Monde

ETA grille ses dernières cartouches

Marc Fernandez, mis à jour le 02.08.2009 à 17 h 15

Deux attentats en deux jours et deux morts, l'organisation terroriste basque refait parler d'elle. Malgré le sang qu'elle vient de faire couler, elle n'est plus que l'ombre du groupe créé il y a tout juste 50 ans.

Une sorte de baroud d'honneur. Les deux attentats des 29 et 30 juillet commis par l'organisation terroriste basque ETA (à Burgos et à Majorque, ce dernier causant la mort de deux gardes civils) ressemble, d'après des sources proches des services antiterroristes espagnols, à une dernière tentative désespérée.

Affaiblie par dix huit mois d'arrestations et par un fort débat interne sur l'utilité de la poursuite de la lutte armée, ETA semble bien griller ses dernières cartouches. Une information confirmée par l'un des meilleurs spécialistes de la question basque, le journaliste Florencio Domínguez. «L'ETA d'aujourd'hui, malgré les apparences, n'est pas plus forte que l'ETA d'il y a un an, au contraire, même si la douleur dans laquelle nous plongent ces deux assassinats font douter certains de la véracité de ces propos», écrit-il dans un éditorial du quotidien de Barcelone La Vanguardia.

Il semble en effet qu'ETA a jeté ses dernières forces vives dans le nouveau comando Vizcaya qui aurait installé les bombes sous les voitures, tant à Burgos qu'à Majorque. Logique, selon le ministre de l'Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba: «plus il y a d'arrestations, comme ces derniers mois à la tête de l'organisation, plus les terroristes ont besoin de montrer qu'ils sont vivants. Les attentats de Burgos et Majorque étaient malheureusement prévisibles. Nous nous doutions qu'il allait se passer quelque chose cet été.»

ETA se devait de frapper un grand coup à la fin de ce mois de juillet 2009 pour la simple raison qu'il s'agit d'une date historique pour les terroristes basques. C'est le 31 juillet 1959 qu'est officiellement née ETA. Ses membres, historiques notamment - dont la plupart sont sortis du mouvement -, rechignent à parler d'anniversaire car leurs premières réunions ont eues lieu à l'hiver 58, comme le rappelle un article du Diario Vasco, l'un des grands quotidiens basques. A l'époque, le but était de lutter contre la dictature franquiste. Aujourd'hui, les nouveaux etarras veulent l'indépendance du Pays Basque.

Mais que veulent vraiment les Basques? La plupart aspirent à vivre paisiblement et en ont assez de la violence. Même si un inquiétant sondage, publié dans El País, montre que 15% des adolescents basques, entre 12 et 16 ans, justifient ou ne rejettent pas la violence. Ce chiffre reflète parfaitement le fossé générationnel et la crise que connaît ETA. Un véritable débat entre anciens et jeunes, entre ceux qui sont incarcérés et les membres en liberté, entre les tenants de la fin de la lutte armée et entre ceux qui estiment qu'il faut poursuivre le combat et les attentats.

Les services de police espagnols ont révélé que, depuis l'an dernier, une véritable assemblée virtuelle se déroule au sein de l'organisation. Des lettres ont été échangées entre les prisonniers et les membres actifs à l'extérieur. La prison fait réfléchir les anciens grands dirigeants d'ETA, tels que Francisco Múgica, dit Pakito. Dès 2004, il affirmait dans un courrier adressé à la direction du mouvement que «la lutte armée que nous menons aujourd'hui est inutile, c'est une mort lente. Jamais au cours de son histoire ETA ne s'est trouvée aussi mal en point.»

Et les critiques ne sont plus l'apanage des anciens chefs. En avril, lors d'écoutes téléphoniques réalisées auprès des militants les plus actifs, voilà ce que les policiers espagnols pouvaient entendre: «L'activité d'ETA est devenue préjudiciable à l'atteinte de ses objectifs stratégiques. Nous ne sommes pas capables de mener une lutte armée.»

Au sein même de l'organisation donc, la question de déposer les armes se pose. Le problème, pour les Basques et pour l'Espagne, demeure toutefois entier car il reste toujours une minorité d'éléments dangereux qui n'ont pas l'intention de s'arrêter. Tant qu'ils seront là, les attentats continueront. Et ETA n'a jamais été aussi violente que quand elle a été en danger de disparition.

Marc Fernandez, journaliste, spécialiste de l'Espagne et de l'Amérique latine.

Image de Une: Le cercueil d'un des gardes civils tués à Burgos  Felix Ausin Ordonez / Reuters


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