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Joakim Noah a raison: l'équipe de France n'est pas un passage obligé pour un sportif

Yannick Cochennec, mis à jour le 06.05.2014 à 17 h 35

Et pas la peine d'agiter la figure paternelle pour tenter de le contredire.

Lors d'un match des playoffs contre les Brooklyn Nets, le 25 avril 2013. REUTERS/Jim Young

Lors d'un match des playoffs contre les Brooklyn Nets, le 25 avril 2013. REUTERS/Jim Young

Doté à l’origine d’un talent (relativement) limité, Joakim Noah est en train de démontrer qu’avec le travail, s’il est immense, il est possible de devenir l’un des meilleurs joueurs actuels de la NBA, le championnat professionnel de basket aux Etats-Unis. Inlassable bagarreur au sein des Chicago Bulls, Noah, âgé de 29 ans, a été nommé meilleur défenseur de la saison et finit quatrième meilleur joueur de l'année de la saison régulière de la NBA[1], à la plus grande fierté de Yannick, son père, qui n’en finit plus d’écarquiller les yeux en regardant son fils aller de plus en plus haut. 

«Il déchire parce qu’il donne tout, a confié Yannick Noah à La voix de la France, le magazine des Français de l’étranger. Il y a tellement de joueurs talentueux qui étaient devant lui à 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18 ans, 20 ans... Tellement de joueurs meilleurs que lui et aujourd’hui, c’est Joakim qui gagne ce trophée et fait partie des tout meilleurs. Ça c’est grâce à sa passion et à son travail. Je parle souvent aux gamins en leur disant de croire en eux, ils pensent souvent que j’ai réussi parce que j’avais des facilités. La réalité, c’est que Joakim était vraiment loin derrière et il a travaillé très dur. Maintenant qu’il a ce trophée et qu’il est reconnu, il a l’opportunité de pouvoir faire passer ce message, à savoir que tout est possible. Et ça c’est magnifique

La carrière de Yannick Noah s’est, rappelons-le, construite autour d’une sorte de malentendu. En raison de sa réputation de noceur, l’ancien n°3 mondial et vainqueur de Roland-Garros a pu laisser croire qu’il ne travaillait pas assez et que son talent suffisait, en quelque sorte, pour le hisser au sommet de sa discipline, certains pensant qu’il aurait pu davantage étoffer son palmarès en se montrant plus assidu à l’entraînement.

C’est une opinion en partie fausse car, lorsqu’il décidait de se fixer un objectif, Yannick Noah, certes amoureux des plaisirs de la vie, pouvait devenir, au contraire, une véritable bête de travail à l’image de son investissement forcené avant «son» Roland-Garros il y a bientôt 31 ans.

Comme Joakim, il était loin d’être le plus doué, même si sa constitution physique était un cadeau de la vie dont il allait savoir se servir avant sa progéniture du haut de ses 2,09m. Noah était un vrai joueur de terre battue qui aimait par dessus tout les combats rugueux, parfois offensif, mais usant en défense tant il défendait bien son terrain. Encore des traits communs partagés avec Joakim qui, en revanche, a souvent aimé jouer le rôle du méchant sur les parquets quand Yannick était une figure éminemment populaire à travers le monde.

Joakim Noah, né d’un père français enraciné dans le Cameroun de son enfance et d’une mère suédoise, a grandi à New York, ville cosmopolite, où s’est établie Cecilia, sa mère, depuis longtemps et où Yannick a toujours aimé se réfugier. Joueur à la triple (voire quadruple) identité, il est Français sans l’être vraiment. Certains spectateurs de Roland-Garros peuvent toutefois se rappeler de sa présence, anonyme, au temps de son adolescence quand il dévalait les escaliers du central avec ses copains.

Comme son père

Dans le droit fil de ces origines mêlées, ses relations avec l’équipe de France sont distantes et complexes –elles l’ont toujours été– et lui valent les critiques, souvent peu amènes, des supporters des récents champions d’Europe qui lui renvoient l’exemple de Tony Parker, au four et au moulin de la NBA et de son implication avec les Bleus. Les choix de Noah ont pu dérouter comme quand il a fait une croix sur les Jeux olympiques en 2012 ou quand il a manqué l’Euro 2013 pour se ménager physiquement ou lorsqu’il envisage de faire l’impasse sur la prochaine Coupe du monde en Espagne, en septembre, sans fermer complètement la porte pour l’Euro 2015 ou les Jeux de 2016.

Mais là encore, il est nécessaire de revenir à ses origines et à son père, dont l’image est encore troublée par un faux sentiment. Parce qu’il a été un extraordinaire capitaine de Coupe Davis et de Fed Cup, en menant la France au triomphe en 1991, 1996 et 1997, Yannick Noah a pu incruster dans les esprits l’idée qu’il avait une vraie fibre nationale, ce qui n’est pas tout à fait exact.

Noah était un chef de groupe, ravi de faire gagner ses copains et d’offrir du plaisir au public, mais relativement étranger aux débordements nationalistes.

Sa mauvaise humeur affichée lors d’une réception à l’Elysée après le succès en Coupe Davis en 1996 avait démontré notamment son peu de goût pour les fastes de la république. Il faut rétablir une autre vérité: il n’a pas été un grand joueur de Coupe Davis en se faisant parfois désirer au grand dam de Jean-Paul Loth, le capitaine de l’équipe de France de l’époque, qui sait mieux que d’autres que Yannick, comme Joakim, n’était pas un fou de l’équipe de France. Il préférait d’abord privilégier son destin personnel.

Joakim Noah, qui n’a pas progressé au sein du giron fédéral et a étudié en Floride, ne doit pas être blâmé pour sa relative froideur à l’égard d’une équipe de France forcément lointaine pour lui. Il a même raison d’affirmer sa différence si elle est au diapason de ce qu’il croit vraiment: qu’il est avant tout un citoyen du monde et qu’il a bien le droit d’être ce qu’il a envie d’être, à la fois sincère et authentique comme son père, quitte à paraître iconoclaste et incompris.

Oui, il n’est pas interdit de dire non à une équipe de France parce qu’on veut d’abord gagner un titre NBA pour suivre, d’une certaine façon, la trace de son aîné qui voulait d’abord remporter Roland-Garros. Mais toute bonne surprise n’est pas à exclure le concernant.

Joakim Noah fait son chemin en NBA et aura peut-être envie un jour de venir aider l’équipe de France. Et le jour où il prendra cette éventuelle décision, ce ne sera pas, comme toujours avec lui, pour faire les choses à moitié, sur le modèle son père en 1991.

Yannick Cochennec

[1] Article initialement publié le 25 avril 2014 et mis à jour avec la place de quatrième meilleur joueur de l'année, le 6 mai. Dans l'ordre, nous avons donc:

  • 1. Kevin Durant (Oklahoma City)
  • 2. LeBron James (Miami)
  • 3. Blake Griffin (L.A. Clippers)
  • 4. Joakim Noah (Chicago)
  • 13. Tony Parker (San Antonio Spurs).

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