Homophobie: le crime de Tel-Aviv
L'intolérance religieuse et politique grandit en Israël.
- La tombe d'une des victimes de l'attentat Reuters -
Le choc! Israël n'en avait pas connu un aussi violent depuis les derniers attentats terroristes qui avaient secoué Tel Aviv. Si toutes les tendances politiques ont été unanimes pour condamner le meurtre ignoble commis à l'intérieur de l'association des homosexuels à Tel-Aviv, certaines d'entre elles ne doivent pas avoir la conscience tranquille.
Un homme de 26 ans et une adolescente de 17 ans sont tombés sous les balles d'un tueur masqué qui a disparu après son forfait. Benjamin Netanyahou a «condamné avec vigueur ce meurtre odieux. Nous sommes un Etat démocratique, prônant la tolérance, et nous devons respecter tout individu, quel qu'il soit». Le parti orthodoxe Shass et les deux grands rabbins d'Israël ont dénoncé eux aussi la tuerie.
Mais ce qui devait arriver est arrivé. A force de fustiger les habitants de Tel-Aviv pour leurs prétendues débauche et déviations sexuelles, on a exacerbé les sentiments de haine à leur égard. Les nationalistes accusent les jeunes d'être des planqués en se fondant sur des statistiques non confirmées considérant qu'aucun résident de Tel-Aviv ne figurait parmi les soldats morts lors des guerres du Liban et de Gaza,.
Quant aux religieux, ils n'hésitent plus à comparer la ville côtière, la ville des festivités, aux cités pécheresses bibliques: Sodome et Gomorrhe. Les cafés, les discothèques et les restaurants, et d'une manière générale, les lieux de plaisir, ont envahi les bords de mer et cela semble suffisant pour jeter l'anathème sur la cité de la «débauche».
Pourtant la capitale économique de l'Etat juif joue un rôle primordial en dehors de l'activité industrielle et financière. Elle permet de mieux faire connaitre et apprécier un pays associé presque uniquement à la notion de guerre et de drainer des milliers de visiteurs. Comparée à la ville sainte de Jérusalem, plus fermée, plus étouffante spirituellement pour les jeunes laïcs, plus envoutante par le poids de son Histoire, elle est effectivement très différente plus occidentale, plus européenne ou américaine, plus moderne, plus bon enfant.
L'afflux de touristes sur les plages de Gordon et de Frishman n'est pas du goût des extrémistes religieux qui ne cessent de vouer aux gémonies ces jeunes filles «dénudées» et ces garçons qui ne consacrent pas leur temps à l'étude du Livre.
L'assassinat d'Itzhak Rabin par un juif illuminé a été la première illustration du poids grandissant des extrêmes en Israël et notamment d'une nouveauté terrible l'appel au meurtre entre juifs, qui n'existait pas par le passé. Les atteintes à la démocratie sont en train de mettre en péril les fondements de ce pays à certains égards plus surement que les actes terroristes ou kamikazes. Le meurtre institué comme forme de contestation est une nouveauté dans un pays où la solidarité était impérative et à la mesure des défis qui le menacent.
L'homosexualité était un sujet tabou en Israël jusqu'au développement des Gay Pride. Coincée entre les interdits du judaïsme et l'ouverture au monde moderne et occidentalisé, la communauté homosexuelle a révêlée son existence lors de ses manifestations. La mairie de Tel-Aviv avait financé les premiers évènements qui se transformaient en manifestation joyeuse et musicale au bord de la plage. Puis par provocation, les organisateurs décidèrent de transporter la manifestation jusqu'à Jérusalem. La communauté orthodoxe n'apprécia pas vraiment et manifesta contre la tenue des Gay Pride en menaçant de tous les malheurs ceux qui contrevenaient à ces principes. Les orthodoxes donnèrent ainsi une justification à l'un des leurs pour poignarder trois homosexuels en 2006.
La Gay Pride 2007 n'eut pas lieu car les religieux s'étaient insurgés contre la «profanation du caractère religieux de la ville sainte» mais celle de 2008 se déroula sans violence. Fait nouveau en 2009, l'extrême-droite israélienne a rejoint les orthodoxes pour tenter de faire adopter une loi afin d'interdire définitivement le défilé dans la capitale. Le national Jewish Front, dirigé par un ancien membre du parti raciste Kach, interdit en Israël, a apporté son soutien pour obtenir l'interdiction, en vain.
Les contestataires ne parvinrent pas à leurs fins car la démocratie est tenace en Israël. Le journaliste Nitzan Horowitz, nouveau député, qui revendique ouvertement son homosexualité, a pris la tête de la manifestation pour que «cette fête populaire marque la pluralité d'Israël; nous ne laisserons pas Jérusalem devenir Téhéran». Les rabbins de Jérusalem ont compris qu'ils ne pouvaient plus s'opposer à la tenue du défilé mais des dissidents, se faisant appeler «Le comité des rabbins pour la sainteté de Jérusalem», ont prévenu qu'ils feraient appliquer leur volonté par tous les moyens, y compris par la force..
L'appel au meurtre s'est renouvelé puisqu'un tract promettant 4.500 dollars à «toute personne qui provoquerait la mort de l'un des hommes de Sodome et Gomorrhe», c'est-à-dire les homosexuels et les lesbiennes, a été diffusé à Jérusalem. La police avait imputé à l'époque cet appel aux milieux orthodoxes.
Si les orthodoxes ne sont pas directement impliqués dans ce meurtre, ils devront maintenant comprendre et à quel prix qu'ils devront dorénavant changer de discours et que les menaces physiques et de l'usage de la violence comme arme politique finissent toujours par susciter des vocations d'assassin.
Jacques Benillouche
Image de Une: La tombe d'une des victimes de l'attentat Reuters
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Mis à jour le 03/08/2009 à 7h07













































Pourquoi parler d'intolérence religieuse? qui vous a dit qu'il s'agit d'un religieu avez vous des infos que la police ne possede pas?
les religieux dont vous parlé sont-ils intolérants envers les non religieux? y a t-il une réciproque?
personnellement j'habite tel aviv dans le quartier de l'hopital Yehilov, les religieux et non religieux vivent en parfaire harmonie comme dans beaucoup d'autres endroits en Israel.
peut etre serait-il temps de fournir des analyses un peu plus profonde et arretter de débiter des idées communes et fausses.
affirmer qu'il n'existait pas avant Ygal Amir de juifs qui avaient tué d'autres juifs laissez moi juste vous rappeler ceci :
L'altalena est attaqué et incendié par Tsahal le 22 juin 1948, suivant l'ordre de David Ben Gourion.
Exprimant son refus de l'existence de plusieurs factions armées, Ben Gourion fait tirer sur les militants de l’Irgoun les 21 et 22 juin 1948, quand ceux-ci essaient de débarquer les armes. Le bateau est coulé. Lors de l'assaut contre le bateau, il y a 18 morts : 16 membres de l'Irgoun et 2 soldats de Tsahal. Eytan Haber, dans son livre Menahem Begin, rappelle l'implication de Yitzhak Rabin dans cet épisode tragique.
ceci n'est qu'un exemple parmis plusieurs autres.
Arretez de cultiver ce sentiment de culpabilite ! Un fait divers isole n'a jamais ete significatif d'une tendance.
Arretez egalement ce discours passeiste, "c'etait mieux avant". Avez-vous vu le film de Sacha Guitry, "si Versailles m'etait conte", il y a une scene ou des personnes agees disent :"c'etait mieux de mon temps", la scene suivante remonte a "leur temps" puis des personnes agees disent :"c'etait mieux de mon temps", etc...
Il y a des fous ou des criminels partout et de tous temps.
Tres cordialement.
L'exercice auquel vous vous prêtez est difficile. Même si je ne partage pas toujours votre avis, soyez assuré de ma considération. Le contexte dans lequel vous exercez votre métier ne facilite pas l'expression d'analyses nuancées.
Je ne commenterais pas votre texte car les lecteurs ont le droit d’avoir leurs propres opinions qui ne sont pas forcément celles du chroniqueur.
Je voudrais cependant apporter une précision historique sur l’incident de l’Altalena qui ne peut être comparé avec le meurtre de Tel-Aviv. Il s’agit de faits et non pas de jugements.
Le 26 mai 1948, douze jours après la déclaration d’indépendance d’Israël, une ordonnance 5708-1948 du gouvernement créait l’Armée de défense d’Israël, Tsahal, qui unifiait la Haganah, l’Irgoun et le groupe Stern-Lehi. L’article 4 de cette ordonnance stipulait : « la création et le maintien de toute autre force armée est interdite. »
L’Irgoun a cependant affrété un bateau, l’Altalena, chargé d’armes que Begin ne destinait qu’à ses bataillons de l'Irgoun en contradiction avec l’ordonnance signée par David Ben Gourion, le chef du gouvernement.
A l’arrivée du bateau au port de Tel-Aviv le 22 juin 1948, l’armée officielle et régulière a imposé la livraison de cet armement entre ses mains ce qui lui a été refusé par l’Irgoun. Cette désobéissance mettait en cause la crédibilité du gouvernement et de l'armée unifiée qui s’installaient à peine et elle risquait de créer un système de milices parallèles non contrôlées. Après des mises en garde non suivies d’effet et le refus des dirigeants de l’Irgoun d’abandonner le navire pour le remettre entre les mains des autorités légales, Ben Gourion a donné l'ordre d'occuper le navire par la force. Des échanges de tirs ont entrainé l’incendie du navire par Tsahal.
Dans cet incident il n'y a pas eu d'assassinat mais une volonté d'imposer l'ordre par la force.
- l'achat d'armes s'était fait "avant" l'accord" israélo-palestinien et était donc à ce moment "légal"
- le chargement du bateau s'est fait le 28 mai 1948.
- Sur le plan national, Ben Gourion,représentant légitime de l'état d'Israël, est en train de négocier avec l'Irgoun la fusion de l'Irgoun dans la Haganah. Cette attaque a donc été faite à la surprise générale.
- Il suffisait à la hagana de prendre "par la force" le port de debarquement pour régler cette histoire.
- après le bombardement le commandant hisse le drapeau blanc Les tirs continuent néanmoins ...
- Suivant les témoins de l'ONU, la hagana a tiré sur les naufragés.
êtes vous sure qu'il ne s'agit pas d'assassinats?
@ toutes et tous ...
Cette attaque, ce meurtre, ce crime, ce (mettez ici le qualificatif que vous voulez) vous semble-t-il si difficile à traiter que vous détourniez ainsi si rapidement le sujet ? 1948 - 2009. 61 ans ont passé. Sommes nous en train de parler des débuts de l'état d'Israël ou bien d'un type - dont on ne sait rien - qui est entré dans un lieu pour y tuer ?
Je ne vais pas essayer de me prononcer sur les motivations de l'assassin. je ne sais pas si c'est une histoire privée, si des motifs religieux sont à la base, si ce type est cinglé ou si il avait juste envie de tester son arme. je reviens à l'essentiel : deux personnes, une jeune fille de 17 ans, un jeune homme de 26 ans sont morts. Plusieurs autres sont blessés et les témoignages sont présents sur la toile qui parlent d'adolescents présents lors de cette attaque qui sont morts de peur à l'idée que leur famille apprenne ainsi leur sexualité.
Ce que l'article met en exergue, c'est la dichotomie d'une société israélienne qui se veut à la fois occidentale, se réclamant des droits de l'homme, prônant une modernité et un savoir vivre ensemble et qui dans le même temps essaie de vivre selon les racines culturelles et religieuses du monde hébraïque. Parfois, ces deux envies sont difficiles à concilier. L'homosexualité est un sujet qui montre au grand jour les failles de cette société.
Il n'est bien sur pas le seul. Et il n'y a pas qu'en Israël que cela fait débat, polémique, problème. Je ne pointe pas le doigt.
En revanche, je constate que les gay-pride en Israël posent encore problème. Que les discours de certains religieux, de certains partis, de certains groupes prônent une intolérance forte, parfois maximale, qui peut même aller jusqu'à la haine et les appels au meurtre.
Il ne s'agit pas de stigmatiser Israël. Il ne s'agit pas de faire de l'antisémitisme ou de l'antisionisme à bon compte, sur le mode "je vous l'avais bien dit". Il s'agit en revanche de dire que ce qui s'est passé samedi n'est pas rien. Que cela a été entendu dans bon nombre de pays. Que cette attaque est grave. Non seulement pour ceux qui ont perdu la vie, pour les blessés, pour leur famille, pour les gays et lesbiennes, bi et trans qui vivent en Israël. Mais sans doute aussi pour Israël lui même. Une société qui en arrive à ce point de haine, qui ne comprend pas qu'un discours extrême mène forcement à la violence et à la tuerie est malade, gravement malade.
Il n'y a pas de solution toute faite, pas de remède miracle. la France connait elle aussi ces violences homophobes malgré une législation qui réprime ces agissements . Mais nous n'en sommes plus à la dénonciation violente de l'homosexualité par des franges importantes et influentes de la société civile. Et notre voix peut servir, je l'espère, à aider la société israélienne à en finir avec ces sombres pulsions.
Manuel Atréide
Votre message m'a profondément touché et je vous en remercie.
J'aime à lire vos commentaires et je sais que souvent nos avis divergent. Mais n'est-ce pas le rôle de Slate de susciter le débat et de créer la controverse dès lors où la discussion reste courtoise ?
Mon rôle difficile est d'essayer de vous informer, le vôtre de relever nos erreurs.
Merci encore
Presqu'avant même le crime, les religieux étaient déjà condamnés par nos journalistes. Et tous les religieux, les hassidim des différents courants, les orthodoxes lituaniens, les orthodoxes séfarades, les traditionnalistes, les sionistes-religieux, les religieux de gauche affiliés au parti travaillistes, tous les religieux.
On ne demandera pas à ces journalistes d'aller sur le terrain par exemple pour voir comment la question de l'homosexualité est traitée dans les différents groupes religieux (il y a même des homosexuels religieux !), mais au moins de regarder la télévision. Parfois malgré le zoom et la coupe, la vérité se glisse dans la petite lucarne au journal. Vous auriez vu que les sauveteurs arrivés sur les lieux du crime, pour sauver les blessés homosexuels, lesbiennes, étaient ... des religieux ! Des Juifs aux barbes bien noires, avec des papillotes, des kippot noires, et des tsittsit destinées à leur rappeler à tout moment les 613 commandements.
Ces hommes religieux donnent à tout le monde une leçon de tolérance bien juive car dans le judaïsme ce sont les actes qui comptent et non les belles paroles (de tolérance). Ils ont sauvé des hommes et des femmes avec lesquels ils ne sont probablement pas d'accord, mais ils savent que tous les hommes et les femmes sont faits à l'image du Créateur. Et ils ont agi en conséquence.
Et les journalistes du monde entier diront peut-être que ce sont les paroles et les dires de certains religieux qui ont poussé le meurtrier. Nous verrons car apparemment l'enquête réserve des surprises sur l'identité de l'assassin. Mais cet argument peut être généralisé. Peut-être bien aussi que ces dépêches et ces articles sur les religieux sont en train d'armer un autre bras asassin dirigé contre...les religieux.
« Le contexte dans lequel vous exercez votre métier » ? M. Benillouche est en Israël, pas en Somalie. Israël jouit d’une très grande liberté de presse et d’expression, et le meurtre d’un journaliste y est – évidemment heureusement – rarissime voire inexistant.
« L'expression d'analyses nuancées ». Je pense qu’on trouve en Israël une gamme très étendue d’opinions, certaines extrêmes, d’autres très nuancées et subtiles.
En bref la démocratie fonctionne très bien en Israël.
http://www.un-echo-israel.net/Histoire-il-y-a-60-ans-le-drame-de
@Un peu (trop) de raison
Comme toute personne excèssivement concentrée sur soi et sa propre raison, vous n'êtes pas capable d'écouter ou de lire avec les oreilles et les yeux bien ouverts...vous ne faites que reporter tout à votre point de vue en argumentant que c'est le seul valable.
Tout votre effort ne fait que montrer votre manque de lucidité et ne fait que mal servir votre cause qu'elle soit juste ou pas.
En toute circonstance et à tous les niveaux personne ne détient la vérité absolue et, partout, la responsabilité de ce qu'il arrive est toujours à partager. Peu importe qui se trompe le premier, il suffit de répondre et on devient part de l'erreur.
Pour une fois, me voilà entièrement d'accord avec Maria-Ludovica, un miracle "slatien". Sachez, "un peu de raison", raison garder et accepter que vous ne détenez pas la vérité vraie. Si votre avalanche de commentaires prouve la liberté de ton autorisée sur Slate, elle finit par lasser, embrouiller et décridibiliser votre point de vue.
Cordialement,