France

Manuel Valls a quand même des raisons d'envisager l'avenir avec optimisme

Olivier Biffaud, mis à jour le 02.05.2014 à 14 h 31

Le Premier ministre a certes subi une fronde inédite, mais il peut aussi se dire que la géographie politique est en cours de transformation. Lentement.

Manuel Valls et François Hollande aux Invalides pour une cérémonie en souvenir de Dominique Baudis, le 15 avril. REUTERS/Philippe Wojazer (fond de l'image retouchée)

Manuel Valls et François Hollande aux Invalides pour une cérémonie en souvenir de Dominique Baudis, le 15 avril. REUTERS/Philippe Wojazer (fond de l'image retouchée)

Faut-il voir le verre à moitié vide… ou plutôt à moitié plein? Doit-il choisir la version pessimiste ou l’analyse optimiste? Les deux termes de l’alternative sont finalement assez clairs pour Manuel Valls. Soit le chef du gouvernement a entamé une lente descente aux enfers, soit il s’est ouvert de nouvelles perspectives plus riantes. Quel que soit le scenario des prochains mois, le vote des députés sur le programme de stabilité budgétaire 2014-2017 émis mardi 29 avril restera dans l’histoire du quinquennat de François Hollande.

Il y demeurera gravé car son adoption par 265 voix contre 232 est un fait sans précédent: c’est en effet la première fois dans l’histoire de la Ve République qu’un plan d’économie d’une telle ampleur – 50 milliards d’euros – est approuvé par la représentation nationale. C’est aussi la première fois depuis 40 ans qu’un gouvernement dit «stop» à la construction de budgets en déséquilibre. Puisse-t-il passer vraiment des paroles aux actes!

Il survivra peut-être également dans les manuels de sciences politiques comme le vote qui a vu 41 députés de la majorité socialiste (près de 15% du groupe) se dresser contre le Premier ministre, en s’abstenant sur le programme en question considéré, par eux, comme une austérité qui ne dit pas son nom. Il pourra aussi être pointé comme le scrutin qui a provoqué des fêlures dans la discipline de vote qui est plutôt la règle non-écrite au Palais Bourbon. Car au-delà de la cohorte secouée des 286 députés PS, tous les groupes politiques ont été ébréchés par ce vote. Evidemment, c’était de façon marginale, minuscule, voire microscopique, mais ça n’était pas de façon invisible.

Valls a fait le plein de son opposition interne

Or donc, Manuel Valls peut se dire que, malgré les pressions, les menaces, les mesures de rétorsion pendantes, son autorité de chef du gouvernement a été bafouée à 41 reprises. Sans compter les trois députés PS supplémentaires qui sont allés jusqu’à voter contre lui. Il peut constater que sa majorité s’est rétrécie au cœur même du réacteur socialiste après avoir perdu une partie de la troupe écologiste au moment du changement de titulaire à Matignon. Il peut aussi s’imaginer que certains de ces opposants, ceux de l’aile gauche, ont voulu lui rappeler qu’il ne pesait que 5,63% lors du vote de la primaire socialiste, en 2011.

Oui, le chef du gouvernement peut se dire tout ça. Et bien plus encore. Que la partie est loin d’être gagnée, par exemple, et que ses «camarades frondeurs», dorénavant encouragés par leur audace, ne lui passeront plus rien. Pis, ils essaieront plutôt de recruter autour d’eux dans l’espoir de faire monter une pression de gauche contre lui. Mais Manuel Valls peut aussi se dire le contraire de tout ça. Il peut se dire que le verre n’est pas à moitié vide car il est en train de se vider, mais qu’il est à moitié car il est en train de se remplir. Il peut jouer l’optimisme contre le pessimisme.

C’est même, à n’en point douter, la posture qu’il va adopter. Qu’il a déjà adopté. D’abord, parce qu’il est chef du gouvernement et qu’il ne peut pas baisser les bras alors que le combat est à peine engagé. Ensuite, car c’est dans sa nature. Tout montre qu’il n’a pas l’intention de se laisser ballotter par les événements, surtout si les vents lui sont contraires.

«J’assume», a-t-il martelé et répété dans une envolée anaphorique un peu grandiloquente, en présentant son plan de rigueur à l’Assemblée nationale. Mais l’Hémicycle n’est-il pas un haut lieu du maniement du verbe à la française. En tout cas, ça changeait du style Ayrault.

Effectivement, Manuel Valls peut se dire qu’il a fait le plein de son opposition interne puisque le vote de ce programme est un acte fondateur. Même si, formellement, il n’était qu’indicatif et qu’il n’engageait nullement le gouvernement, le nouveau Premier ministre a tout de même pris soin de préciser qu’il était «décisif». Ceux qui voulaient s’opposer à cette orientation – par conviction ou par calcul politicien moins avouable – devaient le faire à ce moment-là. Il ne sera plus temps, dans trois semaines ou dans six mois, de découvrir qu’ils ne sont plus d’accord, ceux qui lui ont apporté leur soutien le 29 avril 2014. Car tout ce qui va arriver maintenant découlera de ce vote!

Une géographie politique en cours de transformation

Au fond, le Premier ministre, qui se réfère avec insistance à Pierre Mendès France – il fut président du Conseil de juin 1954 à février 1955 pendant 7 mois et 17 jours –, peut se dire que sa déclaration de politique générale du 8 avril n’était qu’un tour de chauffe au terme duquel tous les opposants socialistes à sa politique de rigueur n’avaient pas été débusqués. Lui, qui vante la volonté de vérité de «PMF» pour se mettre dans ses pas, n’a-t-il pas fait sa vraie déclaration de politique trois semaines après la première pour pousser le groupe socialiste dans ses retranchements et le forcer à dire sa vérité à lui?

Maintenant, il connaît les réelles données de la situation politique.

Il voit désormais clairement le socle parlementaire de la nouvelle politique social-démocrate qu’il «assume» – social-libérale, disent ses adversaires à gauche: ce sont 242 députés PS… auxquels peuvent s’ajouter de façon circonstancielle une vingtaine de transfuges venant d’autres groupes. Tout cela ne constitue pas une nouvelle majorité aujourd’hui (l’Assemble compte 577 élus) mais, incontestablement, les coins qui ont été enfoncés montrent que la géographie politique est en cours de transformation. Lentement.

A l’image de la dérive des continents, une partie de la gauche est entraînée vers la gauche de la gauche et une partie de la droite vers la droite de la droite.  En toute logique, ces deux mouvements opposés dégagent un vaste espace. Vieille chimère, dira-t-on! L’espoir cent fois caressé de bâtir une majorité nouvelle débarrassée de ses extrêmes a cent fois été déçu, détruit, combattu avec la dernière énergie par ceux qui risquaient d’en être les victimes.

D’autres s’y sont donc cassés les dents.

Il n’est pas sûr que l’affaiblissement politique de François Hollande autorise aujourd’hui de conduire à bien un tel mouvement ou une telle réflexion. Le président de la République a mis près de deux ans pour sembler l’envisager! Il ne peut s’en prendre qu’à lui même tant il a loupé le coche à plusieurs reprises.

Trop tard? Manuel Valls peut toujours se dire que seules les batailles qui ne sont pas menées sont celles qui sont perdues d’avance.

Olivier Biffaud

Olivier Biffaud
Olivier Biffaud (28 articles)
Journaliste
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