France

Rien à faire, les profs sont à cran

Louise Tourret, mis à jour le 15.05.2014 à 17 h 00

Au début de la semaine, paraissait un article sur la situation des enseignants et des autres professions intellectuelles. Vous avez été très nombreux à réagir.

Classroom / 	frankjuarez via FlickrCC License by

Classroom / frankjuarez via FlickrCC License by

Les enseignants exercent un métier dévalorisé, mais c'est un métier qui a du sens. Ils sont diplômés et mal payés, mais on observe que c'est le cas dans d'autres professions intellectuelles et l'on remarque que celles-ci sont souvent précaires[1]. Voilà le sens d’un article que j’ai écrit mardi, dans lequel il n’était dit aucun mal des enseignants. Mais tempérer la déploration habituelle, c’est déjà s’exposer à la critique.

Je n’ai pas été surprise par la violence des réactions dont voici un exemple:

L’article émettait donc l’idée qu’on pouvait comparer la situation des enseignants avec celles d’autres professions intellectuelles précarisées. C’est le point qui a suscité le plus de commentaires de lecteurs littéralement scandalisés que j’ose évoquer le métier de journaliste ou d’avocat. J’aurais d’ailleurs dû ajouter traducteur.

La question que je me suis posée, c’est si, sincèrement, les enseignants pensaient être les seuls à souffrir.

Pourtant, comme nous le confirme un avocat dans les commentaires sur Slate.fr:

«Merci de parler des jeunes avocats

Soumis par Anonyme_67, le mercredi 14 mai 2014 à 9h58

Un jeune avocat après 7 ans d'études va gagner en moyenne et en dehors de Paris 2000€ "brut" par mois, et en tant que profession libérale doit provisionner en 1ère année d'exercice 35% de cette somme. Un avocat en 1ère année gagne donc 1300€ par mois. Merci donc à cet article de montrer que les jeunes aujourd'hui dans beaucoup de professions ne peuvent prétendre à des salaires exorbitants!

1300 euros… Mais ne comparons pas.»

Comme beaucoup de remarques nous le confirment, le sentiment de dévalorisation passe par le salaire. On peut le comprendre, et cela finit par masquer tout le reste.

Car oui, c’est bien dans le primaire que les enseignants sont le plus mal payés, beaucoup plus mal que dans le secondaire, ce qui peut donner également lieu à des échanges musclés entre enseignants comme pour cette émission que j’avais faite sur France Culture: Les professeurs des écoles sont-ils les parents pauvres de l’Education nationale?

Mais ce qui est frappant, c’est surtout une manière de lire tout ce qui les concerne comme si on leur voulait du mal:

«Notre métier est dévalorisé, parce que nous n'avons pas réussi à faire bouger la majorité des enseignants vers de nouvelles méthodes d'enseignement, parce que réformer est difficile, parce que l'avis des enseignants les plus investis n'est jamais écouté... parce que vous écrivez des articles comme celui-ci.

Aujourd'hui, ce ne sont pas les meilleurs étudiants qui se présentent aux concours, pourquoi? Aujourd'hui mes jeunes collègues entrent dans le métier en étant déjà écœurés par votre mépris et s'investir dans ces conditions est difficile.

Je ne souhaite pas donner des leçons de journalisme (pourtant à certains de vos confrères je donnerais bien des leçons de géographie, de vocabulaire et d'histoire... décidément j'ai vraiment très mal fait mon travail). Mais arrêtez votre mépris, arrêtez de nous comparer avec les enseignants allemands, ou plutôt allez les interviewer, je les côtoie régulièrement, vous seriez surprise de leur opinion sur le modèle allemand.

Je retourne à ma tâche: inventer un scénario pédagogique qui fera que mes élèves comprennent les enjeux de la République depuis 1870, sans les ennuyer, en leur laissant leur part de découverte tout en les préparant aux examens, à leur poursuite d'études... ils deviendront peut-être des journalistes de qualité.

Ah, pour votre info, certaines professeures ne sont pas héroïques, elles n'ont pas réussi à avoir d'enfant, qui seraient de bons élèves... Merci de me rappeler que je fais mal mon métier, et que je n'ai rien réussi. Vraiment Merci.»

Qui méprise qui? Difficile à dire, surtout quand chacun de vos mots est surinterprété.

Consciences malheureuses, âmes sensibles et échaudées par des décennies de réformes qui ne les ont pas convaincus, beaucoup d’enseignants français se sentent effectivement méprisés.

Même s’il y a des exceptions...

J’ai pris un risque en essayant de dire qu’on pouvait essayer de considérer la situation des enseignants autrement qu’en les plaignant. Mais je l’ai dit dans mes réponses sur Twitter, et je persiste: il faut aussi se soucier de l’image du métier. L'inquiétude accrue des familles autour des questions scolaires (on peut lire à ce sujet Marie Duru Bellat, François Dubet, Séverine Kakpo), les enjeux de la mixité sociale (Agnès Van Zanten) devraient inciter les profs et leurs syndicats à valoriser fortement l'image de leur profession. Ce qui n'est pas contradictoire avec des revendications salariales, au contraire.

Mais, notons-le, les enseignants sont aussi parfois entendus. D'après Le Monde, ils ont obtenu de Benoît Hamon le report de la prérentrée du 29 août au 1er septembre, jour de la rentrée des élèves.

Louise Tourret

[1] Y compris, oui, les journalistes, et même si ceux-ci bénéficient d'une niche fiscale (mais paient des impôts contrairemenet à ce que certains croient apparemment). Retourner à l'article

Louise Tourret
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