Sports

Marathon de Paris: pourquoi personne ne connaît le record du monde?

Camille Belsoeur, mis à jour le 06.04.2014 à 8 h 50

Parce qu’il change souvent, mais pas que...

Le 34e marathon de Paris le 11 avril 2010, REUTERS/Benoit Tessier

Le 34e marathon de Paris le 11 avril 2010, REUTERS/Benoit Tessier

À coup sûr parmi les quelque 50.000 participants – un record - au départ du marathon de Paris dimanche matin, peu de coureurs seront capables de répondre à la double question suivante: «qui est le détenteur du record mondial du marathon et en quel temps?». Réponse: le Kényan Wilson Kipsang en 2 heures 03 minutes 23 secondes. Si vous patientez sur la ligne de départ sur les Champs-Elysées en attendant le coup de canon, interrogez votre voisin. Vous verrez.

La première explication à cette énigme sportive est simple. La grande majorité des runners court le marathon en mode «loisir», même s'il ne s'agit pas d'une promenade de santé.

Mais si tout le monde à un œil rivé sur son chronomètre, et si les 42.195 kilomètres de bitume exigent des mois d’entraînement et de sacrifice, peu de participants s’intéressent au résultat de la course élite qui se déroule le même jour. Et encore moins de monde suit les performances des meilleurs athlètes kényans ou éthiopiens (qui trustent l'écrasante majorité des meilleures performances mondiales chaque année) tout au long de la saison des marathons.

40 records en un siècle

Mais il y a peut-être une autre raison au manque de visibilité du record mondial du marathon. Il change de mains (ou plutôt de pieds) très souvent.

Depuis le premier marathon de l’ère moderne lors des Jeux olympiques de 1896  – personne ne connaît en effet le temps de Phidippidès, le messager grec qui parcouru la distance mythique entre les villes de Marathon et Athènes en 490 avant Jésus-Christ – le record du monde de l’épreuve a été battu à 40 reprises dans la catégorie homme (28 fois chez les femmes). Parmi les disciplines principales de l’athlétisme masculin, seul le record du saut à la perche a changé plus de fois, comme le montre le graphique ci-dessous.

Entraînement et alimentation

Si la marque référence du marathon a été abaissée de 55 minutes depuis un petit peu plus d’un siècle, cela est principalement dû aux évolutions de l’entraînement dans cette discipline. Au milieu du XXe siècle, les entraîneurs et les athlètes ne juraient encore que par les footings de longue distance.

«Plus je cours de kilomètres, plus je suis performant», pensait-on. C’est absoluement faux dans les épreuves de fond où le travail d’allure et de vitesse, via les exercices de «fractionné» par exemple, ont été placés au centre des méthodes d’entraînement modernes.

Hors entraînement, l’approche scientifique sur l’alimentation en cours de marathon a également énormément évolué. Lors des Jeux olympiques de 1956 à Melbourne, le vainqueur français Alain Mimoun avait parcouru les 42.194 km en 2h25 sous une température de 36 degrés et sans boire une goutte d’eau. Les entraîneurs pensaient que boire de l’eau en courant était mauvais pour le corps.

Enfin, l’arrivée des coureurs d’Afrique de l’Est sur les marathons à partir des années 60, le développement exponentiel de la course à pied de compétition et sa professionnalisation, notamment au Kenya et en Ethiopie, ont tiré de manière notable les performances vers le haut.

Bientôt le seuil mythique des 2 heures?

Pour revenir au nombre de records  battus par discipline,  le marathon arrive certes loin derrière le saut à la perche (72 records battus), dont tout le monde ou presque – surtout en France – connaît le recordman du monde, Renaud Lavillenie, et sa performance, 6m16. Mais cela s’explique en grande partie par le record mythique longtemps détenu par l’Ukrainien Sergeï Bubka, avant qu’«Air Lavillenie» ne se l’approprie cette année.

Et puisque l’on parle de perche, il manque une barre (chronométrique) symbolique au record du monde de marathon pour que celui-ci ne passe sous le feux des projecteurs. Justement, le seuil des deux heures n’est plus si loin et à mesure que les prochains champions vont continuer à s’en approcher, le monde de l’athlétisme va frémir. Patience cependant.

Les meilleurs coureurs ont encore plus de trois minutes à retrancher pour basculer sous les deux heures. Et si l’on regarde dans le rétroviseur sur le graphique ci-dessous, il a fallu 15 ans pour diminuer d’autant le chronomètre entre 1998 et 2013. À ce rythme, on pourrait donc patienter théoriquement jusqu’à 2027 pour voir un athlète boucler les 42.195 km en moins de 120 minutes.

Graph 2 Evolution du record du monde du marathon

Pour l’Américain Glenn Latimer, membre de l’organisation du Word marathon majors (qui regroupe les plus prestigieux marathons), ce fameux seuil des 120 minutes ne sera pas atteint à court terme:

«Je ne vois pas cela arriver avant très longtemps. Vous voyez ces grands athlètes de plus en plus proches des 2 heures. Ils ont une foulée magnifique jusqu’au 32 ou 35e kilomètre, et puis le corps commence à se décomposer. Maintenir le rythme est tellement dur.»

Un poil plus optimiste, l’ex-recordman du monde, l’éthiopien Haile Gebreselassie (2h03’59 à Berlin en 2008) déclarait récemment:

«Pour voir un homme sous les deux heures, il faudra attendre 20 ou 25 ans, mais cela se produira sans aucun doute.»

Pas de record à Paris

Avant que le record du marathon ne fasse vraiment parler de lui, on risque donc de patienter plusieurs années. Et si cela ce faisait demain, l’exploit n’aurait certainement pas lieu à Paris.

Le parcours n’y est pas assez «roulant», selon l’expression employée dans le jargon. C’est à Berlin qu’ont été réalisés les cinq derniers records.

Pour le défi, vous pouvez en revanche tout à fait vous attaquer au premier record du monde du marathon établit par le Grec Spyridon Louis en 1896 en 2 heures 58 minutes et 50 secondes. Même si à l’époque, ce berger athénien n’avait pas de bouteilles de boisson de l'effort à disposition sur tout le parcours.

Camille Belsoeur

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Journaliste
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