France

Sarkozy nous rendrait moins honnête que Hollande... aux jeux d'argent

Catherine Bernard, mis à jour le 20.05.2014 à 9 h 21

On a, paraît-il, les dirigeants qu'on mérite. Sauf que l'honnêteté des hommes politiques semble influer grandement sur celle de leurs administrés. La preuve par la science!

Nicolas Sarkozy et François Hollande, le 15 mai 2012. REUTERS/Patrick Kovarik/Pool

Nicolas Sarkozy et François Hollande, le 15 mai 2012. REUTERS/Patrick Kovarik/Pool

Décidément les hommes politiques n'ont plus le choix. S'ils veulent avoir une chance de faire rentrer les impôts, appliquer les lois, et, surtout, de convaincre leurs concitoyens de la justesse de leur politique, ils doivent, eux-mêmes, se montrer exemplaires. Si l'on en croit une recherche que viennent de réaliser Jérémy Celse, de l'ESC Dijon-Bourgogne, et Kirk Chang, de la Salford Business School, l'image que tout un chacun a d'un homme politique influe en effet directement sur son propre comportement: autrement dit, plus un homme politique dégage une image positive, et plus la chance est grande qu'il provoque un comportement exemplaire. Et vice-versa.

Pour le démontrer, les chercheurs ont utilisé le principe de l'amorçage conceptuel: le fait d'activer une image mentale associée avec un événement ou un type de personnalité influence notre propre façon d'agir. 

Ce principe, explique Jérémy Celse, a été démontré dans les années 1990, sur différents sujets. Par exemple, les chercheurs avaient à l'époque fait plancher des personnes sur la construction de phrases à partir de mots. Celles à qui l'on avait demandé de créer des phrases en relation avec le sujet du grand âge —et qui activaient une image mentale de lenteur et de sagesse—, mettaient, ensuite, deux fois plus de temps que les autres pour se rendre du laboratoire à l'ascenseur!

D'autres études ont alors été menées, sur d'autres sujets: ainsi, des prisonniers que l'on faisait parler de leur statut de criminel se montraient bien moins honnêtes que si on lançait la discussion sur d'autres sujets plus légers (leur musique préférée par exemple, ou leurs loisirs). Leur rappeler la (mauvaise) image que la société —et eux-mêmes— associent à leur statut se révélait donc plutôt négatif.

Le fait d'être honnête ou non est mesuré par les résultats d'un jeu: dans cette étude (suisse), on donnait à chacun dix pièces, le prisonnier étant autorisé à garder celles qui tombaient sur face lorsqu'il les lançait. Et ceci, sans que personne ne vienne vérifier s'il avait ou non triché et sans qu'aucune sanction ne s'ensuive.  Théoriquement, sur un échantillon suffisamment représentatif —et celui-ci comptait près de 200 prisonniers—, chacun devrait gagner 5 pièces. En réalité, la moyenne a été de 6, et même de près de 7 pour ceux que l'on avait fait réfléchir à leur statut de criminel.

Plus controversée encore, une recherche (non encore publiée) sur les salariés du secteur bancaire a montré que ces derniers seraient bien plus honnêtes lorsque, avant de jouer à un jeu non surveillé, ils parlaient de leur week-end plutôt que de leur travail. Reste à savoir si ce comportement est spécifique aux banquiers!

La recherche de Jeremy Celse et Dirk Chang repose sur le même principe: chaque participant est doté d'un gobelet opaque recouvert d'un couvercle, également opaque, et dans lequel se trouve un dé (non pipé) à 6 faces. Seul un petit trou permet de voir la valeur de la face et donc le gain de chaque participant: celui qui tombe sur un 1 gagne un euro, un 2 deux euros. Etc.

Dès lors que le nombre de participants dépasse 30, les statisticiens assurent que la chance de tomber sur chacun des nombres est égale à 16%. Mais il est démontré que lorsque nous en avons l'occasion, nous sommes tous de sacrés tricheurs: dans le groupe de contrôle, seulement 7,87% des personnes ont rapporté être tombées sur un 1, 3,37% sur un 2, 11,24% sur un 3, 16,85% sur un 4, mais 31,46% de 5 et 29,21% de 6! 

Les chercheurs ont ensuite demandé à d'autres cobayes de parler d'un homme (ou d'une femme) politique, n'importe le(a)quel(le), avant de faire le jeu: soulagement, les résultats n'étaient pas significativement différents de ceux du groupe de référence. En revanche, ceux qui estimaient avoir confiance dans l'homme (ou la femme) politique auquel ils avaient pensé trichaient sensiblement moins que ceux qui s'en défiaient. 

Les chercheurs ont du coup pris deux échantillons supplémentaires: à l'hiver 2012, ils ont fait parler leurs testeurs de Nicolas Sarkozy, avant de les faire jouer. Puis, en octobre 2013, ils ont réitéré l'expérience, mais cette fois-ci avec François Hollande. Les résultats sont étonnants: ceux qui ont parlé de Nicolas Sarkozy sont 69,44% à avoir affirmé être tombés sur un 5 ou un 6, cette proportion n'atteignant «que» 36,11% pour ceux ayant parlé de François Hollande.

Lorsque l'on ajoute le «4», les proportions atteignent respectivement plus de 83% et 55% (contre, donc, 77% dans le groupe de référence). Autrement dit, penser à Nicolas Sarkozy fait mentir beaucoup (beaucoup) plus que penser à François Hollande.

Reste à savoir si ce dernier récoltera les mêmes scores à la toute fin de son mandat!  François Hollande, cependant, n'est qu'un petit joueur comparé à n'importe quel religieux au monde: quand on leur demande de décrire une personnalité religieuse, quelle qu'elle soit, les testeurs, alors, rechignent soudainement à tricher!

Catherine Bernard

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Journaliste
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