Sports

Golf et marathon, un seul et même sport

Yannick Cochennec, mis à jour le 11.04.2014 à 18 h 52

Marathon de Paris dimanche dernier ou de Londres ce week-end, Masters de golf cette semaine. Et si ces deux sports ne faisaient qu’un?

Tiger Woods lors d'un événement promotionnel à Istanbul en novembre 2013.  REUTERS/Murad Sezer

Tiger Woods lors d'un événement promotionnel à Istanbul en novembre 2013. REUTERS/Murad Sezer

L'autre jour, en parcourant les allées de Running Expo, le salon de tous les coureurs, débutants ou confirmés, organisé à la veille du marathon de Paris, il était presque possible de se retrouver quelques jours en arrière, dans les mêmes lieux, lors du Salon du golf. Les coureurs de moyennes ou longues distances et les golfeurs l’ignorent peut-être, mais ils se ressemblent beaucoup.

Même appétit dévorant pour les dernières évolutions en termes de matériel. Même recherche de nouveaux défis à relever dans des lieux inconnus d’eux jusque-là et visibles à travers une multitude de stands de présentation. Même envie de goûter au nec plus ultra (jouer à Saint-Andrews pour les golfeurs, courir à New York pour les marathoniens). Même souci de se tourner presque obsessionnellement vers leur seule pratique de coureur ou de golfeur.

Un profil de sportif caractérisé d’ailleurs parfaitement identifiable à travers la presse spécialisée qui porte ces disciplines et où le conseil pour progresser dans sa pratique est le meilleur argument de vente loin du récit des performances des champions. En couverture du dernier Jogging International, on vous propose ainsi de «booster votre progression», d’«étirer le psoas pour bien récupérer» ou d’«exploiter votre signature énergétique».

Sur la première page de Golf Magazine, vous êtes invité à vous saisir de «12 clés pour mieux putter», à «améliorer votre jeu de fer» ou à découvrir «22 vêtements anti-froid». Aucun journal dédié au football, au rugby, au basket ou au tennis n’affichera vraiment de tels arguments «techniques» pour susciter les ventes, préférant se focaliser sur les grands noms qui font l’actualité plutôt que de s’adresser au lecteur «loisir».

Pour beaucoup, la comparaison entre la course de fond et le golf s’arrêtera là sachant que quelques coureurs de longues distances auront peut-être un premier haut-le-cœur à la lumière de ce rapprochement tant beaucoup rechignent à penser que le golf est un sport —tout juste un jeu de balle— bien loin en tout cas des efforts physiques exigés par le fait de devoir avaler, par exemple, quelque 42 kilomètres. Comment déceler, en effet, un voisinage avec cette aimable promenade effectuée par des personnages parfois ventrus sur une distance d’environ six kilomètres, certes amplifiée par les nombreux zigzags des golfeurs au gré de leurs trajectoires rarement idéales?

Ils ont pourtant tort.

1. La course à pied s’embourgeoise

Tentons de balayer déjà un premier cliché (pas facile). Le golf reste en France emprisonné dans une image bourgeoise dont il ne parvient pas à se défaire complètement en raison du coût engendré par la pratique de la discipline. La course à pied ne nécessite, elle, rien de plus que son courage et de bonnes paires de chaussures pour vivre sa passion. Sauf que portée par l’engouement populaire qui accompagne actuellement son impressionnant développement, elle est de moins en moins accessible lors des grands rendez-vous.

Courir un marathon a un prix à l’image de celui de Paris, organisé dimanche 6 avril, qui a proposé des dossards allant de 75 à 115 euros aux 46.000 participants (un tirage au sort triera même les candidats en 2015). Quand le golfeur s’offre au prix (parfois) fort une promenade sur 18 trous dans un décor de carte postale au milieu d’un silence presque luxueux, le marathonien, qui s’acquitte aussi souvent de frais de transport et d’hôtellerie pour se rendre sur les lieux des compétitions (sans compter le coût des chaussures qu’il faudra bien jeter), s’approprie les rues des villes en chassant les voitures le temps d’une course mais en payant de plus en plus cher pour un tel privilège.

2. Seul face au parcours

Dans leur pratique, pendant quatre ou cinq heures (pour certains), le marathonien et le golfeur, obnubilés tous les deux par un parcours, vivent sinon une expérience humaine semblable, sorte de métaphore de l’existence, entre moments de grâce et d’euphorie, instants de doute et de détresse pouvant aller jusqu’à un vrai désespoir avec, malgré tout, au bout du bout, la satisfaction du devoir accompli une fois donné le dernier coup de reins. En constatant que tous les deux n’ont qu’un seul adversaire: eux-mêmes.

Peu importe, en effet, celui qui souffre à vos côtés: dans ces deux sports, il n’y a que votre performance qui compte. Vous ne dépendez jamais (ou si rarement) des autres. On court ou on joue toujours pour soi et contre soi. «Le golf est un condensé de la vie, résumait Tiger Woods il y a quelques jours dans le Figaro Magazine. Tellement d’aspects différents y sont réunis: concentration, détermination, frustration, exubérance, solitude… Ainsi que le fait de devoir gérer son corps. Le plus important, c’est que le résultat ne dépend que de vous. Dans les bons comme dans les mauvais jours.» Un grand marathonien kenyan pourrait dire la même chose.

3. Accroché à son cerveau

L’ancien grand coureur de fond, le Finlandais Paavo Nurmi, qui a constamment affirmé la prééminence du coeur et de l’esprit sur le corps, disait: «Tout ce que je suis, je le dois à mon esprit.» Aucun marathonien ne rallie l’arrivée parce qu’il a la condition physique pour réussir un tel tour de force, mais parce qu’il dépend d’un seul muscle, son cerveau, qui lui permet d’être à la fois résistant, résilient et créatif.

Entre ses hauts et ses bas, le golfeur doit faire preuve de la même force mentale quand la technique ou le physique devient secondaire. Dans les deux cas, l’endurance psychique est plus importante que l’endurance physique. Un marathonien qui craque vaut bien un golfeur qui flanche. Ce n’est jamais dans la demi-mesure.

4. Lutter, s’adapter, tenir…

Ces deux sports peuvent vous mettre «minable». Le coureur ou le golfeur peut souffrir sur le parcours et ressortir souvent avec l’idée qu’on ne l’y reprendra plus. Mais il recommence comme si cette adrénaline, ou ce «shoot», était son carburant. Lutter, s’adapter, tenir, le masochisme du coureur et du golfeur est semblable. Chacun doit éviter de surveiller son temps ou son score en essayant de faire de son mieux à chaque étape de son parcours et en faisant le bilan à la fin. Rester dans le présent est primordial.

5. Par ici l’addiction!

Le golfeur et le marathonien, qui se lèvent tôt tous les deux pour s’adonner à leur sport à la fraîche, ont un autre trait commun: ils peuvent avoir aussi des tendances «addictives» dans la mesure où leur pratique sportive devient parfois excessive quand elle ne tourne pas à une petite folie personnelle. Leur sport peut occuper toute leur existence, ou presque, au point de semer le désordre dans leur vie personnelle.

C’est une addiction qui aide à vivre pour le meilleur et (des fois) pour le pire. Avez-vous jamais entendu un ami raconter son marathon et vous donner son temps à la seconde près? Ou sa partie de golf avec le détail de son birdie sur le trou n°7? Zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz. Narcissisme empreint de fierté, dans le respect absolu d’une certaine éthique. Les vrais marathoniens comme les vrais golfeurs ne trichent jamais sur leur temps ou sur leur carte de score.

Yannick Cochennec

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Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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