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Masters d'Augusta: faut-il miser sur la jeunesse ou l'expérience?

Yannick Cochennec, mis à jour le 09.04.2014 à 16 h 16

Peut-on gagner le Masters lors de sa première apparition sur le parcours d’Augusta? Et est-il possible de triompher à plus de 46 ans sur les célèbres fairways de Georgie? Deux questions en apparence contradictoires dont l’une trouvera peut-être une réponse positive cette semaine.

Le joueur amateur Garrick Porteous au départ du 15, lors d'une session d'entraînement à Augusta, le 8 avril 2014. REUTERS/Mike Blake

Le joueur amateur Garrick Porteous au départ du 15, lors d'une session d'entraînement à Augusta, le 8 avril 2014. REUTERS/Mike Blake

Un Français au Masters de golf. L’événement reste une rareté depuis la naissance du tournoi, en 1934. En effet, Victor Dubuisson, actuellement 21e mondial, est seulement le neuvième joueur tricolore ayant décroché l’honneur de pouvoir défier le célèbre parcours d’Augusta, en Géorgie.

Avant lui, Albert Pélissier (1952), Henri de Lamaze (1958), Jean Garaïalde (1964, 1966), Philippe Ploujoux (1982, 1983), Jean Van de Velde (1999), Thomas Levet (2003, 2005, 2006), Julien Guerrier (2007) et Grégory Havret (2011) ont eu cet immense privilège. Et en terminant 13e en 2005, Thomas Levet en a été jusqu’à ce jour le meilleur représentant.

A presque 24 ans (il les aura le 22 avril), nanti d’une nouvelle réputation grâce notamment à sa récente deuxième place dans un prestigieux tournoi du circuit américain (PGA Tour), Victor Dubuisson est donc au seuil de ce premier rendez-vous si particulier dans sa prometteuse carrière. Peut-il triompher? Très ambitieuse, cette question a toutes les chances de recevoir une réponse négative dans la mesure où le Masters est un tournoi qui n’est absolument pas fait pour les débutants dans l’épreuve.

Un seul vraie «rookie»

En 80 ans d’existence, le premier tournoi majeur de la saison n’a couronné que trois joueurs qui découvraient Augusta. Il est même plus juste d’en citer un seul, l’Américain Fuzzy Zoeller, sacré en 1979, car Horton Smith, premier vainqueur de l’histoire en 1934, et Gene Sarazen, couronné l’année suivante, faussent évidemment la statistique. Zoeller reste bien le seul vrai «rookie» consacré à Augusta.

Il y a 35 ans, la victoire de Fuzzy Zoeller avait été la conséquence, comme cela arrive en golf, de l’effondrement d’un adversaire, son compatriote Ed Sneed, qui possédait trois coups d’avance sur ses poursuivants à seulement trois trous de l’arrivée. Mais en signant un bogey sur les trous 16, 17 et 18, il s’était brutalement retrouvé à devoir disputer un play-off en mort subite face à Tom Watson et Fuzzy Zoeller, âgé de 27 ans. Et la célèbre veste verte tomba sur les épaules de Zoeller, qui n’en resta pas là puisqu’il se montra encore le plus fort cinq ans plus tard à l’US Open.

Les chances de Victor Dubuisson sont minces, on le voit, sauf qu’aux yeux de nombreux observateurs, il semble tout à fait possible d’assister cette année au succès d’un jeune premier à Augusta. En effet, les statistiques n’auraient jamais été aussi favorables à pareil dénouement en raison de la liste des participants de cette édition 2014. Sur les 96 joueurs qui doivent prendre le départ, jeudi 10 avril, 23 feront leur première apparition dans ces lieux chargés d’histoire. Parmi ces 23 débutants figurent six amateurs, comme c’est la règle à Augusta.

Les 17 professionnels restants sont loin, en revanche, d’être des inconnus dans le contexte actuel puisque certains d’entre eux occupent des places déjà enviables dans la hiérarchie internationale. Jordan Spieth (Etats-Unis) est 13e, Victor Dubuisson 21e, Patrick Reed (Etats-Unis) 23e, Jimmy Walker (Etats-Unis) 24e, Graham DeLaet (Canada) 30e,  Harris English (Etats-Unis) 36e et Stephen Gallacher (Grande-Bretagne) 38e, pour ne citer que ceux figurant dans le top 40.

De vrais phénomènes

La nouveauté au cœur de cette extrême densité de talents émergents est que s’y nichent de vrais phénomènes comme Jordan Spieth, âgé de 20 ans seulement, devenu en 2013 le plus jeune joueur à enlever un titre sur le PGA Tour depuis Ralph Guldahl en 1931, faisant donc mieux que Tiger Woods.

Patrick Reed, 23 ans, est un autre joueur regardé aujourd’hui avec une extrême curiosité pour avoir été capable de conquérir trois titres sur le PGA Tour depuis août dernier, dont le très relevé tournoi de Miami, en mars, au terme duquel il s’est décrété lui-même faisant déjà partie des cinq meilleurs mondiaux. Avant Reed, seuls cinq joueurs avaient été capables de totaliser trois succès avant leur 24e anniversaire: Tiger Woods, Phil Mickelson, Rory McIlroy et Sergio Garcia.

Jamais peut-être donc, Fuzzy Zoeller ne s’est-il senti aussi «menacé» d’être rejoint au palmarès, sauf qu’il reste toujours le parcours pour anéantir le rêve de cette orgueilleuse jeune armada. En effet, Augusta fait la part belle à l’expérience car il s’agit du seul tournoi majeur accueillant les joueurs dans un même lieu chaque année quand l’US Open, le British Open et le PGA Championship voyagent tous les ans d’un site à un autre.

Prime est donc offerte à l’expertise de ceux qui, année après année, finissent par connaître chacun des pièges et des recoins d’un golf unique qui a ses vraies spécificités, à l’image de ses greens aux pentes diaboliques qui peuvent désorienter des «rookies». Il est souvent admis que franchir le cut lors de sa première apparition au Masters est déjà une victoire en soi. Petit tour de force réussi, par exemple, par Jack Nicklaus (13e) et Tiger Woods (41e), les deux champions les plus capés de l’histoire.

Tenir la distance, une gageure

Mais alors que le Masters n’a peut-être jamais été aussi proche de sourire à un jeune joueur, il n’est pas non plus impossible, à l’inverse, qu’il finisse par se laisser tenter par un «vieux» qui battrait le record du champion le plus âgé, actuellement détenu par Jack Nicklaus, vainqueur à 46 ans en 1986 de son sixième et ultime Masters. Pour la même raison qui empêcherait un jeune joueur de s’imposer: l’expérience. Car c’est l’un des rites du Masters.

Tous ses anciens vainqueurs sont invités, s’ils le souhaitent, à prendre le départ de chaque nouvelle édition. L’Allemand Bernhard Langer, vainqueur à Augusta en 1985 et 1993 et qui flambe actuellement sur le Senior Tour, estime ainsi qu’il a encore ses chances à 56 ans. La preuve: l’an dernier, il s’est retrouvé dans la course à la veste verte avant de devoir se contenter d’une 25e place. Même petit espoir du côté de l’Américain Fred Couples, 54 ans, vainqueur du Masters en 1992 et superbe 13e en 2013 après une 6e place en 2010 (à 50 ans), une 15e en 2011 et une 12e en 2012.

Mais si ces champions peuvent réciter les greens d’Augusta par cœur jusqu’au bout de leur putter, ils doivent aussi faire face au durcissement progressif d’un parcours qui s’est notamment rallongé avec le temps et qui n’a plus «rien» à voir, par exemple, avec le tracé de 1986, quand Nicklaus avait eu le dernier mot. Tenir la distance aussi bien techniquement que physiquement demeure une vraie gageure, même si les nouveautés en termes de matériel aident bien la vieille garde.

Cette édition 2014, la 78e de la série, déjà exceptionnelle en raison de l’absence de Tiger Woods, blessé puis opéré —le n°1 mondial n’avait manqué aucun Masters depuis sa première participation en 1995— a déjà une qualité au moment de son coup d’envoi: elle est pleine de mystères au milieu de cette bataille générationnelle. Et Victor Dubuisson peut déjà revendiquer une petite victoire: celle de se retrouver au cœur de la conversation.

Yannick Cochennec

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