Sports

Nos sujets du baccalauréat 2014, section Roland-Garros

Yannick Cochennec, mis à jour le 04.06.2014 à 22 h 39

Ou comment joindre l'utile à l'agréable en révisant philosophie, mathématiques ou histoire-géographie devant le tournoi.

Nous sommes tous (ou à peu près) passés par là, y compris ceux qui s’intéressent de plus ou moins loin à l’actualité du tennis: réviser son baccalauréat (ou d’autres examens) avec Roland-Garros en fond sonore ou en mettant carrément ses livres de côté pour se laisser vraiment distraire par les échanges du stade de la Porte d’Auteuil.

En 2014, comme leurs prédécesseurs de 2010, 2006, 2002, etc., les aspirants bacheliers ont, eux, un défi particulièrement redoutable à relever avec le début de la Coupe du monde de football dans le sillage immédiat des Internationaux de France, qui pourrait leur faire perdre complètement le fil de leur concentration.

Alors, pour mieux les aider à préparer leur bac en regardant Nadal, Djokovic, Federer and co, nous leur avons concocté quelques sujets de révision de manière à ce qu’ils joignent l’utile à l’agréable devant leur poste de télévision. Tous ces sujets, supervisés par des professeurs de Terminale, peuvent évidemment tomber le jour J. Il ne s’agirait donc pas de les prendre trop à la légère…

REUTERS/Adam Hunger

Philosophie

Section Nadal

Peut-on être esclave d’un objet technique?

Section Djokovic

La diversité des langues est-elle un obstacle à l’entente entre les peuples?

Section Wawrinka

La conscience de soi doit-elle quelque chose à la présence d’autrui?

Section Federer

L’art peut-il se passer d’une maîtrise technique?

Section Tsonga

L’homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même?

Section Gasquet

Choisit-on d’être celui qu’on est?

Section S. Williams

Peut-on se mettre à la place de l’autre?

Section Sharapova

Pourquoi sommes-nous sensibles à la beauté?

Section Roland-Garros

Expliquez le texte suivant en vous demandant, par exemple, si l’homme est libre à Roland-Garros.

«L’idée de liberté est l’idée du pouvoir qu’a un agent de faire une action particulière ou de s’en abstenir, selon la détermination de la pensée ou de l’esprit qui préfère l’un plutôt que l’autre. Là où l’agent n’a pas le pouvoir de produire l’un des deux selon sa volition (volonté), là il n’a pas la liberté; cet agent est soumis à la nécessité. Mais il peut y avoir pensée, il peut y avoir volonté, là où il n’y a pas de liberté; ce que l’examen rapide d’un ou deux exemples évidents peut rendre clair.

Une balle de tennis, envoyée par une raquette ou immobile à terre, n’est considérée par personne comme un agent libre. Si l’on en cherche la raison, on verra que c’est parce qu’on ne conçoit pas qu’une balle de tennis pense et qu’elle n’a par conséquent aucune volition ni préférence pour le mouvement plutôt que pour le repos ou vice-versa; elle n’a donc pas de liberté, elle n’est pas un agent libre; au contraire, ses mouvements comme son repos tombent sous l’idée de nécessaire et en portent le nom.

De même, un homme qui tombe dans l’eau parce qu’un pont cède sous ses pas n’a pas de ce fait de liberté, il n’est pas un agent libre; car, malgré sa volition, malgré sa préférence (ne pas tomber plutôt que tomber), s’abstenir de ce mouvement n’est pas en son pouvoir et l’arrêt ou la cessation de ce mouvement ne suivent pas de sa volition; sur ce point, il n’est donc pas libre.»

John Locke, Essai sur l’entendement humain

REUTERS/Régis Duvignau

Mathématiques

Exercice n°1

A chaque nouveau point, on a observé que Rafael Nadal se tirait le slip avec une probabilité de 0,9. Or, lors du seul match perdu par l’Espagnol à Roland Garros, contre le Suédois Robin Söderling en 2009, un fin observateur a remarqué qu'il avait tiré son slip 211 fois lors des 268 points joués. Peut-on dire, en utilisant un intervalle de fluctuation asymptotique au seuil de 95%, que Nadal n'était pas dans son état habituel?

Exercice n°2

Il y a 19 Français engagés dans le tableau masculin du tournoi de Roland Garros. On fait l'hypothèse que les Français présents aux Internationaux de France sont indépendants et ont une probabilité de gagner leur match de 0,5.

Justifier que la variable aléatoire égale au nombre de Français présents au second tour suit une loi binomiale dont on précisera les paramètres. Au cas, fort désolant, où les deux tiers des joueurs français ne passeraient pas le premier tour, pourrait-on dire qu'ils sont mauvais ou pourrait-on imputer ce résultat décevant à la fluctuation hélas naturelle d'un phénomène aléatoire?

REUTERS/Gonzalo Fuentes

Français

Sujet de dissertation

En vous appuyant sur les trois textes suivants, vous nous direz si un personnage de roman (Garros) ne se construit qu’à travers des scènes d’action.

En 1625, arrivé à Paris pour se présenter à M. de Tréville, capitaine des Mousquetaires du roi, D’Artagnan, en raison de ses maladresses, est défié par trois Mousquetaires (Athos, Porthos, Aramis) alors que Richelieu a interdit les duels. Près de cinq siècles plus tard, ce texte d’Alexandre Dumas reste toujours d’actualité.

«Et maintenant que vous êtes rassemblés, messieurs, dit Tsonga, permettez-moi de vous faire mes excuses.
À ce mot d’excuses, un nuage passa sur le front de Gasquet, un sourire hautain glissa sur les lèvres de Simon, et un signe négatif fut la réponse de Monfils.
–Vous ne me comprenez pas, messieurs, dit Tsonga en relevant sa tête, sur laquelle jouait en ce moment un rayon de soleil qui en dorait les lignes fines et hardies: je vous demande excuse dans le cas où je ne pourrais vous payer ma dette à tous trois, car M. Gasquet a le droit de me battre le premier, ce qui ôte beaucoup de sa valeur à votre créance, monsieur Simon, et ce qui rend la vôtre à peu près nulle, monsieur Monfils. Et maintenant, messieurs, je vous le répète, excusez-moi, mais de cela seulement, et en garde!
À ces mots, du geste le plus cavalier qui se puisse voir, de Tsonga sortit sa raquette de son étui.
Le sang était monté à la tête de Tsonga, et dans ce moment il eût sorti sa raquette contre tous les mousquetaires du royaume, comme il venait de faire contre Gasquet, Simon et Monfils.
Il était midi et un quart. Le soleil était à son zénith à Roland-Garros et l’emplacement choisi pour être le théâtre du match se trouvait exposé à toute son ardeur.
–Il fait très chaud, dit Gasquet en sortant sa raquette à son tour, et cependant je ne saurais ôter mon pansement; car, tout à l’heure encore, j’ai senti que ma blessure saignait, et je craindrais de gêner monsieur en lui montrant du sang qu’il ne m’aurait pas tiré lui-même.
–C’est vrai, monsieur, dit Tsonga, et tiré par un autre ou par moi, je vous assure que je verrai toujours avec bien du regret le sang d’un aussi brave gentilhomme; je me battrai donc bravement comme vous.
–Voyons, voyons, dit Simon, assez de compliments comme cela, et songez que nous attendons notre tour.
–Parlez pour vous seul, Simon, quand vous aurez à dire de pareilles incongruités, interrompit Monfils. Quant à moi, je trouve les choses que ces messieurs se disent fort bien dites et tout à fait dignes de deux gentilshommes.
–Quand vous voudrez, monsieur, dit Gasquet prêt à servir.
–J’attendais vos ordres, dit Tsonga prêts à croiser le fer.
Mais les deux raquettes avaient à peine résonné en touchant la balle, qu’une escouade des gardes de Son Éminence Gachassin, commandée par M. de Ysern, se montra à l’angle du central.
-Les gardes! s’écrièrent à la fois Simon et Monfils. La raquette dans l’étui, messieurs! la raquette dans l’étui!
Mais il était trop tard. Les deux combattants avaient été vus dans une pose qui ne permettait pas de douter de leurs intentions.
–Holà! cria Ysern en s’avançant vers eux et en faisant signe à ses hommes d’en faire autant, holà! mousquetaires, on se bat donc ici? Et les règlements, qu’en faisons-nous?»

Guy de Maupassant a écrit Bel-Ami en 1885, livre célèbre notamment pour une très belle scène de duel entre Georges Duroy et Louis Langremont, précédée ci-dessous de la description de la nuit de Duroy avant l’affrontement. Avec ces mêmes mots, Guy de Maupassant aurait pu, 230 ans plus tard, narrer le sommeil agité de tout jeune joueur à la veille d’affronter Rafael Nadal sur le central de Roland-Garros.

«Dès qu’il fut au lit, il fit l’obscurité et ferma les yeux.
Il avait très chaud dans ses draps, bien qu’il fit très froid dans sa chambre, mais il ne pouvait parvenir à s’assoupir. Il se tournait et se retournait, demeurait cinq minutes sur le dos, puis se plaçait sur le côté gauche, puis se roulait sur le côté droit.
Il avait encore soif. Il se releva pour boire, puis une inquiétude le saisit: "Est-ce que j’aurais peur?"
Pourquoi son cœur se mettait-il à battre follement à chaque bruit connu de sa chambre? Quand son coucou allait sonner, le petit grincement du ressort lui faisait faire un sursaut; et il lui fallait ouvrir la bouche pour respirer pendant quelques secondes, tant il demeurait oppressé.
Il se mit à raisonner en philosophe sur la possibilité de cette chose: "Aurais-je peur?"
Non certes, il n’aurait pas peur puisqu’il était résolu à  aller jusqu’au bout, puisqu’il avait cette volonté bien arrêtée de se battre, de ne pas trembler. Mais il se sentait si profondément ému qu’il se demanda: "Peut-on avoir peur malgré soi?" Et ce doute l’envahit, cette inquiétude, cette épouvante! Si une force plus puissante que sa volonté, dominatrice, irrésistible, le domptait, qu’arriverait-il? Oui, que pouvait-il arriver?
Certes, il irait sur le terrain puisqu’il voulait y aller. Mais s’il tremblait? Mais s’il perdait connaissance? Et il songea à sa situation, à sa réputation, à son avenir.
Et un singulier besoin le prit tout à coup de se relever pour se regarder dans la glace. Quand il aperçut son visage reflété dans le verre poli, il se reconnut à peine, et il lui sembla qu’il ne s’était jamais vu. Ses yeux lui parurent énormes; et il était pâle, certes, il était pâle, très pâle.
Tout d’un coup, cette pensée entra en lui à la façon d’une balle: "Demain, à cette heure-ci, je serai peut-être mort." Et son cœur se remit à battre furieusement.
Il se retourna vers sa couche et il se vit distinctement étendu sur le dos dans ces mêmes draps qu’il venait de quitter. Il avait ce visage creux qu’ont les morts et cette blancheur des mains qui ne remueront plus.
Alors il eut peur de son lit, et afin de ne plus le voir il ouvrit la fenêtre pour regarder dehors.
Un froid glacial lui mordit la chair de la tête aux pieds, et il se recula, haletant.»

Dans la scène suivante du Cid, Corneille nous livre sa vision prémonitoire de l’arrivée du jeune Bulgare Grigor Dimitrov, en qui beaucoup voient le fils naturel de Roger Federer tant leur talent et leur style paraissent cousins. Grigor Dimitrov, dont la fiancée est Maria Sharapova, met au défi Rafael Nadal à Roland-Garros. Etincelles pleines d’éclats.

«Don Dimitrov
À moi, Nadal, deux mots.

Le Nadal
Parle.

Don Dimitrov
Ôte-moi d’un doute.
Connais-tu bien don Federer?

Le Nadal
Oui.

Don Dimitrov
Parlons bas, écoute.
Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu,
La vaillance et l’honneur de son temps, le sais-tu?

Le Nadal
Peut-être.

Don Dimitrov
Cette ardeur que dans les yeux je porte,
Sais-tu que c’est son sang, le sais-tu?

Le Nadal
Que m’importe!

Don Dimitrov
À quatre pas d’ici je te le fais savoir.

Le Nadal
Jeune présomptueux!

Don Dimitrov
Parle sans t’émouvoir.
Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n’attend pas le nombre des années.

Le Nadal
Te mesurer à moi! Qui t’a rendu si vain,
Toi qu’on a jamais vu les armes à la main?

Don Dimitrov
Mes pareils à deux fois ne se font point connaître
Et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître.

Le Nadal
Sais-tu bien qui je suis?

Don Dimitrov
Tout autre que moi
Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d’effroi.
Les palmes dont je vois ta tête si couverte
Semblent porter écrit le destin de ma perte.
J’attaque en téméraire un bras toujours vainqueur,
Mais j’aurais trop de force, ayant assez de coeur.
A qui venge son père il n’est rien d’impossible :
Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.

Le Nadal
Ce grand cœur qui paraît aux discours que tu tiens,
Par tes yeux, chaque jour, se découvrait aux miens
Et croyant voir en toi l’honneur de la Bulgarie,
Mon âme avec plaisir te laissait Maria, cette belle fille
Je sais ta passion et suis ravi de voir
Que tous ses mouvements cèdent à ton devoir,
Qu’ils n’ont point affaibli cette ardeur magnanime,
Que ta haute vertu répond à mon estime
Et que voulant pour elle un cavalier parfait,
Je ne me trompais point au souhait que pour elle j’avais fait.
Mais je sens que pour toi ma pitié s’intéresse,
J’admire ton courage et je plains ta jeunesse.
Ne cherche point à faire un coup d’essai fatal,
Dispense ma valeur d’un combat inégal;
Trop peu d’honneur pour moi suivrait cette victoire:
À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
On te croirait toujours abattu sans effort
Et j’aurais seulement le regret de ta mort.

Don Dimitrov
D’une indigne pitié ton audace est suivie:
Qui m’ose ôter l’honneur craint de m’ôter la vie?

Le Nadal
Retire-toi d’ici.

Don Dimitrov
Jouons sans discourir.

Le Nadal
Es-tu las de vivre?

Don Dimitrov
As-tu peur de mourir?

Le Nadal
Viens, tu fais ton devoir et le "fils" dégénère
Qui survit un moment à l’honneur de son "père".»

REUTERS/Alessia Pierdomenico

Histoire

Composition n°1

L’Europe au temps de la Guerre froide.

(Le candidat pourra extrapoler et évoquer Roland-Garros au temps de la Guerre froide entre les supporters de Rafael Nadal et ceux de Roger Federer)

Composition n°2

La superpuissance des Etats-Unis et ses manifestations dans l’espace mondial.

(Le candidat pourra extrapoler et évoquer la superpuissance de Rafael Nadal dans l’espace de Roland-Garros)

Commentaire de document

Le candidat commentera cet extrait de l’appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle légèrement revu et nous dira ce qu’il dit de l’esprit de la résistance française.

«Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête du tennis français, ont formé une équipe.

Cette équipe, alléguant la défaite de ses troupes, s'est mise en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et technique de l'ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont la puissance et la tactique des Espagnols qui nous font reculer. Ce sont la puissance et la tactique des Espagnols qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.

Mais le dernier mot est-il dit? L'espérance doit-elle disparaître? La défaite est-elle définitive? Non!

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

[…]

Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

[…]

Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.

Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à Radio Roland-Garros.»

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (575 articles)
Journaliste
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