Monde

Sévices en tous genres contre des manifestants désarmés: Human Rights Watch dresse un sombre tableau du Venezuela

Moisés Naím, mis à jour le 13.05.2014 à 13 h 49

Le principal conflit qui déchire le Venezuela d’aujourd’hui n’oppose pas les partisans du socialisme et les tenants du capitalisme. Il oppose ceux qui défendent un gouvernement qui bafoue les droits de l’homme et ceux qui sont prêts à se sacrifier pour lui faire barrage.

Une manifestante, visée par la police le 6 avril 2014 à Caracas. REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

Une manifestante, visée par la police le 6 avril 2014 à Caracas. REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

1.«Moisés Guanchez a 19 ans. Il travaillait comme serveur dans un restaurant en périphérie de Caracas. Le 5 mars, en sortant du travail, il s’est retrouvé piégé avec une quarantaine de personnes dans un parking. Des hommes de la Garde nationale vénézuélienne qui réprimaient une manifestation dans ce secteur se sont mis à lancer des grenades lacrymogènes et à tirer au flash-ball contre le groupe. Le jeune homme a voulu s’extraire de la zone, mais un membre des forces armées l’en a empêché en lui tirant des balles en caoutchouc au visage. Bien qu’il n’ait opposé aucune résistance, deux soldats se sont relayés pour le tabasser, tandis qu’un troisième s’est rapproché et lui a tiré dans le bassin à bout portant. Moisés Guanchez a dû subir des interventions chirurgicales aux bras, à la jambe et à un testicule.»

2. «José Romero, 17 ans, a été interpellé le 18 mars alors qu’il sortait d’une station de métro de Caracas. Un officier de la Garde nationale vénézuélienne lui a demandé ses papiers et, lorsque le jeune José les lui a présentés, le garde lui a asséné une claque et l’a mis en détention sans grandes explications. Le jeune homme a été transféré dans un lieu secret, où il a été coupé du monde, menacé de mort et passé à tabac. On l’a contraint à rester à genoux pendant 12 heures, sans eau ni nourriture ou possibilité d’aller aux toilettes. Dans la nuit, des gardes lui ont dit qu’ils allaient le violer. L’un d’entre eux lui a arraché la chemise et lui a brûlé le torse. Cet épisode s’est répété à trois reprises.»

3. «Le 21 mars, dans la ville de Valence [Venezuela], Daniela Rodriguez, était en train de filmer avec son téléphone mobile un défilé qui a dégénéré. Face aux violences, la jeune femme s’est enfui chez elle et a fermé sa porte à clé. Trente hommes de la police et des services de renseignement ont pénétré dans son domicile par la force et l’ont arrêtée ainsi que son frère Luis.»

4. «Le 13 février, Juan Manuel Carrasco, 21 ans, et deux de ses amis ont couru pour s’éloigner d’échauffourées entre des soldats de la Garde vénézuélienne et des manifestants dans la ville de Valence [Venezuela]. Ils sont montés dans la voiture de l’un deux, mais ont été cernés par 15 gardes en moto. Ces derniers les ont forcés à sortir, les ont passés à tabac, leur ont confisqué leurs téléphones mobiles et d’autres effets personnels avant de mettre le feu au véhicule. Ils les ont ensuite conduits à un parc. Là, ils les ont obligés à rester couchés au sol pour les frapper de plus belle et piétiner de leurs bottes leurs visages. L’un des soldats a pointé un pistolet contre le cou de Juan Manuel Carrasco, puis a descendu le canon de l’arme le long de son dos. Il l’a passée à travers son caleçon et l’a enfoncée dans le rectum du jeune homme, provoquant chez lui une hémorragie. Ils ont forcé les autres détenus à rester allongés sur le dos au sol pendant qu’un garde à moto s’est amusé à leur rouler trois fois sur les jambes.»

Ce n’est qu’un bref aperçu d’une longue série d’actes abominables répertoriés par l’ONG internationale Human Rights Watch à l’occasion d’une visite au Venezuela en mars. Le rapport intégral mérite d’être lu, mais il fait froid dans le dos!

Chaque affaire y est relatée, documents à l’appui, de manière à ne laisser aucun doute sur sa véracité. Les experts de l’ONG se sont rendus à Caracas et dans trois autres Etats, où ils ont mené plus de 90 entretiens avec des victimes, les médecins qui les ont soignées, des témoins, des journalistes et des organisations de défense des droits humains. Ils ont recueilli des centaines de photos, de vidéos, de rapports médicaux et d’autres documents légaux.

Pour reprendre les propos de José Miguel Vivanco, le directeur de la division Amériques à Human Rights Watch:

«L’ampleur des violations des droits humains que nous avons constatées au Venezuela et la participation des forces de l’ordre et de fonctionnaires de justice à ces délits montrent qu’il ne s’agit pas d’incidents isolés ni d’excès de quelques agents insoumis. Bien au contraire, elles font partie d’un véritable phénomène d’abus alarmants. Il s’agit de la crise la plus grave à laquelle nous avons assisté au Venezuela depuis plusieurs années.»

Le rapport de Human Rights Watch prouve un recours illégal à la force de la part du gouvernement de Nicolás Maduro contre des manifestants sans armes, et même contre de simples passants. Les volées de bois vert, l’emploi systématique de balles réelles ou de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes, sans compter les tirs à bout portant contre des personnes pourtant déjà sous la garde des autorités sont monnaie courante.

On a également enregistré des mauvais traitements sur des détenus, continuels et systématiques, et qui dans certains cas peuvent être assimilés à de la torture.

Le principal conflit qui déchire le Venezuela d’aujourd’hui n’oppose pas les partisans du socialisme et les tenants du capitalisme. Il ne divise pas les riches et les pauvres ou les sympathisants des Etats-Unis et leurs détracteurs les plus farouches. Il oppose, d’un côté, ceux qui défendent un gouvernement qui bafoue les droits de l’homme en guise de politique nationale et, de l’autre, ceux qui sont disposés à se sacrifier pour lui faire barrage.

Moisés Naím

Traduit par Micha Cziffra

Moisés Naím
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Editorialiste
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