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David Luiz, l'étrange et chère recrue du PSG version fair-play financier

Grégoire Fleurot, mis à jour le 27.05.2014 à 11 h 25

Les questions que pose l'achat par le club parisien du défenseur le plus cher de l'histoire.

David Luiz célèbre un but avec ses coéquipiers de Chelsea face à Tottenham, le 8 mai 2013 à Stamford Bridge à Londres. REUTERS/Eddie Keogh.

David Luiz célèbre un but avec ses coéquipiers de Chelsea face à Tottenham, le 8 mai 2013 à Stamford Bridge à Londres. REUTERS/Eddie Keogh.

C'est officiel depuis le 23 mai: après avoir déjà battu à deux reprises en deux ans le record du transfert le plus cher de l'histoire de Ligue 1 avec Javier Pastore en 2011 (43 millions d'euros) et Edinson Cavani l'été dernier (64 millions d'euros), le Paris Saint-Germain va faire tomber un nouveau record, mondial celui-ci.

En annonçant avoir trouvé un accord avec Chelsea et le Brésilien David Luiz pour un montant estimé à 49,5 millions d'euros, le club parisien fait en effet de ce dernier le défenseur le plus cher de l'histoire du football, titre jusqu'ici détenu par l'anglais Rio Ferdinand, qui était passé de Leeds United à Manchester United pour 44,8 millions d'euros en 2002.

L'Angleterre se moque du PSG

Sur Twitter, les fans de la Premier League n'ont pas tardé à se moquer de la somme dépensée pas le club parisien pour un joueur considéré par certains comme peu régulier, coupable de sautes de concentration et prenant parfois trop de risques. «Êtes-vous bourrés?», interpelait l'un d'entre eux en s'adressant au PSG. En Angleterre, tout le monde se souvient des mots de l'ancien défenseur de Manchester United Gary Neville, qui avait déclaré au sujet de David Luiz:

«Il joue comme s'il était contrôlé par un enfant de 10 ans sur une Playstation.»

Du côté des observateurs et analystes respectés du championnat anglais, la nouvelle a également étonné. Stan Collymore, ancien international et consultant à la télévision et à la radio, a écrit (à propos du montant de 50 millions de livres, soit presque 62 millions d'euros, d'abord annoncé dans la presse britannique avant d'être revu à la baisse):

«50 millions de livres pour David Luiz. Le défenseur central/milieu défensif le plus tendre du monde. Micky Droy [un ancien défenseur de Chelsea des années 1970 connu pour son intransigeance] doit se pisser dessus de rire»

Gary Lineker, légende vivante du foot anglais et lui aussi observateur attentif de la Premier League, a d'abord tweeté:

«David Luiz: 50 millions de livres !!! Le monde du foot n'a pas de sens.»

Avant de préciser non sans ironie quelques heures plus tard:

«Je vois que le chiffre de 50 millions de livres pour David Luiz au PSG était exagéré, et l'accord a été passé pour environ 40 millions de livres. Quelle bonne affaire!!»

On est bien loin de l'enthousiasme qui avait entouré le recrutement de l'autre défenseur central de la sélection brésilienne et capitaine Thiago Silva (considéré par certains comme le meilleur du monde à son poste) à l'été 2012 pour 42 millions d'euros

Pas un défenseur de seconde zone

Acheté par Chelsea au Benfica Lisbonne 25 millions d'euros en 2010, David Luiz a une valeur marchande réelle estimée aujourd'hui entre 25 et 30 millions d'euros, soit au moins 20 millions de moins que ce que va payer le PSG.

Que les choses soient claires, il n'est pas un défenseur de seconde zone. Ses qualités physiques et techniques hors du commun et son caractère de combattant en font même un des meilleurs du monde, suivi de près par des clubs comme le FC Barcelone et dans une moindre mesure le Bayern Munich.

Titulaire et vice-capitaine de la sélection brésilienne favorite pour la Coupe du monde sur son sol, il affiche 34 sélections au compteur et un palmarès incluant déjà une Ligue des champions et une Ligue Europa avec Chelsea. 

Mais voilà, après avoir été indispensable à l'équipe anglaise l'année dernière, il a connu une saison décevante sous les ordres de José Mourinho, et ses critiques soulignent un certain manque de rigueur défensive.

Il n'a joué que 19 matchs de championnat cette année et a été replacé à partir de décembre au poste de milieu défensif par son entraîneur, qui lui a préféré Gary Cahill et John Terry en charnière centrale. Un simple coup d'œil à ses statistiques en Premier League grâce à l'excellent outil de comparaison du site Squawka (qui utilise les statistiques d'Opta) permet de se rendre compte de sa baisse de régime.

Les statistiques ci-dessus sont rapportées au temps passé sur le terrain, par 90 minutes. Les scores de défense et total sont calculés grâce à des algorithmes prenant en compte toutes les actions effectuées par le joueur pendant le match.

David Luiz a vu son score défensif s'effondrer en un an, ce qui peut s'expliquer en partie par son repositionnement au milieu de terrain, mais son score total a aussi chuté de manière importante, ce qui montre qu'il n'a pas compensé par un apport supérieur dans d'autres compartiments du jeu.

Un PSG pourvu en défenseurs centraux

De ce côté-ci de la manche, le transfert de David Luiz étonne pour une autre raison: la défense centrale ne semblait pas être le compartiment du jeu dans lequel le PSG avait le plus besoin de se renforcer. Comme évoqué plus haut, le club compte déjà dans ses rangs un joueurs souvent décrit comme le meilleur défenseur central du monde, Thiago Silva, qui vient d'être élu pour la deuxième fois consécutive dans l'équipe type de la Ligue 1 par ses pairs.

Son compatriote Alex, s'il est le «moins glamour» des champions selon L'Equipe, n'en a pas moins été le deuxième meilleur défenseur central de l'année selon le quotidien sportif, derrière le Lillois Marco Basa mais devant Thiago Silva. Le journal écrivait à son sujet, dimanche 18 mai, après la dernière journée de championnat:

«Une prestations impeccable, sans erreur, qui confirme l'excellente saison du défenseur. Bien placé, quasi intraitable dans les duels au pied et de la tête, le Brésilien a encore une fois dégagé une force tranquille. Les dirigeants parisiens auraient tort de ne pas le prolonger.»

C'est pourtant ce que s'apprêtent à faire ces derniers. En fin de contrat, Alex va selon toute vraisemblance faire ses valises avec l'arrivée de David Luiz. Reste enfin le jeune Marquinhos, encore un défenseur central brésilien acheté l'été dernier pour 31 millions d'euros et qui vient de voir son temps de jeu potentiel pour les prochaines saisons se rétrécir considérablement.

Voici la comparaison des statistiques des quatre défenseurs, avec pour David Luiz les chiffres de sa saison la plus aboutie avec Chelsea, en 2012/13.

Résultat, même en prenant l'année de référence de David Luiz, ses performances ne justifient pas vraiment son prix, et ne sont pas bien meilleures que celles d'Alex ou Marquinhos (à sa décharge, soulignons tout de même qu'il affronte des attaquants autrement plus coriaces en Premier League que ceux auxquels se mesurent les défenseurs du PSG en Ligue 1).

Sanctions du fair-play financier

En dehors des considérations purement footballistiques, un élément rend cet achat au prix fort, dans un secteur où le PSG semble plutôt bien fourni, vraiment étonnant: les sanctions annoncées par l'UEFA à l'encontre du PSG en vertu des principes du fair-play financier.

Selon L'Equipe, le PSG s'est entre autres vu limiter ses investissements nets à un seul joueur pour un montant de 60 millions d'euros maximum cet été, joker qu'il vient donc de griller avec David Luiz. Le club pourra recruter d'autres joueurs, mais seulement avec les sommes qu'il aura récupérées via d'éventuelles ventes, tout en maintenant sa masse salariale au même niveau qu'actuellement. Une masse salariale qui va exploser avec l'arrivée du vice-capitaine du Brésil, et que les départs programmés d'Alex et de Jérémy Ménez ne suffiront pas à rééquilibrer.

L'entraîneur parisien Laurent Blanc a annoncé qu'il y aura entre deux et quatre recrues cet été. Son président Nasser al-Khelaïfi affirme ne vouloir vendre aucune de ses stars mais recruter des joueurs de classe mondiale:

«On a établi quelques profils de stars qui nous intéressent. Personne ne nous arrêtera, je vous le redis. On achètera qui on veut. Comment? C'est notre affaire.»

Du côté du PSG, c'est comme si rien ne s'était passé avec le nouveau gendarme financier du foot européen. On pourrait même croire, à les entendre, que les responsables parisiens ont trouvé une formule magique pour continuer à recruter sans compter comme ils le faisaient avant de se faire épingler par le fair-play financier.

Leurs rivaux européens et les instances de l'UEFA doivent attendre avec impatience de la découvrir.

Grégoire Fleurot

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Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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