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La légende du Masters s'écrit sur des coups de génie

Yannick Cochennec, mis à jour le 13.04.2014 à 16 h 38

Le coup qui tue et permet de gagner le Masters? Voici mes cinq coups préférés pour la bonne bouche en attendant celui de 2014…

Tiger Woods vient de remporter l'édition 2005 du Masters, notamment grâce à un coup de génie au 16. REUTERS/Shaun Best

Tiger Woods vient de remporter l'édition 2005 du Masters, notamment grâce à un coup de génie au 16. REUTERS/Shaun Best

L’histoire du Masters de golf est parsemée d’exploits de toutes sortes, mais réussir le coup exceptionnel au moment de porter l’estocade dans l’emballage final du dimanche quand la pression se fait la plus lourde à la pointe des clubs reste une gageure absolue.

En remontant assez loin dans l’histoire existe un exploit niché au cœur de la légende du tournoi, mais hélas, à une époque où la télévision ne suivait pas les champions à la trace: l’albatros de Gene Sarazen en 1935. Cette année-là, l’Américain est mené de trois coups par son compatriote Craig Wood à quatre trous de la fin. Mais sur un seul trou, le n°15, un par 5, Sarazen refait tout son retard grâce à un coup de bois quatre qui fait mouche à une distance de 215m (rappelons qu’un albatros est un score de trois sous le par: le joueur expédie la balle dans le trou en deux coups au lieu de cinq dans le cas présent). Après ce coup de génie (et du sort), Sarazen finira par triompher lors de ce Masters 1935.

Dans l’ère moderne, cinq joueurs (au moins) ont eu sinon le talent inouï de parapher leur victoire de ce coup exceptionnel qui fait la différence et que les amateurs de golf n’oublieront jamais. Florilège de cette excellence avec ce zeste de chance qui, un dimanche, au coucher du soleil, peut vous permettre d’enfiler une veste verte. Ils sont classés ici par ordre de préférence.

1. Masters 2005: Tiger Woods, l’assassin délicat

Si vous n’avez pas le moral, passez-vous, puis repassez-vous, cette vidéo qui vous rendra presque automatiquement le sourire. Techniquement éblouissante, cette prouesse s’accompagne d’un insoutenable suspense qui dure pendant de longues secondes presque sadiques jusqu’au moment où la balle, prenant une sorte de pose publicitaire pour un célèbre équipementier sportif, décide de basculer enfin dans le trou.

Ce 10 avril 2005, Tiger Woods est au coude à coude avec son compatriote Chris DiMarco lorsqu’il attaque le trou n°16, célèbre par 3 icône du parcours d’Augusta. Son coup de fer de départ est trop appuyé et termine sa course dans un petit rough épais derrière le green. Ce green est traversé de pentes diaboliques et rapides qui descendent à toute allure vers un plan d’eau. Pour Tiger Woods, il n’est pas question d’emprunter le chemin le plus court pour attaquer le drapeau. Le champion américain ne visualise qu’une partie de terrain, l’endroit où il entend faire atterrir sa balle, à bonne distance du trou. Et le voilà qui «chippe» et joue sa balle plusieurs mètres à gauche du drapeau. La suite appartient à l’histoire… Woods finira par s’imposer lors de ce Masters où ce coup si délicat aura pesé des tonnes lors du dénouement final.

2. Masters 1987: La peine de mort selon Larry Mize

Congestion lors de cette édition 1987. Trois hommes ne peuvent se départager au terme des 72 trous et se retrouvent en play-off. Mazette, au casting de ce final à suspense figurent l’Australien Greg Norman, l’Espagnol Severiano Ballesteros et le petit gars du coin, Larry Mize, né à Augusta. Dans cet épilogue scénarisé selon le règlement de la mort subite, Ballesteros est le premier à être mis à terre sur le trou n°10 où il a pris trois putts. Ne restent plus donc que Norman et Mize à l’attaque du 11.

Le coup de l’Américain est trop long à droite. Il lui reste à négocier une approche en descente très délicate d’environ 40m pour essayer de partager le trou avec Norman qui est au bord du green, bien placé. Mais le coup de wedge de Mize, censé sauver les meubles, s’avère être un coup de maître. Avant de toucher le green, sa balle rebondit deux fois puis poursuit paisiblement sa route jusqu’au centre du trou sous l’œil incrédule du pauvre Norman qui doit vite accepter sa défaite. Alors que ce 11 est l’entrée de l’Amen Corner, pour lui, c’est ainsi soit-il…

3. Masters 2010: Un trou de souris

Phil Mickelson pourrait se remettre au même endroit, lors d’une banale partie d’entraînement décontractée, et il est probable qu’il n’approcherait jamais ce niveau de perfection atteint sur le trou n°13 lors du Masters 2010. Avec un score final de -13, l’Anglais Lee Westwood aurait dû remporter ce Masters, mais par la grâce d’un improbable coup frappé derrière un pin, Phil Mickelson a «tué le game», comme on dit.

Alors qu’il vient de réussir un birdie sur le si difficile par 3 du n°12, Mickelson drive dans les arbres à droite. Pour viser le drapeau situé à 180m de là, il doit, excusez du peu, passer entre deux troncs dans un trou de souris de 1,20m, franchir un ruisseau appelé Rae’s Creek et atteindre le green. Son coup de fer 6 est si parfait qu’il lui permet de se mettre en position d’eagle -il se contentera d’un birdie qui assommera la concurrence à commencer par Lee Westwood. «Ces moments-là sont tellement durs qu’il n’y a vraiment rien à dire à celui qui a perdu», conclut Mickelson, compatissant à l’adresse de son malheureux rival.

4. Masters 2012: Et Bubba bomba le torse

Comme Gene Sarazen en 1935, Louis Oosthuizen signe un sublime albatros en cette dernière journée du Masters, cette fois sur le trou n°2 (le quatrième albatros de toute l’histoire du tournoi, le premier vu à la télévision). Mais le héros du jour est celui qui partage la partie du Sud-africain, l’Américain Bubba Watson. Alors que les deux hommes ne sont pas parvenus à se départager au terme des 18 trous, ils jouent les prolongations en play-off.

Sur le trou n°10, Watson, égaré dans les sous-bois à 45m de l’axe du green, les pieds enfoncés dans un tapis d’aiguilles de pin, produit alors une improbable trajectoire en forme de croissant avec son pitching wedge qui propulse sa balle à 130m de là tout près du drapeau, à 3m précisément. «Dès que je suis arrivé à ma balle, j’ai vu la «fenêtre» dans les arbres, j’ai vu le coup dans ma tête et je l’ai joué», expliquera-t-il simplement. Pour Oosthuizen, la porte de la victoire vient, elle, se refermer sèchement devant lui.

5. Masters 1986: Jack Nicklaus prend la pose

Dans cette sélection, il est impossible d’oublier Jack Nicklaus, le recordman des victoires à Augusta avec six titres. Son putt libérateur sur le 16 lors de l’édition 1975, où il était pourchassé par Johnny Miller et Tom Weiskopf, aurait pu être un choix logique, mais celui réussi sur le 17 lors de son improbable victoire, à 46 ans, en 1986, porte en lui la signature de ce triomphe qui a fait de ce Masters, il y a 28 ans, le plus célèbre de l’histoire. C’est un moment déterminant de l’épreuve alors que Nicklaus et Severiano Ballesteros partagent la tête ensemble.

En concrétisant ce putt de 3,40m sur le 17 malgré une ligne relativement illisible et en prolongeant son mouvement de bras pour le figer dans une célèbre photo, Nicklaus prend les commandes d’un tournoi où il n’a plus jamais mené depuis 1975 et qui ne lui échappera plus. Sur le retour (les neuf derniers trous), Nicklaus rend une carte de 30, record de la compétition, probablement impossible à battre aujourd’hui.

«Je ne comprends pas comment il y a tant de putts qui rentrent surs des greens aussi rapides», avait-il dit deux jours plus tôt. Ses scores sur les quatre jours valent tous les discours: 74, 71, 69 et 65. C’est au sprint, à l’image de ce putt capital sur le 17 (à 6’ sur la vidéo), qu’il a terminé pour remporter son 18e et dernier tournoi majeur…

Yannick Cochennec

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