Life

Apple: les tablettes font la loi

Farhad Manjoo, mis à jour le 04.08.2009 à 6 h 59

Les rumeurs sur la tablette d'Apple annoncent une nouvelle ère pour les netbooks.

Le Financial Times a révélé le 26 juillet qu'Apple prévoit de sortir une «tablette» dès septembre. Selon le quotidien économique, ce PC-tablette sera très probablement une version élargie de l'iPod Touch - une machine tactile avec un écran de 10 pouces. Steve Jobs et ses amis ont certainement écouté le chroniqueur de Slate.com Farhad Manjoo: en décembre dernier, il poussait Apple à concevoir une «tablette tactile à écran plat pouvant gérer des photos, de la musique, des films, des e-mails, des jeux et toutes les fonctionnalités d'un navigateur web». L'article original est reproduit ci-dessous.

Rien de mystérieux à voir un ordinateur, nommé EeePC, conçu au départ pour un petit marché se hisser dernièrement dans le top des ventes de portables sur Amazon. La machine de 1,3 kg, vilain petit canard de la compagnie taïwanaise Asus, avec son écran de 10 pouces, son clavier à la taille pratiquement normale, offre ce que la majorité des gens recherchent dans un ordinateur portable: il est petit et, à 390$ (273€), très bon marché. Bien sûr, le EeePc ne possède pas toutes les qualités d'un vrai portable: un design séduisant, un lecteur de DVD, un large clavier et assez de puissance pour faire tourner plusieurs applications gourmandes en même temps. Mais les temps sont durs et ai-je déjà dit que vous dépenserez moins d'argent en achetant cette machine que vous n'en claquerez dans une soirée de Nouvel An?

Le minimalisme envahit la page des portables sur Amazon: ces dernières semaines, la grande majorité des best-sellers sont des variations de l'EeePc et d'autres ersatz à moins de 500$. Dans l'industrie des ordinateurs, ces mini-machines sont connues sous le nom de «netbooks». Le terme n'a pas de définition précise mais la meilleure façon de reconnaître un netbook est de regarder ses spécifications: aujourd'hui, les plus gros portables tournent sous un rapide processeur Intel Core 2 Duo, alors que les netbooks utilisent une puce Intel moins performante, plus petite et moins chère: l'Atom. Les netbooks ont aussi des OS plus vieux ou plus légers, tels Windows XP ou diverses moutures de Linux.

Les netbooks, les Sarah Palin du high-tech

Les marchands de PC voient ces machines de la même manière que John MacCain avait zieuté vers Sarah Palin - comme une manière de mettre un visage frais sur une ligne de produits vieillissante. Asus avait une longueur d'avance dans la catégorie, mais en 2008, presque tous les principaux fabricants ont un ou deux netbooks, qu'il s'agisse de Dell, HP ou Lenovo. Les nouveaux netbooks vont dominer le CES (Consumer Electronic Show), le salon qui ouvrira la semaine prochaine à Las Vegas et certaines rumeurs, entièrement non vérifiées, font état d'un netbook au MacWorld, le salon-conférence d'Apple qui débutera lundi à San Francisco. Rien de moins évident que de savoir si les ventes de cette saison sont une lubie ou une véritable tendance - les netbooks sont à l'usage une expérience loin d'être parfaite et les acheteurs pourraient très bien finir par regretter l'acquisition de ces produits bon marché en jurant, la prochaine fois, payer le prix fort. L'essor des netbooks peut aussi très mal se terminer pour l'industrie des PC. Comme l'a prédit cette année un dirigeant de Sony, les netbooks pourraient augurer d'une «course vers le bas» en terme prix, diminuant les marges déjà écrasées des fabricants de PC.

Mais les ventes de netbooks révèlent aussi un désir réprimé pour un type de machine qu'aucune compagnie n'a aujourd'hui optimisé: une machine que j'imagine à l'origine du prochain boom des PC. Pour le moment, le marché des portables est dominé par deux sortes de machines: un groupe de netbooks bon marché qui ne font pas grand chose et un groupe de «notebooks» d'Apple, chers, qui font beaucoup de choses et qui les font très bien. (Sept des 25 best-sellers d'Amazon sont des MacBooks). Les consommateurs cherchent une voie médiane, et c'est logique - quand vous voulez un portable pour surfer sur le net, pourquoi payer 800$ pour une machine qui tourne sous Windows Vista alors qu'avec 400$ vous en avez une sous Windows XP, un OS meilleur? Et d'autre part, quand vous voulez que votre portable soit votre ordinateur de tous les jours, pourquoi débourser 800$ pour Vista alors qu'avec 1000$, vous avez une machine sans virus et sans complications avec un OS Mac (et qui peut aussi tourner sous Windows)?

Je pense qu'il y a un potentiel caché entre ces deux extrêmes: le succès des netbooks montre un désir pour un second PC, à utiliser sur le canapé ou dans le train, plutôt que sur un bureau. Leur popularité semble une être une conséquence de l'appétit grandissant des consommateurs pour des gadgets plus simples et moins futiles. Le netbook est un peu le mini-caméscope Flip des netbooks, un appareil dont les nombreuses limites en renforce l'attrait, plutôt qu'elle ne le diminue. Mais nous avons besoin de machine de ce genre qui soit meilleure: quelqu'un doit concevoir un ordinateur portable joli, facile à utiliser et pas si cher que ça, fait pour faire une chose simple - surfer sur le Web.

Apple a déjà le MacBook Air

Aujourd'hui, les netbooks ont bien besoin de s'améliorer. Tout d'abord, ils sont super moches - la plupart font près de 3 cm de large, ce qui n'est pas si mal pour un portable standard, mais font le même effet qu'un air abruti sur un type déjà pas très grand. Ils ont aussi pas mal de défauts qui les empêchent d'exceller dans le rôle de l'ordinateur léger et connecté. En général, ils ne permettent pas de se connecter à des réseaux cellulaires - si vous voulez Internet loin d'un spot Wifi, vous devez y ajouter une carte ou le relier à votre téléphone portable. (Certains des modèles les plus récents - comme le Acer Aspire One -, ont une carte 3G et on devrait voir arriver plus de modèles équipés pour la 3G au CES). Plus important, les netbooks nécessitent de meilleurs OS - en particulier, un OS très rapide et mobile qui pourrait télécharger et installer des applications en un éclair et sans fil.

J'ai l'air de demander à Apple de concevoir un netbook. Mais non. Pendant des années, tout le monde a poussé Apple à créer des ordinateurs moins chers, une clameur qui ne cesse de grossir avec la récession. Mais le PDG Steve Jobs n'a cessé de refuser cette approche pour à peu près les mêmes raisons citées par l'exécutif de Sony - une course vers le bas qui se terminera par des machines «poubelles». Les partisans d'un netbook Apple oublient que la firme a déjà son ordinateur moins puissant et ultraportable: il s'appelle le MacBook Air. Si Apple en sort un encore plus petit et moins cher, les consommateurs ne vont-ils pas se demander quel est l'intérêt de ce portable fin et onéreux?

Je suggère plutôt de penser au netbook comme quelque chose de totalement différent - une tablette tactile à écran plat pouvant gérer des photos, de la musique, des films, des e-mails, des jeux et toutes les fonctionnalités d'un navigateur web. L'appareil n'aurait pas beaucoup de mémoire interne mais dépendrait du réseau pour le gros de ses ressources. Pourquoi sans clavier? Parce qu'ainsi l'appareil sera conçu comme un outil annexe. Vous l'utiliserez globalement pour des tâches passives - pour lire des e-mails et des pages Web, pour regarder des photos, pour partager des documents lors d'une réunion. Vous le garderez sur les genoux pour perdre votre temps sur Facebook comme on regarde la télé ou vous le mettrez dans votre lit pour voir les infos avant de dormir. Vous pourrez lire vos e-mails dans le bus qui vous mène au travail; vous pourrez répondre à cet e-mail avec un clavier tactile et ensuite, une fois installé à votre bureau, vous pourrez y connecter un clavier USB.

Même les blogs s'y mettent

Apple pourrait faire ça, bien évidemment. Ce dont je parle se rapproche fondamentalement d'un ersatz d'iPhone ou d'iPod Touch - en gros plutôt 7 pouces que 3,5 et avec un processeur un peu plus rapide. Ça pourrait se vendre entre 400 et 500$ (plus l'achat d'un abonnement pour les données). Les fans d'Apple demande depuis longtemps à la firme de créer une tablette, mais ce n'est pas une suggestion destinée uniquement à Steve Jobs. Beaucoup d'autres compagnies pourraient concevoir une telle machine, comme Sony, Samsung, Nokia et Motorola. Ou même une start-up: depuis l'été, le blog TechCrunch a lancé un projet communautaire pour concevoir et fabriquer une tablette web bon marché; aujourd'hui, la communauté a déjà accouché d'un grossier prototype.

Aucune compagnie lancée dans la bataille ne doit se soucier des logiciels; parce que l'industrie informatique a maintenant accès à la plateforme gratuite et open-source de Google, Android, avec son interface stylée, son affichage intuitif et tactile et de la place pour des programmes tiers. Google, c'est clair, profitera aussi largement d'une machine connectée qui vous rendra addict au Web partout et pas seulement chez vous. Mais il y a aussi, bien sûr, d'autres bénéficiaires potentiels: Apple, Intel, les compagnies de téléphones mobiles, et, naturellement, vous et moi, les galériens du Web - je serai surpris si aucune belle tablette Web ne sort en 2009. J'ai hâte.

Farhad Manjoo est le chroniqueur high-tech de Slate.com

Traduit de l'anglais par Peggy Sastre

(Photo: Steve Jobs lors de la Keynote d'Apple le 9 juin 2008, Reuters/Kimberly White)

Farhad Manjoo
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