Sports

La double faute de LeBron James

Josh Levin, mis à jour le 30.07.2009 à 19 h 52

Pour l'image de la star NBA, se faire dunker dessus était déjà mauvais. Essayer de supprimer les preuves était encore pire.

Sur YouTube, on trouve une vidéo du plus grand basketteur du monde se faisant humilier chez lui. Il prend cette défaite avec dignité et explique: «dans la vie, dans un match, [il arrive que] vos adversaires réussissent des dunks ou des dribles croisés». Mais les partisans de l'autre camp se moquent de lui, sous les encouragements de l'acteur Damon Wayans.

La légende du basket, c'est bien sûr Michael Jordan. Dans cette vidéo, on le voit en train de perdre en un-contre-un face à un sportif du dimanche dénommé John Rogers. (John Rogers, le fondateur d'Ariel Mutual Funds, joue régulièrement au basket avec Barack Obama.)

LeBron James a lui aussi été «ridiculisé» dans son camp d'entraînement d'été. Mais il n'a pas pris la chose avec autant d'élégance. Début juillet, la star des Cleveland Cavaliers s'est pris un dunk de Jordan Crawford, de l'Université de Xavier, à la LeBron James Skills Academy sponsorisée par Nike. Peu après, des représentants de Nike - soi-disant sur l'ordre de LeBron - ont sommé les deux caméramans qui avaient filmé le match amical de leur remettre l'enregistrement. (Les types de Nike ont prétendu qu'il était interdit de filmer cette rencontre; ce qui n'est absolument pas stipulé dans la politique du camp concernant les médias). Cependant, les apparatchiks de la marque à la virgule ont omis d'appliquer la même mesure à un Abraham Zapruder en herbe, situé à l'autre bout du terrain. TMZ s'est emparé du film amateur et, après un black-out de deux semaines, les images de LeBron ont été définitivement mises en ligne dans toute leur splendeur de film amateur mal filmé de loin. Une seconde vidéo, plus nette, a également est postée sur le site eBaum Nation. Cette fois, celui qui filme se situe juste au-dessus du panier où le dunk a été réalisé.

La tactique de LeBron James pour tenter d'étouffer l'affaire n'a fonctionné que de manière très limitée. Réaction instantanée mardi sur le Web: ce dunk était minable. Mais après deux mois de battage, comment pouvait-il en être autrement? Pour que ce mini-scandale soit à la hauteur du tapage qu'on en a fait, il aurait fallu que Crawford bondisse pour s'élever complètement au-dessus de LeBron, qu'il fracasse le panneau et que la vitre tombe au sol, empalant le Roi dans la poitrine, comme s'il était le méchant dans Ghost. En réalité, l'étudiant fait un slam-dunk avec les deux mains, tandis que LeBron tente, sans grande conviction, de le contrer. Voilà tout.

En tout cas, c'est l'impression qui s'en dégage. Le dunk en question semble décevant en partie parce que l'angle des deux prises de vue est mauvais et que les films ont été réalisés par des dilettantes. En excluant les caméramans professionnels, Nike a réussi à rendre le dunk moins appétissant. En revanche, ce qui ressort parfaitement dans ces vidéos, c'est le son. Quand Crawford s'accroche au cercle, le public exclame soudainement son épatement et sa jubilation. Finalement, c'est peut-être cette explosion sonore qui a le plus embarrassée LeBron.

Bien qu'il y ait consensus sur le fait que le dunk n'avait rien de spectaculaire, on ne peut pas dire que l'image de marque de LeBron James soit en meilleure santé aujourd'hui qu'il y a deux semaines. Très peu de temps après que James avait refusé de serrer la main de Dwight Howard au terme de la finale de la conférence Est, le fait d'avoir voulu cacher ce fameux dunk alimente une image simple et efficace du basketteur: il est très fort, mais pas du tout fair-play. Comme Michael Jordan l'avait expliqué à son camp d'entraînement, ce genre de choses peut arriver à tout le monde. Lui-même n'avait pas réussi à empêcher un dunk de John Stark. Plus récemment, le meneur All-Star Devin Harris s'est fait battre par un amateur de basket de rue britannique et Philip Rivers a perdu un concours de passes contre un lycéen dans son camp de football américain. L'homme qui aspire à être l'«icône mondiale» du basket devrait avoir l'intelligence suffisante pour se rendre compte qu'un dunk dans un match amical met en lumière l'inconnu bien plus qu'il ne nuit à la star mondiale qui n'a pas réussi à le contrer. LeBron a perdu la face pour une seule et unique raison: il n'a pas su se montrer magnanime.

Comment se fait-il qu'un des sportifs les plus attentif à son image de la planète ait réagi de façon aussi inappropriée? Peut-être ne supportait-il plus d'être un objet de risée. Une vidéo sur YouTube montre un LeBron humilié sur le terrain de basket. L'année dernière, celui qu'on surnomme «l'Elu» s'est fait massacré dans un jeu de HORSE par un artiste du «trick shot» [tir spécial], David Kalb.

 

Même l'hagiographe de LeBron James, Nike, s'est récemment amusé à ses dépens. Après l'élimination des Cavaliers dans les play-offs de cette année, les marionnettes présentes dans les pubs du fabricant de chaussure - qui, au départ, s'extasiaient avec la même ferveur au sujet de LeBron James et de Kobe Bryant - ont commencé à prendre à la légère l'absence de LeBron en finales de la NBA.

L'opération «Dissimulation de dunk» de James révèle non seulement que Bryant a fait mieux que LeBron sur le terrain, elle montre aussi que Kobe Bryant maîtrise mieux le marketing viral. (Bon, disons pour être plus précis que ce sont les représentants Nike de Kobe Bryant qui maîtrisent mieux ce domaine que ceux de LeBron James.) LeBron a fait la une de toutes les émissions sportives plus tôt dans l'année après avoir nonchalamment effectué un «swish» [panier parfait, avec seulement le bruit du filet] à la cuillère du milieu de terrain au cours d'une interview pour 60 Minutes.

Le succès de ce clip a peut-être convaincu LeBron que les vidéos font grand effet parce qu'elles montrent un joueur sous son meilleur jour. En réalité, elles ont un effet viral car on y voit des choses spectaculaires. Kobe Bryant, lui, s'en est rendu compte quand - pour créer un buzz autour de ses nouvelles chaussures - il a réalisé un vidéo-clip où il saute au-dessus d'une Aston Martin. Les gens n'ont pas regardé la vidéo parce qu'ils étaient impressionnés par sa détente. Ils l'ont regardée parce qu'ils trouvaient incroyable que Kobe Bryant puisse vraiment faire ça. (En fait, c'est une illusion d'optique.)

Avant qu'on ne juge trop sévèrement LeBron, il convient de se rappeler qu'il fait l'objet d'une évaluation constante à laquelle même Michael Jordan n'a jamais été soumis. Certes, Jordan était humble quand il perdait, mais sa défaite a eu lieu en 2003, bien avant l'existence de YouTube. (Il a fallu attendre 2008 pour que la vidéo de son match arrive sur le Web; elle a été postée par le Wall Street Journal.) Si Michael Jordan s'était dit que sa piètre performance en match amical serait vue par des millions de gens, il n'aurait peut-être pas réagi si noblement. LeBron le sait, à l'heure des Flips [caméras de poche] et des iPhones, nous sommes tous des témoins potentiels!

Josh Levin

Traduit par Micha Cziffra

(Photo: LeBron James tombe après avoir subi une faute lors d'un match de playoffs en 2009, REUTERS/Aaron Josefczyk)

Josh Levin
Josh Levin (21 articles)
Rédacteur en chef de Slate.com
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte