrez, vous courrez toujours 30% à 40% de risques que ça ne marche pas. Il faut l’accepter et se sentir à l’aise avec la manière dont on prend la décision. Vous ne pouvez pas vous permettre de vous laisser paralyser par le fait que cela puisse ne pas fonctionner

Il paraît cohérent de vouloir attribuer la charge présidentielle à quelqu’un qui a déjà pris ce type de décisions et qui en appréhende toute la complexité (bien sûr, Obama n’avait pas cette expérience avant de décrocher le poste).

 


 

Dans sa vidéo Facebook, Hillary Clinton avance que, forte de son expérience de prise de décision à l’étranger, elle est prête à affronter les choix difficiles qui s’imposent sur le territoire national. «Les choix est (sic) au cœur même du type de peuple que nous voulons être et du pays que nous voulons avoir», dit-elle, en explicitant le message de son livre.

«Et je crois que c’est particulièrement vrai ici dans notre propre pays à ce moment de notre histoire, car j’aborde certains des choix difficiles que nous devons affronter... ici chez nous, pour attaquer le cancer des inégalités, pour donner aux gens de notre pays les tremplins d’opportunité qui ont toujours été la marque des États-Unis et du rêve américain.»

La prise de décision est-elle transférable d’un domaine à l’autre? C’est ce qu’espèrent les gouverneurs dépourvus d’expérience en matière de politique étrangère. Tout comme les chefs d’entreprises qui se présentent sur la foi de leurs capacités à prendre des décisions depuis leur fauteuil de PDG.

Hillary Clinton avance également que les choix qu’elle a faits dans le cadre de sa fonction sont comparables aux décisions que l’on prend dans la vie de tous les jours, au sujet de son couple, du travail et des enfants. Elle semble déterminée à faire de la prise de décision un moyen d’établir un lien d’empathie avec les électeurs—et à transformer ses années de première diplomate de l’Amérique à s’occuper d’un secteur dont les Américains se soucient peu (les Affaires étrangères) en quelque chose de personnel et de comparable à leur vie quotidienne.

Hillary Clinton n’a jamais autant enfoncé ce clou que dans l’émission The View, où elle a fait une apparition pour saluer le départ de la légende télévisuelle Barbara Walters.

«Je veux que les Américains … [je veux] que nous sentions réellement du fond de nos cœur que la chose la plus importante est notre manière de nous traiter les uns les autres et comment nous pensons à l’avenir et à l’avenir de nos enfants et de nos futurs petits-enfants. Et ça veut dire qu’il nous faut être plus attentionnés, plus compatissants, compréhensifs et attentifs. Certes, ce n’est pas un discours qu’on a l’habitude d’entendre lorsqu’on parle de relations avec l’Ukraine ou la Russie ou la Chine ou autre. Mais tout part de l’intérieur. Tout comme votre personnalité, tout part du cœur, et c’est avec ça qu’il faut avancer

Si le livre d’Hillary Clinton parle de son expérience de voyages dans 112 pays différents, c’est dans les foyers, dans les cœurs et dans les urnes qu’elle entend poser ses bagages.

John Dickerson
John Dickerson (83 articles)
Journaliste
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