Sports

Le placenta de cheval peut-il aider à guérir une blessure?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 22.05.2014 à 18 h 32

Plusieurs footballeurs de premier plan, comme Diego Costa, ont eu recours aux services d'une mystérieuse guérisseuse serbe pour se remettre plus vite de leurs blessures. Sans que la valeur scientifique de sa méthode soit avérée...

Diego Costa pendant le match de première division espagnole Atletico Madrid-FC Seville à Vicente Calderon le 19 janvier 2014. REUTERS/Susana Vera.

Diego Costa pendant le match de première division espagnole Atletico Madrid-FC Seville à Vicente Calderon le 19 janvier 2014. REUTERS/Susana Vera.

La star espagnole Diego Costa s'est récemment rendue à Belgrade, où il a suivi un traitement à base de massages au placenta de jument pour accélérer la guérison de sa blessure à la cuisse et espérer pouvoir participer à la finale de la Ligue des champions qui va opposer son club de l'Atletico Madrid au Real Madrid, samedi 24 mai. Le placenta de jument peut-il vraiment aider les sportifs à guérir plus vite?

Non, rien ne le prouve. Il peut en revanche avoir un effet positif sur la guérison à travers un mécanisme qui n'a rien à voir avec ses bienfaits naturels: l'effet placebo.

Le placenta, organe qui réunit l’embryon puis le fœtus à la mère, est l’une des principales caractéristiques distinguant les mammifères des autres vivants du règne animal. Chez plusieurs espèces, les mères mangent leur propre placenta pour se remettre de l'accouchement.

Utilisé depuis des millénaires

L'organe est, plus généralement, utilisé depuis longtemps par les humains pour ses propriétés supposément bénéfiques pour la santé. Manger son propre placenta est courant en Chine depuis des millénaires, et l'a été en France au Moyen Age. 

La pratique connaît actuellement un certain succès aux Etats-Unis, malgré le fait qu'aucun scientifique n’a prouvé son intérêt. En 2012, January Jones, qui joue Betty Draper dans la série Mad Men, a ainsi affirmé qu'elle avait mangé son placenta après l’accouchement. 

Rien de tel en France, où le placenta est détruit car considéré comme un déchet organique. Les seules traces de l'organe que l'on peut y trouver, ce sont dans certaines crèmes antivieillissement pour le visage, qui contiennent du placenta de mouton.

La méthode du docteur Kovacevic

Une chose est sûre: l'organe contient une importante quantité de nutriments et de facteurs de croissance comme les protéines, même si on y trouve rien qui soit introuvable ailleurs. Des chercheurs chinois ont ainsi montré qu'injecter des cellules de placenta à des lapins les aidait à guérir de fractures en encourageant la croissance de tissu osseux. 

C'est en reproduisant ce mécanisme que Mariana Kovacevic, la soigneuse aux méthodes mystérieuses consultée par Diego Costa et de nombreux autres footballeurs de premier plan avant lui, affirme pouvoir accélérer la guérison de blessures musculaires ou ligamenteuses. 

A la différence qu'au lieu d'injecter des cellules de placenta de cheval, elle prétend les faire pénétrer dans la peau et atteindre la blessure avec de simples massages entrecoupés de légers chocs électriques. L'ancien joueur de Liverpool Yossi Benayoun a même affirmé que le traitement que lui avait donné Kovacevic était à base de placenta de femme.

Rien ne prouve que le fluide peut vraiment traverser la peau de la sorte, mais qu'importe: certains joueurs, comme Benayoun, sont persuadés que le traitement les a aidé à guérir plus vite.

Les sportifs friands de traitements «alternatifs»

Chaque type de blessure a une durée de rétablissement théorique bien connue de tous les entraîneurs et médecins de clubs, qui savent que la seule chose à faire est d'effectuer les soins classiques à base d'anti-inflammatoires, de physiothérapie ou kinésithérapie et surtout de repos. Mais les recours à des traitements alternatifs et non-conventionnels sont fréquents dans le sport de haut niveau, où les joueurs subissent une pression énorme pour écourter au maximum la durée d'indisponibilité et sont prêts à essayer les remèdes les plus étranges.

A tel point que des chercheurs mettent en garde contre la diffusion de certains traitements dans la médecine du sport qui ne sont étayés par aucune étude sérieuse.  

C'est le cas des injections de plasma riche en plaquettes (PRP), qui connaissent un énorme succès chez les athlètes de haut niveau depuis quelques années. Ce procédé consiste à prélever les plaquettes qui secrètent des facteurs de croissance dans le sang d'un patient pour les lui réinjecter dans la région de sa blessure, et est censé accélérer son rétablissement.

Il s'agit d'un traitement bien plus répandu que celui à base de placenta et qui s'appuie sur un raisonnement logique, d'où son attrait. De nombreux athlètes ont été conquis et ont fait sa publicité, mais son efficacité n'a toujours pas été démontrée par des études rigoureuses.

Les améliorations constatées après certains de ces traitements alternatifs peuvent reposer sur un mécanisme simple qui aide à les populariser: l'effet placebo. En 2010, les bracelets Power Balance se sont ainsi vendus à des millions d'exemplaires et ont été portés par certains des plus grands sportifs de la planète sans qu'aucune étude ne démontre leur soi-disant effet bénéfique sur les énergies du corps.

Grégoire Fleurot

L'explication remercie Bruno Sesboüé, de l'Institut régional de médecine du sport du CHU de Côte de Nacre.

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