Monde

Comment un groupe terroriste se lie à al Qaida?

Brian Palmer, mis à jour le 28.12.2009 à 7 h 06

Un premier moyen: la vidéo.

Les autorités américaines s'interrogent sur les conditions dans lesquelles Umar Farouk Abdulmutallab a pu tenter vendredi 25 décembre de faire sauter un avion de ligne. Il n'y a «aucune indication» que la tentative d'attentat contre le vol Northwest 253 Amsterdam-Détroit, fasse partie d'un complot «plus large, mais l'enquête continue», a déclaré la ministre de la sécurité intérieure, Janet Napolitano.

Abdulmutallab, un Nigérian musulman de 23 ans, fils d'un riche banquier et étudiant brillant, est interrogé par le FBI (police fédérale) depuis son arrestation à la mi-journée vendredi, à l'atterrissage de l'Airbus de la Northwest Airlines. Il a été inculpé samedi 26 décembre par la justice fédérale du double chef de tentative de «destruction d'un avion de ligne et d'introduction d'un explosif à bord de l'appareil». Le jeune homme aurait affirmé avoir été entraîné par des membres d'al Qaida au Yémen, où sa famille dit qu'il s'est rendu cet été.

Cette année, avant la tentative pour faire sauter le vol Northwest 253, deux attentats-suicides à Jakarta (Indonésie) ont été attribués en juillet à un groupe dissident de l'organisation terroriste du Sud-est asiatique, Jemaah Islamiyah. Ce groupe a eu dans le passé et aurait toujours, selon la chaîne de télévision américaine CNN: «des liens avec le réseau terroriste d'Oussama Ben Laden, al Qaida». C'est fort possible aussi du réseau au Yémen qui a participé à l'organisation de l'attentat raté de Umar Farouk Abdulmutallab.

En 2008 déjà, la police turque avait affirmé que le responsable de l'attentat contre le consulat américain en Turquie avait des «liens avec al Qaida» et les premiers communiqués publiés après les attentats de Mumbay en Inde accusaient le groupe Lashkar-e-Taibam, lui aussi suspecté d'entretenir des «liens avec Al-Qaïda». Mais quelle est la nature de ces «liens» avec al Qaida?

Ces liens vont du serment d'allégeance à Oussama Ben Laden à la simple revendication d'appartenance, en passant par la demande d'assistance sur l'un des sites d'Al-Qaïda sur Internet. Les organisations dont les liens avec Al-Qaïda sont les plus étroits ne sont qu'une poignée et sont toutes situées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Il s'agit de l'«Organisation al Qaida au Maghreb Islamique», de l'«Etat islamique d'Irak», d'«al Qaida dans la Péninsule arabique» et du «Groupe combattant islamique libyen».

Les dirigeants de ces organisations ont tous prêté serment d'allégeance (bayat en arabe, l'allégeance pratiquée traditionnellement dans le monde musulman) à Ben Laden, en personne ou par bande vidéo interposée. Nous ne savons pas grand chose des liens qui existent entre ces organisations et les principaux leaders d'al Qaida sur le plan opérationnel, mais elles semblent coordonner leurs attentats, échanger des informations stratégiques et des fonds. (Les dirigeants de ces organisations apparaissent périodiquement dans des messages vidéo aux côtés des principaux leaders d'al Qaida).

La formule «liens avec al Qaida», appliquée aux groupes qui n'ont pas prêté publiquement serment de bayat, peut aussi bien concerner des groupes «qui ont bénéficié de l'aide opérationnelle d'un réseau clandestin d'agents et de sympathisants d'al Qaida» que des groupes «qui ne font que partager l'idéologie anti-occidentale d'al Qaida et son objectif de créer un empire islamique mondial par la violence». S'il est certain que des membres de l'organisation Jemaah Islamiyah ont prêté serment d'allégeance à Oussama Ben Laden, rien ne prouve que les groupes dissidents entretiennent de véritables «liens» avec al Qaida.

Le seul critère d'adhésion à al Qaida semble être la volonté de s'attaquer aux occidentaux. Ses organisations membres ne sont le plus souvent au départ que des groupes rebelles ayant des objectifs limités au niveau local avant de prendre contact, directement ou via Internet, avec des agents d'al Qaida. Ils se fixent alors des objectifs d'envergure internationale consistant à viser des cibles occidentales et à instaurer un califat mondial. Ils diffusent ensuite une bande vidéo dans laquelle ils prêtent serment d'allégeance à Ben Laden, jurent de protéger les Musulmans et de punir les apostats, et dans laquelle des dirigeants d'al Qaida lancent un appel au jihad. La sélection ne semble pas être très draconienne: al Qaida n'a jamais refusé la candidature d'un groupe rebelle.

Les médias, citant les sources officielles, parlent de «liens» entre al Qaida et des groupes qui n'en sont pas officiellement membres. Certains de ces groupes peuvent accueillir des agents entraînés par al Qaida (bien que ceux-ci, avec la fermeture de la plupart des camps d'entraînement en Afghanistan, soient une espèce en voie de disparition) ou avoir reçu une aide financière, stratégique ou technique d'al Qaida pour tel ou tel attentat ourdi localement.

D'autres sont des groupes qui partagent l'idéologie d'al Qaida et s'en déclarent membres sans avoir aucun «lien» avec elle. D'autres enfin, se voient attribuer des «liens» avec al Qaida par la police sur la seule base de similitudes dans les moyens d'actions. (Tout groupe qui planifie des attentats-suicides contre des objectifs occidentaux a toutes les chances de se voir attribué des «liens avec al Qaida», alors même qu'il n'existe aucune preuve de contacts ou d'une quelconque coordination.)

La fermeture des camps d'entraînement, le tarissement des sources de financement et la perte de prestige d'al Qaida dans le monde musulman lui-même semble avoir sensiblement réduit l'attrait pour la «marque» al Qaida. Au début juillet, le «Groupe combattant islamique libyen» a ainsi été la première organisation à reprendre son serment d'allégeance, deux ans après l'avoir prêté. En 2006 déjà, al Qaida en Irak avait pris le nom d'«Etat Islamique d'Irak», en partie pour faire oublier ses «liens» internationaux et attirer davantage d'Irakiens.

Brian Palmer

Traduit par Francis Simon

Image de Une: une vidéo d'Oussama ben Laden  Reuters

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