Monde

La vie à Bab el-Salama, camp de réfugiés en Syrie

Matthieu Delmas, mis à jour le 04.05.2014 à 11 h 11

Ils sont 17.000 à vivre sous des tentes à la frontière avec la Turquie. Hommes, femmes et enfants se sentent à l'abri des bombardements de l'armée de Bachar el-Assad.

L'allée principale de Bab el-Salama, le 22 avril 2014 / Matthieu Delmas

L'allée principale de Bab el-Salama, le 22 avril 2014 / Matthieu Delmas

Camp de Bab el-Salama (Syrie)

D’après l’ONU, 6,5 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur de la Syrie et quelque 2,6 millions ont fui le pays depuis le début du conflit, s’installant principalement dans les Etats voisins (Turquie, Liban, Jordanie, Irak). Le Haut comité aux réfugiés (HCR) au Liban enregistre quotidiennement 2.500 nouveaux réfugiés, soit plus d’une personne par minute. Des hauts responsables turcs, irakiens, égyptiens, et libanais, ainsi que le haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés Antonio Guterres doivent se retrouver ce dimanche 4 mai à Amman pour discuter de la question des réfugiés.

Dans le nord syrien, à une quarantaine de kilomètres d’Alep, au poste frontière de Kilis-Oncupinar, c’est un camp –non-officiel– de 17.000 habitants qui se dresse à 5 kilomètres de la ville d’Azaz. En 2012, quand un journaliste de RFI s'était rendu sur place, ils étaient 4.500, dans un camp qui devait n'être que provisoire...

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Ici, les réfugiés se sentent en sécurité, à l’abri des bombardements de barils de TNT opérés par l’armée régulière de Bachar el-Assad. «Ils ont détruit toute notre maison, mais on est heureux car on est tous ensemble. Et en vie», me confie un réfugié.

Je suis entré en Syrie avec le médecin du camp depuis la ville-frontière de Kilis en Turquie. Ici, l’armée syrienne libre (ASL) contrôle les allées et venues.

Une fois dans le camp, on aperçoit des tentes à perte de vue de part et d’autres d’allées boueuses. La chaleur commence à se faire sentir. Pas un seul arbre, pas d’ombre non plus. Un enfant, puis cinq, puis dix se pressent autour du médecin qui m’accompagne.

«Docteur Ali! Docteur Ali!»

Accueilli tel un héros par les gamins, il commence sa tournée du camp pour distribuer des dons, soigner les enfants malades, distribuer des vêtements. Partout où va le docteur Ali, des dizaines d’enfants le suivent à la trace.

Dans ces abris de fortune, s’entassent des familles de cinq, dix, parfois douze membres. Chacun s’efforce de mener une vie normale. Avant d’entrer dans une tente, on enlève ses chaussures.

Docteur Ali est originaire d’Alep, il vit du côté turc de la frontière, à Kilis, mais tous les jours, il passe la frontière pour travailler dans le camp de Bab-al-Salmah. Aujourd’hui, docteur Ali a apporté avec lui une trentaine d’enveloppes siglées Time4life (une ONG italienne). A l’intérieur, de l’argent (40 ou 50 dollars, en livres syriennes ou en devises étrangères) récolté à l’étranger. En trois heures et sous la chaleur, il visite une trentaine de familles. Pour chacune d'elle, une enveloppe.

Après avoir visité les familles, le médecin distribue des vêtements aux enfants. Toutes les chemises sont rouge et bleu, mais peu importe, les enfants accourent de partout pour avoir leur jolie chemise à carreaux.

Au détour d’une allée, vers les latrines à l'odeur épouvantable, un enfant d’une dizaine d’années pleure, hurle de douleur. Un groupe d'enfants se forme autour du docteur Ali qui établit rapidement son diagnostic et emmène le malade dans sa clinique. Une clinique ou plutôt un container qui lui sert de cabinet médical.

Un lit, un bureau, un placard à la vitre cassée rempli de médicaments, un stéthoscope, pas d’électricité.

Devant le container, les mères ont l’air grave, inquiet. Elles se précipitent, bébés hurlant dans leurs bras, pour parler au médecin dans l’espoir de faire soigner leur nourrisson. 

Des maladies anodines pour certains, mais pour lesquelles un traitement médical s’impose. D'autres souffrent de varicelle, l’herpès... Et des enfants mutilés, défigurés, qui portent sur eux les séquelles de la guerre.

Un problème majeur du camp, c’est l’évacuation des eaux usées. Des petites rigoles sont creusées depuis chaque tente. Elles se rejoignent dans une plus grande qui va elle-même se jeter dans un fossé au milieu du camp. Eau verdâtre, odeur pestilentielle.

Et désormais, c'est à la chaleur que les habitants vont être confrontés. Sans accès à l'eau, ni à l'électricité, et alors qu'on l'on transpire déjà sous les tentes en cette fin du mois d'avril, on imagine les conditions de vie en été. Certains ont bien un générateur pour se fournir en électricité, mais l’essence coûte cher.

A l'entrée du camp, une boulangerie mobile a été installée dans un semi-remorque. Sur la façade, est inscrit «don du peuple d'Arabie saoudite à leurs frères syriens». A l'intérieur, c'est une véritable usine. Un tapis roulant déverse les pains chauds en continu, les enfants, ravis de s'occuper, les entassent dans des sacs en plastique, puis les ferment.

Chaîne humaine, jusque dans un camion qui ira faire la distribution aux quatre coins du camp. Ainsi va le quotidien des 17.000 réfugiés du camp de Bab al Salmah.

Les enfants, mais aussi les adultes, les pères, les mères souffrent énormément, mais rien ne transparait. On tente de recréer ici une vie la plus normale possible, comme si c’était le devoir de chacun, pour garder sa dignité.

Dans chaque tente, c’est avec un thé qu’on vous accueille. Comme si la guerre n’était qu’un cauchemar lointain.

Matthieu Delmas (texte et photos)

Matthieu Delmas
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