Monde

Réchauffement climatique: désolé, les nouvelles ne sont pas bonnes

Gérard Horny, mis à jour le 27.05.2014 à 7 h 08

Parmi les mesures à prendre selon le Giec figure la nécessité de réduire de 40% à 70% le volume des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Et les stopper ou presque d’ici à la fin du siècle.

Un thermomètre. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Un thermomètre. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Ségolène Royal affirme qu’il est possible de limiter le réchauffement de notre planète à deux degrés.  Elle a raison de le dire: en tant que ministre de l’Ecologie, elle se doit d’afficher des objectifs volontaristes. Mais, quand on regarde le dossier de près, on a un peu de mal à y croire.

Le Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) occupe le terrain. Chacun de ses groupes de travail publie séparément les conclusions auxquelles il est arrivé pour la préparation du cinquième rapport de cette organisation: la réalité du réchauffement climatique en septembre 2013, son impact en mars dernier et, le 13 avril, les propositions pour l’atténuer, en attendant la synthèse qui doit être définitivement adoptée en octobre. 

Cette façon de travailler présente un avantage: cette année, nous aurons l’occasion d’entendre parler des problèmes du climat pendant au moins trois jours, au lendemain de chaque publication. Et après, gouvernements et médias retourneront  aux problèmes jugés sérieux: la France aura-t-elle en 2014 une croissance de 0,9% ou de 1%, son déficit public sera-t-il bien de 3% du PIB fin 2015 ou à quelques dixièmes de point au-dessus...

On serait tenté d’en sourire si le sujet n’était pas aussi grave.

Car le réchauffement climatique lui-même ne fait plus guère de doute, même si l’évolution enregistrée au cours des quinze dernières années fait l’objet d’interprétations assez largement divergentes, et la responsabilité des activités humaines dans ce phénomène n’est plus vraiment contestée dans les milieux scientifiques, en dépit de quelques combats d’arrière-garde.

Deux séries d’actions doivent être aujourd’hui mises en œuvre de front par les gouvernements. D’une part l’adaptation au changement climatique (protection contre les inondations ou la montée des océans, modification des pratiques agricoles, etc.), d’autre part l’adoption rapide de mesures destinées à limiter l’ampleur du changement. C’est sur ce deuxième point que l’on peut nourrir le plus d’inquiétudes.

Un état des lieux peu réjouissant

La lecture du rapport du groupe III du Giec laisse en effet assez peu d’espoir d’une action coordonnée au niveau mondial à la fois rapide et déterminée. Le texte est très technique, très factuel; il ne laisse pas transparaître les états d’âme de ceux qui ont collaboré à sa rédaction (rappelons que chaque document est soumis à l’approbation des gouvernements avant publication et que, dans le cas du texte appelé «Résumé à l’intention des décideurs», la relecture se fait ligne par ligne).

Mais derrière la froideur des statistiques et le laconisme des commentaires, on voit bien que ce qui se dessine à l’horizon de la fin du siècle a peu de chances d’être très réjouissant.

Il en ressort qu’il serait possible de limiter la hausse de la température mondiale à deux degrés au-dessus des niveaux préindustriels, mais cela nécessiterait des «bouleversements institutionnels et technologiques majeurs» qui suffiraient juste à assurer plus d’une chance sur deux que ce seuil ne soit pas dépassé.

Parmi les mesures à prendre figure la nécessité de réduire de 40% à 70% selon les scénarios le volume des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2050, la référence étant le niveau atteint en 2010. Et ces émissions devraient être arrêtées presque totalement d’ici à la fin du siècle.

Une hausse rapide des émissions de GES

Dans certaines zones économiques, notamment dans l’Union européenne, la tendance est déjà à la réduction, à la fois du fait des mesures prises et de la faiblesse de l’activité. Mais ce n’est pas le cas à l’échelle mondiale. Si la crise financière de 2008 a temporairement ralenti le mouvement, la hausse des émissions se poursuit à un rythme qui s’accélère: de 2,2% par an entre 2000 et 2010 contre 1,3% entre 1970 et 2000. Les émissions ont atteint 49 gigatonnes (milliards de tonnes) d’équivalent dioxyde de carbone en 2010; elles s’établissaient à 38 gigatonnes en 1990 lorsque le Giec a publié son premier rapport. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas gagné.

La liste des obstacles est impressionnante.

La lutte contre les émissions de gaz à effet de serre va en effet à l’encontre d’autres objectifs, comme l’accélération de la croissance ou la poursuite du développement des pays à faibles revenus. Elle oppose les pays développés et les pays émergents, au nom de la responsabilité historique des premiers dans la situation actuelle.

Elle suppose, si l’on ne veut pas stopper brutalement la croissance, que l’on ait recours à des techniques jugées dangereuses, comme le nucléaire, ou trop coûteuses et pas encore parfaitement maîtrisées comme la capture et le stockage du carbone. Petit rappel: le charbon, selon des calculs approuvés par la plupart des experts, devrait redevenir dans les prochaines années la première source d’énergie primaire dans le monde.

L’Europe, qui est restée longtemps à l’avant-garde sur ce dossier, ne semble pas très vaillante et le projet qu’elle présentera lors de la conférence des Nations unies sur le changement climatique à Paris, en décembre 2015 (COP21), risque de manquer d’ambition. Ses industriels s’inquiètent de montrer un exemple... qui n’est guère suivi.

La Chine contrainte à agir

Pourtant, quelques faits permettent de se montrer relativement optimiste. Le premier est la situation écologique dramatique de la Chine. Air devenu irrespirable dans de nombreuses villes, rivières et nappes phréatiques gravement polluées: le bilan est tellement noir qu’il n’est plus possible de le cacher.

Dans ce pays où l’opinion publique n’est guère autorisée à s’exprimer, il est frappant de constater que les manifestations contre des installations polluantes existantes ou en projet sont de plus en plus nombreuses et parviennent de plus en plus souvent à faire reculer les autorités locales.

Par ailleurs, le virage qui s’amorce vers une économie davantage tournée vers la consommation intérieure pourrait permettre de réduire la part des investissements allant à l’industrie lourde. Mais il y a beaucoup à faire et, dans ce pays qui découvre avec ravissement les joies de l’enrichissement rapide, il n’est pas certain que les préoccupations environnementales soient prises réellement au sérieux: il est possible d’arriver assez vite à obtenir un air plus respirable dans les villes sans pour autant réduire très sensiblement les émissions de gaz à effet de serre.

Etats-Unis: le changement, c’est maintenant

La Chine et d’autres pays émergents seront peut-être amenés tout de même à faire des efforts si les Etats-Unis, qui ne sont plus les plus gros émetteurs (et ne sont peut-être plus la première puissance économique mondiale) se lancent aussi avec détermination dans le combat.

On ne peut qu’accueillir avec satisfaction la publication à Washington du troisième rapport sur L’évaluation nationale du climat. Ce travail, auquel chacun peut accéder sur Internet, est remarquablement bien mis en scène, avec des thématiques qui intéressent tout le monde (les événements climatiques extrêmes, l’approvisionnement en eau, la santé, etc.) et des précisions sur l’impact du réchauffement dans chacune des grandes régions.

Dans un pays où une partie des décideurs économiques et politiques (au sein du Parti républicain notamment) est encore profondément climatosceptique, ce rapport met l’accent sur deux points essentiels: le changement climatique, ce n’est pas demain, c’est maintenant, et les activités humaines en sont grandement responsables.

Il reste à savoir ce qui sera décidé. Si le président Obama semble personnellement convaincu de la nécessité d’agir vite, les textes visant à réglementer plus strictement  les émissions de dioxyde de carbone des centrales électriques au charbon (qui fournissent encore 39% de l’électricité aux Etats-Unis) ont vu leur publication sans cesse repoussée. Il se dit maintenant que ce pourrait être pour le mois de juin.

Si les deux plus grands émetteurs de GES s’engagent sérieusement, la France pourra peut-être se flatter, l’an prochain, d’avoir accueilli une conférence sur le changement climatique ayant abouti à des décisions à la hauteur du problème. Mais de là à penser que la hausse de la température mondiale pourra être limitée à deux degrés au cours de ce siècle, il y a un pas que la lecture des travaux du Giec n’incite guère à franchir.

Gérard Horny

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Journaliste
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