Bon livre, mauvais film
Comment Hollywood gâche des romans
- Exemplaires pirates du Da Vinci Code brûlés Reuters -
The Road, film de John Hillcoat, adapté du livre de Cormac McCarthy sorti en 2006, prix pullitzer devenu un best-seller, sort mercredi 1er décembre en France. Ce roman post-apocalyptique, épuré, représente un défi pour l'adpatation cinématographique. Difficile d'être à la hauteur du récit. A l'occasion de cette sortie, Slate republie un article de décembre dernier soulignant la façon dont Hollywood gâche parfois des ouvrages en les portant à l'écran.
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Pourquoi Hollywood prend-t-il nos romans préférés pour en faire des merdes? Ce n'est pas une plainte originale: aimer le livre plus que le film est un rite de passage obligé pour la bourgeoisie. Or les romans sont une source d'inspiration sans cesse renouvelée pour Hollywood, avec la séduction de la marque déjà installée-des séries enfantines (Harry Potter, Le Seigneur des anneaux, Narnia) aux succès d'aéroport (Da Vinci Code, les Bourne etc...).
Et il ne s'agit pas toujours de mauvais films. Les intrigues fortes et une dimension épique se transposent bien du papier à l'écran. Mais tenter de reproduire ce modèle en faisant des films à budget moyen à partir d'œuvres véritablement littéraire s'est avéré être une catastrophe. Dans cette époque d'après Le Liseur, je peux dire en toute sincérité que je préférerais numériser les anciens numéros du magazine Talk que de regarder un autre film basé sur le livre favori de Harvey Weinstein. Et Scott Rudin peut aller se faire foutre aussi.
Une fois, j'ai passé un entretien pour devenir dénicheur de pépite littéraire pour un producteur respecté. Le poste était décrit comme suit : trouver le premier les meilleurs romans pour qu'ils puissent être achetés et adaptés en films excellents. Cela a l'air bien comme ça. Mais cela présuppose que ce qui fait de la bonne littérature peut être adapté et devenir ce qui fait un bon film. Trois des films qui vont être jugés la nuit des Oscars sont basés sur des livres. Et alors que L'Etrange histoire de Benjamin Button et Le Liseur sont vraiment de mauvais films, Les Noces rebelles est à la fois le pire film que j'ai vu cette année et un des meilleurs romans que j'ai lu.
Qu'est-ce qui fait que le roman est si bon et le film si mauvais? Et pourquoi cette divergence n'est-elle pas du tout surprenante? La réponse est simple, mais elle a des implications complexes : les romans sont longs, mais les films sont courts. Il est impossible de traduire les variations de ton d'un livre comme La Fenêtre panoramique en long métrage, et peu importe que les deux heures du film paraissent longues. [Revolutionary Road, le titre du roman et du film en anglais, est devenu La Fenêtre panoramique dans la traduction française du livre (Pavillions Poche, 2005) et Les Noces rebelles au cinéma, ndlr.]
Richard Yates n'était pas un écrivain sentimentalement subtil, et cependant il était capable d'impliquer ces lecteurs dans tout jugement qu'il portait sur ses personnages. La Fenêtre panoramique est basé sur l'instillation chez le lecteur d'un espoir illusoire, sans cesse renouvelé. On nous répète que les choses s'arrangent pour les Wheeler, on nous promet, ou on a le sentiment qu'on nous a promis, des rebondissements sentimentaux ou artistiques. Et dans ces espoirs - ces projets et ces promesses ferventes aux petites heures du matin- nous voyons nos propres espoirs, notre foi insistante dans le progrès personnel, étouffés.
Le film prend pour sujet principal l'intrigue au lieu du personnage, et le résultat est complètement loupé. Il fait le récit de la Fenêtre panoramique et met en évidence la minceur de l'intrigue : des personnages se pensant « artistes » veulent s'échapper de leur banlieue bourgeoise; aller ailleurs serait peut-être sympa; une grossesse survient, qui est une mauvaise surprise. En insistant en permanence sur ce qui va se passer après, le public n'est que le spectateur des disputes et des réconciliations au lit, des rêves et de leur dispersion. Des affaires intéressantes, peut-être, mais ce sont leurs affaires, pas les nôtres. Nous n'allons jamais connaître ces gens. Ils ne sont pas nous.
C'est typique de ce que les films font de la littérature : il y a tellement d'intrigue à résumer en deux heures qu'il n'y a pas de temps pour développer l'histoire. Il se peut qu'Hollywood manque de confiance : impressionnés par le prestige prêté aux livres, les producteurs et les réalisateurs ne se risquent pas à couper dans le récit. Les Noces rebelles, par exemple, est plus le travail d'un conservateur que d'un réalisateur. Et dans cette affaire, Hollywood fait une concession superflue en admettant que les films sont plus bêtes que les livres. Comment peut-on penser autrement quand les livres intelligents continuent à être transformés en films débiles ? Et dans ce face à face ultime entre livres et films, ces derniers sont toujours les Washington Generals [équipe de basket professionnelle particulièrement mauvaise, ndlr]. Est-ce qu'il y a des exemples contraires, où un film médiocre devient un bon livre ? Je n'en connais pas, mais j'ai entendu que la version romancée de A tout de suite est remarquable réussie. Non, jusqu'à très récemment, j'avais presque décidé une bonne fois pour toutes que le cinéma méritait sa réputation de cousin tape-à-l'œil de la littérature.
Puis j'ai vu Mishima, que Criterion Collection a récemment ressorti. Le réalisateur Paul Schrader, issu d'une famille calviniste sévère, très influencé par Pauline Kael, scénariste de Taxi Driver, et réalisateur de American gigolo, a basé son chef-d'oeuvre sur la vie et l'oeuvre de Yukio Mishima. Mishima a été l'écrivain japonais le plus célèbre des années 1950-1960. Obsédé par la restauration de la gloire impériale et martiale du Japon, Mishima croyait que les jeunes hommes devaient glorifier leurs corps par la musculation et les exercices martiaux et puis, éventuellement, commettre un suicide rituel au sommet de leur beauté.
C'était une vision hautement érotomane, mais on l'a accepté venant de Mishima parce qu'il était célèbre et offrait au Japon un chemin pour recouvrer la dignité après les privations de l'après-guerre.En fait, le Japon a laissé Mishima diriger sa propre milice privée, mais cette indulgence s'est retournée contre lui quand Mishima et quelques uns de ses disciples ont envahi une garnison de l'armée, ligoté l'officier commandant, et convoqué tous les soldats devant l'immeuble, où Mishima leur a tenu un discours mal reçu exhortant le retour de l'empereur à sa gloire divine. Après, il est rentré dans l'immeuble et a commis le seppuku.
C'est une intrigue complexe pour un film, et toutefois Schrader la complique encore. Il reconstitue les événements de ce jour, la vie et la carrière de Mishima, et il y met en scène aussi trois de ses romans : Le Pavillon d'or, La Maison de Kyoko, et Chevaux échappés. Et cependant, là où on attendrait de la confusion, il y a une clarté étrange. La seule option de Schrader -qu'il s'impose- est de ne pas respecter l'intrigue. Mishima croyait qu'il y avait certaines choses que l'art ne pouvait exprimer et certaines choses que les actes ne pouvaient faire. La plume et l'épée ont des capacités différentes. De même, Schrader emploie une combinaison de vocabulaires littéraires et visuels pour indiquer que les livres et les films n'ont pas les mêmes règles du jeu.
Le Pavillon d'or est l'histoire d'un acolyte bouddhiste bègue qui à la fois révère et déteste la beauté du temple où il étudie ; un jour il l'incendie. Schrader la met en scène dans un décor hautement stylisé. Chaque élément du décor se rétrécit autour des acteurs. Les trois niveaux du temple ne font en tout que trois mètres, et le chemin qui y mène est un assemblage de planches en bois sur un sol peint. Sur le plafond et les murs se trouve une couche de ciel doré coupé par de la végétation. Dans chaque image ou presque, la scène est obturée sur au moins trois côtés. C'est un roman, dit Schrader, un espace formel et artificiel dans lequel les personnages agissent pour notre édification.
Le roman est une tentative pour exprimer la vie, normalement une tentative mimétique. Mais il n'y a pas de naturalisme dans le roman. Ecrire ce qui se passe vraiment, ce qui est vraiment dit, serait ennuyeux et le lecteur sentirait le factice. Le roman est un système hermétique, avec des règles formelles, qui essaie d'exprimer ou de mener une réflexion sur quelque chose qui lui est extérieur. Les Noces rebelles de Sam Mendes implique que ce qui est dit dans un roman représente une vérité que des acteurs peuvent jouer. Mais l'adaptation des romans par Schrader dans Mishima est beaucoup plus ouverte. Ils sont mis à part, indépendants, et contiennent des mondes miniatures. Ils sont mis en scène dans une salle fermée, mais nous avons accès à une vie aussi bien réalisée que dans les parties plus documentaires du film, qui sont censées d'être « sur » Mishima.
Assez de théorie. Mishima est un film douloureusement agréable, une œuvre d'art formelle qui offre des plaisirs viscéraux : des images de la maison ridiculement baroque de l'écrivain qui ouvrent le film au soleil brûlant rouge qui le clôt, Schrader emploie une palette large de couleurs et de décors qui s'enchaînent dans les scènes. C'est le luxe du film ; il peut créer un récit cohérent par la couleur ou même par des techniques comme le travelling et la mise au point.
Or Les Noces rebelles se sert du medium cinématographique pour très peu de résultats. Peut-être que si Mendes s'était concentré un peu plus sur l'atmosphère ou le ton du livre plutôt que de le styliser comme une épisode de deux heures de Mad Men, le film pourrait être vu comme quelque chose de plus qu'une occasion pour les lecteurs attardés d'assimiler un classique.
Au cas où mon lecteur pense que je compare ce qui n'est pas comparable -l'œuvre d'un auteur à
un grand piège à Oscar- notez que Mishima a été produit par George Lucas et Francis Ford Coppola. Il est sorti en 1985, quand la vague du cinéma américain des années 1970 refluait. Ironiquement, c'est en partie la série de Lucas La Guerre des étoiles qui a prouvé qu'il était plus rentable de donner au peuple ce qu'il voulait, sous forme de feuilleton. Le cinéma grand public à prétention « art et essai » est devenu une obligation, essentiellement pour gagner de la statuaire dorée. Regretter l'âge d'or du cinéma ne le fera pas revenir. Mais j'espère que les réalisateurs et les producteurs qui aspirent à une plus grande notoriété feront ce qu'il faut : fermer le classique Folio et faire un film.
Willing Davidson
Traduit par Holly Pouquet
Mis à jour le 01/12/2009 à 9h19










































En plus de la difficulté d'adapter un oeuvre écrite au cinéma - la lecture d'une oeuvre étant un acte intime entre l'histoire, ses personnages et l'imaginaire du lecteur - on peut noter deux choses :
D'abord les scénaristes, et notamment les scénaristes hollywoodiens (malgré leur immense talent à qui l'on doit certaines perles américaines des années 40 et 50) doivent dorénavant suivre un format bien précis. Des antagonismes bien tranchés, des hamartias trop simplistes calées à la minute près, des dialogues aseptisés, des scènes neutres pour toutes les sensibilités, la victoire de la morale en dénouement. Pire encore, pour des productions destinées au petit écran, la dramaturgie doit s'adapter au timing des coupures pub...
La rentabilité des productions qui exige de servir aux spectateurs les images qu'ils attendent : des effets spéciaux en images de synthèse à gogo, un enchaînement simple et graduel de l'intrigue, facilement compréhensible et ponctué de scènes d'action visant à maintenir l'intérêt du spectateur.
Bien sûr, on accorde aux best sellers en librairie des "dérogations" lors de leur adaptation, mais l'objectif financier de la production prévaut sur la fidélité à l'oeuvre, malgré tout.
Pas d'accord du tout sur le commentaire de W. Davidson à propos du film de S. MENDES "Revolutionary Road" (les Noces rebelles) ! - vu en VO . Il est vrai que je n'ai pas lu le bouquin, donc j'y suis allée sans aucun "a priori" et sans avoir à établir de comparaison !
Le film m'a paru tracé au cordeau, d'une fidélité exemplaire à l'Amérique "engoncée" des années 50 (musique, décors..), dialogues (dits et non-dits) et, dans ce quartier pavillonnaire (pas mal quand même les bâtisses !), un couple pas comme les autres : une jeune femme (K. Winslet), mariée , 2 enfants, épuisée par la monotonie, le désespérant train-train de son existence!
Une idée "folle": tout quitter, recommencer une vie plus palpitante en Europe, à Paris, lieu supposé de tous les délices, laisser enfin à son bien aimé (L. diCaprio) la possibilité de se chercher, de se trouver dans un job qui soit pour lui plus une vocation qu'un travail alimentaire et fastidieux ! Idée séduisante qui révèlerait alors la véritable nature du jeune homme, jusque-là écrasé sous le poids des convenances!
Un - voire deux - grain(s) de sable va/vont faire capoter le trop beau projet secrètement jalousé par le voisinage !
Le jeune mari est soudain "promu" dans sa firme (sans l'avoir même recherché!) et ..un 3ème bébé s'annonce, plutôt mal venu !
Bref. Le couple va peu à peu se déliter, les 2 jeunes gens s'éloignent l'un de l'autre.. Pour moi, la jeune femme est l'élément fort (révolutionnaire) qui serait allée jusqu'au bout de son rêve "fou". Mais son mari se laisse peu à peu séduire et corrompre par l'ambiance délétère à l'entour...
L'observation de cet éloignement est fine .. On peut se mettre tour à tour "dans" l'esprit de l'homme ou de la femme, comprendre leurs réactions ! Ah! la désespérante monotonie de cette vie, déjà à l'époque si "formatée"..
Un autre élément, le "fou" au sens propre du terme, se révèle être bien sûr le plus clairvoyant, le plus "en phase" avec K. Winslet. Le rôle joué par sa mère (K. Bates) est, une fois de plus très étouffant, castrateur, elle qui, sous un abord cordial, fait des ravages autour d'elle..
Histoire terrible, terriblement ordinaire, si vraisemblable, si exemplaire, sans doute si souvent vécue avec plus ou moins de dommages. Selon moi, aucune fausse note. On s'y croirait.
Quelle crédibilité accorder à l'article de quelqu'un qui place l'oeuvre de Tolkien sur un pied d'égalité avec des Harry Potter et autres Narnia...
Manque d'objectivité, élitisme évident et déplacé ...
GRD
Que de généralités, que de banalités dans ce papier "marronnier" prétentieux et (assez) mal traduit. Ériger le "Mishima" de Schrader en exemple, il fallait le faire ! M. Davidson s'est-il demandé si de "mauvais livres" avaient donné naissance à de beaux films? Les exemples sont légion ; on pourrait lui en fournir des dizaines, de "To Have and Have Not" de Hemingway à "Écrit sur du Vent". Un mauvais film devenant un bon bouquin? Plus rare, car les "novélisations" sont généralement d'un niveau inférieur au roman de gare. Après réflexion, je suggère tout de même le nanar de John Huston "La Bible", qui donna lieu à un Livre dont on se délecte encore dans certaines chaumières…
Poser la question de l'égalité de qualité entre le livre et son adaptation ne mérite pas un papier si long!! Qui peut croire que l'oeuvre cinématographique puisse égaler l'oeuvre littéraire, c'est toujours, au pire, un appauvrissement, au mieux, une mise en images de moments forts et clés du roman avec une réflexion sur cette mise en images. Attendons de voir ce que l'on dira de l'adaptation de L'élégance du hérisson de Muriel Barbery. J'ai adoré ce roman et je sais déjà que le film sera un ton en dessous, mais c'est, à mon avis, inévitable. Le principal est de ne pas fausser le propos. A l'inverse il m'est arrivé de lire des romans en me demandant si l'auteur n'avait pas écrit en fait un scénario de film... En ce qui concerne Les noces rebelles (titre mal choisi, ils auraient dû garder le titre anglais) vu en VO, j'ai trouvé la mise en scène stylisée et au lieu de rendre le film froid, j'y ai trouvé une intensité dramatique forte.
Tolkien, malgré un travail de grande qualité littéraire, est à mon humble avis du même niveau que Harry potter. En effet, je préfère un livre à l'écriture un peu moins snob, mais au contenu et personnages passionnants, qu'une trilogie des anneaux qui ne donnera jamais autant envie de lire à un enfant qui n'est pas à l'aise avec les livres que ce que la saga Harry Potter a réussi.
Maintenant, petit exemple de mauvais livre qui a donné un grand film : Rita Hayworth or the shawshank redemption.
:)
(et encore, je dis mauvais livre parce que je ne doute pas que le lectorat de slate.fr ne soit pas grand fan de Stephen King. Mais ce recueil de Novellas reste pour moi d'une qualité sinon exceptionnelle, en tout cas acceptable !)
julien_g a osé dire:
"Tolkien, malgré un travail de grande qualité littéraire, est à mon humble avis du même niveau que Harry potter. "
Et Gérard Majax est du même niveau que Jésus si si je vous assure !
Je persiste ! (et signe...)
Tolkien a passé une grande partie de sa vie d'auteur à travailler sa trilogie de l'anneau, et était un bon écrivain (même si je lui reproche ce que je reproche aux écrivains du 19e en France... beaucoup de remplissage qui apporte beaucoup à l'ambiance, mais peu à l'histoire... après, on aime ou pas).
Mais du point de vue de l'histoire pure, des idées véhiculées, de l'imagination, des personnages, etc., je continue à pensez que Mme Rowling a fait un travail exceptionnel, comparable au travail de Tolkien.
Mais bon, je serai mal placé pour critiquer la condescendance de votre réaction, donc je me contenterai de ce message ;)
Cher Julien_g
Il n’éxiste pas plus de bons que de mauvais livres, il y a seulement ceux que l’on a aimé lire et les autres. Qui ne sont, heureusement pour la diversité, pas les mêmes pour tous.
Concernant la trilogie de Tolkien, l’objet de mon propos n’était pas de juger de sa qualité en regard des autres œuvres citées, mais d’objecter de l’assimilation de cette trilogie à la catégorie littérature enfantine.
Il est indéniable qu’un Harry Potter, conviendra mieux aux jeunes lecteurs, et pour une raison bien simple, sans vouloir en minorer sa qualité pour autant, il faut admettre que c’est fait pour ça.
En ce sens, je l’admets volontiers, Harry Potter a surement amené plus de jeunes à la lecture que Tolkien….. Espèrons que ces lecteurs soient durables….
GRD
On a beau discuter des critères qui font qu'un livre (tout comme un film) est "bon", toujours est-il que je n'ai jamais vu un film meilleur qu'un livre (enfin je veux dire "mieux aimé" qu'un livre si vous préférez ce critère tout aussi subjectif).
Par ailleurs, sait-on vraiment si les films tirés de livres incitent à lire ? J'ai comme le sentiment que c'est plutôt le contraire : si le livre peut sans aucun doute conduire au cinéma (avec en général une déception à la clé), l'inverse me semble plus improbable.
Si, si ! Belle aux abois j'en connais un. Le film Tous les matins du monde réalisé par Alain Corneau d'après le livre du même titre de Pascal Quignard.
Le livre étant très court, il a été filmé in extenso tel quel ! Les acteurs sont merveilleux ET il y a la musique EN PLUS, jouée par le sublime Jordi Savall.
Livre et film sont pour moi un souvenir impérissable !
Le film n'était certes pas Hollywwodien, mais il me semble qu'on peut considérer le Barry Lindon de Kubrick comme meilleur que le roman qui l'a inspiré.
J'arrive un peu après la bataille, certes, mais pour juger moi aussi que cet article, en effet assez sentencieux et pas très bien écrit (traduit ?), balance un jugement frappé au coin de la mauvaise foi. Qu'il y ait ou non des "bons" et des "mauvais" livres, ou seulement des livres appréciés ou non par leurs lecteurs, peu importe, il me semble surtout que la qualité du film qui en sera tiré dépendra bcp plus du travail de "re-création" effectué par le réalisateur et de sa capacité à s'approprier la matière du livre pour faire de son film une oeuvre personnelle.
J'en veux pour preuve, par exemple, le "Patient anglais" d'Anthony Minghella qui développe et dépasse - et de loin, à mon avis - le roman très court ("L'Homme flambé") de Michael Ondaatje. De même, le "Belle de jour" de Bunuel n'est ni plus ni moins bien que le roman de Kessel, considérablement transformé par le réalisateur espagnol, qui du coup donne à voir une oeuvre très personnelle.
Et si l'on évoque Harry Potter, il faut aussi souligner à quel point les films tirés de la série de J.K Rowling sont à la fois très fidèles et très "inférieurs" aux romans, dans la mesure où ils n'en gardent que la trame illustrative et narrative, en évacuant tout ce qui fait le sel de ces aventures (la fantaisie, les trouvailles, la complexité des personnages, l'évolution de la tonalité de la série...), qui leur vaut d'être appréciées bien au-delà du premier cercle de jeunes auquel elles étaient destinées à l'origine.
Je finirai avec, pour dernier exemple positif de transposition à l'écran d'une oeuvre littéraire, le film d'animation "Persepolis", tiré par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud de la bande dessinée aubiographique de la première, et qui est, là aussi, une re-création totale, mettant les deux oeuvres au même (haut) niveau de qualité. Et l'on pourrait évidemment multiplier les exemples...