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Football: trois descentes de L1 en L2, c'est trop?

Yannick Cochennec, mis à jour le 10.05.2014 à 9 h 12

Le championnat de France peut-il encore se permettre de réléguer à l'étage inférieur autant de clubs chaque année, avec les conséquences économiques que cela implique?

Lors du match Sochaux-PSG, le 27 avril 2014. REUTERS/Vincent Kessler.

Lors du match Sochaux-PSG, le 27 avril 2014. REUTERS/Vincent Kessler.

Alors que la Ligue 1 version 2013-2014 jette ses derniers feux, le seul vrai suspense qui demeure concerne le nom du troisième club qui sera relégué en Ligue 2. Ajaccio et Valenciennes ont été les deux premiers clubs fixés sur leur triste sort et la bataille fait rage entre Guingamp, Évian et Sochaux, les trois formations «candidates» à la descente, avec un match programmé entre les deux derniers exclus potentiels pour épicer le programme de la dernière journée, le 17 mai.

Mais au-delà du relevé comptable de ces clubs au terme de dix mois de compétition, est-il normal que trois clubs de Ligue 1 soient chaque année rétrogradés et, de facto, fragilisés sur le plan financier, tant un tel événement transforme inévitablement le modèle économique d’un club?

C’est la question récemment posée, en quelque sorte, par le Wall Street Journal, qui relève de manière intéressante et un peu provocante ce qu’il appelle le laisser-faire industriel du football européen. En effet, le quotidien américain note que le système de notre football (ou d’autres sports collectifs) est d’inspiration complètement libérale quand le sport professionnel américain se trouve, lui, placé au cœur d’un fonctionnement administré et «égalitaire».

Ligues fermées et draft

Aux Etats-Unis, il n’y a pas de relégation possible dans les championnats comme la NFL (football américain), la NBA (basket), la NHL (hockey) et la MLB (baseball), où les médiocres résultats ne sont pas autrement sanctionnés que par une absence lors des play-offs, la phase finale de ces championnats.

En revanche, ces clubs les moins performants sur le plan sportif reçoivent une prime en étant prioritaires lors des premiers choix de ce qu’on appelle la draft, le marché des jeunes talents venus souvent des universités ou de l’étranger. Ces franchises en délicatesse au niveau de leurs résultats se voient d’abord proposer le meilleur «en magasin».

Non seulement ces clubs ont la certitude de continuer à évoluer parmi l’élite, mais ils ont en plus la promesse d’un avenir meilleur grâce au recrutement de joueurs doués, tout en pouvant continuer à développer sereinement une stratégie économique autour de leur «marque».

Dans le football européen, la sanction est elle au coin du bois, même si les clubs les plus riches n’ont aujourd’hui pas trop de soucis à se faire en ce qui concerne une éventuelle relégation, car les écarts d’effectifs, appuyés sur les différences de budgets, sont aujourd’hui conséquents dans les principaux championnats. Il n’empêche, le risque existe et il peut être considérable pour un club tant il est souvent difficile de retrouver ensuite la Ligue 1 ou d’éviter un terrifiant effet boule de neige sur une pente de plus en plus abrupte.

L’AJ Auxerre, relégué au printemps 2012 en Ligue 2 après avoir été champion de France en 1996 et troisième en 2010, frappe actuellement, par exemple, à la porte du championnat de National avec le risque de disparaître à jamais du football français de haut niveau. C’est la loi libérale à la sauce française ou européenne: il est possible de partir de rien et de finir au sommet, mais il est possible aussi de redescendre aussi vite de son piédestal.

Stades difficiles à rentabiliser

A l’heure où le football est devenu cette puissante machine économique que le fair-play financier de l’UEFA tente de freiner plus ou moins, ne faudrait-il pas limiter, voire verrouiller, les descentes dans les principaux championnats? C’est ce que suggère donc en creux le Wall Street Journal, qui note bien que le sport ne s’est pas construit économiquement en Europe comme il a été bâti aux Etats-Unis, mais qui n’écarte pas l’hypothèse, souvent évoquée, de la création d’une ligue fermée de football au niveau européen qui pourrait bouleverser nos traditions.

En France, le problème (ou l’un des problèmes) est que des clubs frappés de relégation, comme Le Mans récemment et Valenciennes aujourd’hui, se sont dotés de stades tout neufs taillés pour la Ligue 1. Inauguré en 2011, le stade du Hainaut, l’antre de Valenciennes, n’accueillera désormais plus que des rencontres de Ligue 2 et aura plus de mal à être rentabilisé dans un contexte économique fragile pour le club résident, qui craint même pour sa survie.

La communication d’agglomération de Valenciennes Métropole, qui a investi massivement dans ce projet, risque même d’avoir quelques sueurs froides, notamment en repensant à la mésaventure du Mans Football Club, relégué en Ligue 2 en 2010 alors qu’il s’apprêtait à inaugurer son nouveau stade, la MMArena, construite justement pour enraciner Le Mans en Ligue 1. Depuis, le club de la Sarthe a été déclaré en faillite, charge pour le contribuable manceau de continuer à payer une facture de plus en plus lourde pour un stade de plus en plus inutile.

Comme le relève La Gazette des communes, la MMArena, fruit d’un partenariat public-privé, coûtera désormais 2,1 millions d’euros supplémentaires par an à la ville du Mans pendant au moins cinq ans. Insupportable gabegie économique.

Une seule descente?

Dans un très récent rapport parlementaire qui sera en discussion en juin, des sénateurs suggèrent d’ailleurs de plafonner le montant des fonds publics alloués à la construction d’équipements sportifs professionnels à 50% du coût total et surtout de proscrire le recours aux partenariats public-privé (PPP) par les collectivités territoriales pour financer de nouveaux stades. C’est une proposition évidemment tardive, et un peu hypocrite, après les dizaines de millions d’euros déjà déversés pour la construction ou la rénovation des stades dans le but d’accueillir l’Euro 2016.

Les sénateurs, qui égrènent 30 propositions dont certaines sont hautement contestables voire très surprenantes, auraient pu en ajouter une 31e:

«Préconiser la limitation au minimum des descentes de Ligue 1 en Ligue 2 ou du Top 14 en Pro D2 afin de permettre aux investisseurs d’avoir davantage confiance en l’avenir.»

Car est-il imaginable que des clubs comme les Girondins de Bordeaux ou de l’OGC Nice soient envoyés un jour en Ligue 2 malgré leurs nouvelles enceintes rutilantes? Après tout, ce n’est pas à exclure.

Comme on désigne un seul champion de France, peut-être est-il temps, en effet, de réduire la descente (ou la montée) à un seul club, histoire de rendre une telle hypothèse, catastrophique sous bien des aspects, moins évidente, sachant qu’il restera toujours la Coupe de France pour permettre aux petits clubs de se mettre en vedette, à l’image de Guingamp il y a quelques jours. Ce que beaucoup appellent «le football vrai» ou «le rugby vrai» n’est peut-être plus de saison en Ligue 1 ou dans le Top 14. Les temps sont trop durs pour en rêver encore.

Yannick Cochennec

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