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Lettre à Marisol Touraine: contre le tabac vous avez une chance historique. Allez-vous la gâcher?

REUTERS

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A Madame la ministre de la Santé

A Madame la ministre de la Santé

Aucun de vos prédécesseurs n’a eu les atouts dont vous disposez pour agir contre la première cause de mortalité prématurée et évitable (200 personnes par jour en France). A vous écouter fidèlement depuis maintenait deux ans sur le thème du tabac, on peut redouter que vous ne laissiez passer la chance historique qui est la vôtre.

En deux ans, le paysage français du tabagisme a radicalement changé. Une révolution est en marche, un mouvement sans précédent dans la longue histoire de la lutte contre les addictions. C’est aussi un phénomène spontané qui n’a en rien été aidé, en France comme ailleurs, par les pouvoirs publics et les autorités sanitaires.

Allez-vous continuer à le contrecarrer où au contraire, aider à son développement? Allez-vous aider au franchissement  d’une nouvelle étape aussi importante que celle franchie en 1991 par votre collègue socialiste Claude Evin avec la loi qui porte désormais son nom?

Entendons-nous bien. La cigarette électronique n’est en rien l’instrument de lendemains qui chanteront. Elle est tout au plus un nouvel instrument, mais un instrument plébiscité par un nombre croissant de personnes devenues esclaves et souffrantes de la consommation de tabac. Des «dépendants» qui, à leur frais et en tâtonnant, cherchent désormais à se libérer.

C’est certes une libération a minima: ils demeurent le plus souvent dépendants à la nicotine. Pour autant, ils se libèrent des fumées et goudrons qui, sinon, tueront prématurément 50% d’entre eux. Faut-il les maintenir dans leurs chaînes?

En moins d’un an, les principales inquiétudes quant à la possible nocivité de la e-cigarette ont été écartées. En toute hypothèse, elle est infiniment moins dangereuse que son équivalent tabac. Rien ne permet encore d’affirmer qu’elle permet d’obtenir le sevrage de l’addiction à la nicotine mais les premiers chiffres montrent qu’elle peut permettre de sortir de l’addiction au tabac brûlé et carbonisé.

D’autres chiffres devraient retenir votre attention: en France, les ventes de tabac reculent de manière notable et constante. Il en va de même des substituts à la nicotine. Jamais constatés en même temps, ces deux phénomènes coïncident avec l’envolée des ventes de e-cig. D’autres indications viennent de vous être transmises par vos services: loin d’être initiés au tabac par la cigarette électronique, les collégiens et les lycéens montrent que cette dernière ringardise la clope de leurs aînés.

Dans un gouvernement cohérent, soucieux de la santé et des deniers publics, les jeux seraient faits et tout irait mieux. Malheureusement, tel n’est pas le cas. 

Pour l’heure, votre action a, sur le fond, consisté à assimiler la «vapoteuse» et la cigarette de tabac. Et ce au motif avoué que la première ressemble à s’y méprendre à la seconde. Or la méprise, précisément n’est plus possible. 

Les dernières informations disponibles indiquent pourtant que vous allez faire figurer dans la loi une interdiction radicale de vapoter dans l’ensemble des lieux publics du pays. Dans le même temps, vous confiez être persuadée que la cigarette électronique est moins nocive que la cigarette de tabac et qu’elle «peut aider au sevrage». Mais vous refusez son spectacle dans les lieux publics au motif que cela constituerait «la réhabilitation d’un geste qui n’a plus lieu d’être».

Cacher ce geste: on pourrait évoquer Tartuffe. Redouteriez-vous une contagion par le geste? Une potentialité de contagion justifiant  sa prohibition? 

Ce serait un contre sens ravageur. L’interdiction de fumer dans les lieux publics était justifiée, avec la loi Evin, du fait des risques inhérents au tabagisme passif. Elle apparaîtrait aujourd’hui comme un message fort donnée par l’Etat aux fumeurs: vapoter = fumer.

Ce message serait trompeur et malsain: comment assimiler la fumée cancérigène du tabac à de la vapeur d’eau? Il en irait de même avec l’interdiction de la publicité assimilant une nouvelle fois la cigarette de tabac à celle qui ne l’est pas.  

Il y a quelques semaines vous avez répondu publiquement à un humoriste (Nicolas Bedos) qui vous accusait par voie de presse d’attenter à sa liberté de réduire son espérance de vie en fumant. Et vous avez vous-même exposé les raisons qui justifieraient votre action. 

Vous avez ainsi rappelé que le tabac «tue plus en France qu’ailleurs», et qu’il y tue «d’abord les plus vulnérables», que «ses ravages sont plus dévastateurs chez les personnes sans emploi et parmi les milieux populaires», qu’«un chômeur sur deux fume», que «le tabac tuera demain les jeunes d’aujourd’hui» et qu’en France «près d’un jeune de 17 ans sur trois fume au quotidien avec une dépendance qui s’aggrave année après année». Et enfin «qu’une femme sur six fume pendant sa grossesse». Quel constat!

Puis vous concluiez en ces termes: «Je ne me tairai pas dans la guerre contre le tabac»

Le moment est désormais venu de parler. A la demande express du président de la République, vous êtes en charge d’élaborer «avant l’été» la stratégie guerrière nationale. 

Loin d’être une ennemie, la e-cig vous offre une chance historique. On comprendrait mal que vous vous obstiniez à ne pas la saisir.  

Veuillez recevoir, madame la Ministre, mes sincères salutations

Jean-Yves Nau

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