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Pourquoi la victoire des nationalistes en Inde est aussi un coup de frais pour le pays

Narendra Modi à Gandhinagar, dans le Gujarat, le 16 mai. REUTERS/Amit Dave

Narendra Modi à Gandhinagar, dans le Gujarat, le 16 mai. REUTERS/Amit Dave

L'élection au poste suprême de la politique indienne de Narendra Modi laisse un gout amer chez tous ceux qui s'accrochent à l'idée d'une Inde tolérante et fière de sa diversité mais il va obliger ses opposants à se repenser.

Futur Premier ministre de l'Inde, Narendra Modi oppose fièrement ses origines modestes à l'héritier de la dynastie Nehru-Gandhi, Rahul, 44 ans. Fils d'un petit commerçant, le jeune Modi aidait son père à vendre du thé à proximité de la gare de Vadnagar, sa ville natale dans l'état du Gujarat. C'est à travers le RSS, terreau du nationalisme hindou le plus extrémiste, puis le BJP, parti des nationalistes hindous, que Narendra Modi monte les échelons politiques pour être élu en 2001 ministre en chef du Gujarat, Etat de plus de 60 millions d'habitants. Réélu trois fois dans cet état, l'un des plus industrialisé de l'Inde, il en a profité pour mettre en avant dans toute la campagne électorale ses capacités de gestionnaire, promettant avant tout aux Indiens le développement.

Une stratégie qui a réussie, tant le succès du BJP qui pour la première fois de son histoire a une majorité absolue à la chambre basse est d'abord celui de Narendra Modi. Si la classe moyenne, voyant en lui un homme à poigne, lui était acquise, il a su à travers ses incessants déplacements dans tout le pays capter l'attention des masses et les faire rêver. Au discours misérabiliste de Rahul Gandhi, Modi a opposé un espoir de mieux être, d'un réel changement dans la vie quotidienne de centaines de millions de laissés pour compte.

A 64 ans, Modi atteint donc le sommet de l'échelle politique et redonne à son parti un pouvoir perdu il y a dix ans au profit du parti du Congrès. Personnage charismatique et tribun de haut vol, Narendra Modi est toutefois un personnage controversé. Son image est sérieusement écornée depuis les émeutes interreligieuses de 2002 dans son état du Gujarat au cours desquelles près de 2.000 personnes, dans leur immense majorité de confession musulmane, ont été tuées. 

L'ombre des émeutes interreligieuses de 2002

Narendra Modi est accusé au mieux d'avoir laissé faire et au pire d'avoir incité les émeutiers. La cour suprême l'a exempté de toute responsabilité mais des procès sont toujours en cours et le doute demeure. Son élection au poste suprême de la politique indienne laisse un gout amer chez tous ceux qui s'accrochent à l' idée d'une Inde tolérante et fière de sa diversité.

Le «danger» Modi pour les minorités ne doit pas toutefois être surestimé. Dans une Inde multiconfessionnelle et multiculturelle, le futur Premier ministre et le BJP savent qu'ils ne peuvent imposer une politique nationaliste hindoue pure et dure. Pour réussir alors qu'il va prendre les rênes du pouvoir à Delhi dans une situation économique dégradé avec un taux de croissance tombé à moins de 5%, Narendra Modi sait qu'il aura besoin d' un maximum d'appui.

Les mesures impopulaires qui s'imposent pour relancer la croissance et ramener l'investissement ne passeront pas sans un large appui. Les milieux d'affaires qui souhaitaient son élection se réjouissent déjà. Le défi pour le nouveau Premier ministre va résider dans sa capacité à satisfaire les immenses attentes qu'il a crées. Les enjeux sont de taille et l'ampleur de son succès ne sera pas forcement suffisante pour y répondre dans les délais espérés par les électeurs.

Le vent nouveau qui souffle sur l'Inde a en tous les cas balayé le vieux et grand parti du Congrès qui connait une défaite historique. Après dix ans de pouvoir, miné par des affaires de corruption, paralysé par une dualité du pouvoir entre le Premier ministre et la présidente du parti Sonia Gandhi, le parti du Congrès souffre de son incapacité à se démarquer de la dynastie qui conduit ses affaires depuis quasiment sa création. L'héritier Rahul n'a clairement pas l'étoffe voire l'envie de diriger le parti. D'un autre côté, les barons n'osent pas s'avancer de peur de contrarier Madame, comme on appelle Sonia Gandhi et de compromettre leur avenir. Sans une refonte totale de ses règles de fonctionnement, d'une vision nouvelle pour une Inde qui change, le Congrès qui a conduit le pays a l'indépendance n'a pas d'avenir.

En donnant aux nationaliste hindous une victoire sans précédent, les électeurs indiens ont exprimé leur volonté d'un changement profond et novateur pour le développement du pays.

Françoise Chipaux 

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