Hollande, la chance de la droite

François Hollande, le 2 avril 2014 à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer

François Hollande, le 2 avril 2014 à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer

De la dissolution de l'Assemblée à la démission du Président, des scénarios fous sont en train de circuler à l'UMP. Pourtant, l'un des plus grands intérêts de la droite serait de parier sur la réussite de la gauche, et de profiter ainsi des réformes menées.

«Il ne faut pas ajouter la crise à la crise.» C’est la réponse de Claude Bartolone à qui l'on demandait s’il n’y avait pas un risque de voir le nouveau gouvernement de Manuel Valls privé de majorité à l’Assemblée nationale. Le raisonnement de Claude Bartolone est simple: personne, à ses yeux, ne voudra courir le risque d’une dissolution qui signifierait pour les trois quarts des députés de gauche un retour à la case chômage.

Pourtant, le schéma d’une crise politique majeure, pour absurde qu’il puisse paraître, n’est pas à exclure.

Manuel Valls se trouve dans une situation inédite: sa majorité absolue ne tient qu’à une voix. Et ce, depuis le retrait des écologistes de la coalition gouvernementale. Ces derniers, chacun a bien pu le mesurer, sont non seulement incontrôlables mais en même temps volontiers irresponsables. L’objectif de Cécile Duflot, qui situe de fait son mouvement entre le Parti socialiste et l’extrême gauche, est de récupérer un maximum de voix au dépens du PS à l’occasion des élections européennes et ensuite, vraisemblablement, de se lancer elle-même à l’assaut de la région Ile-de-France au printemps 2015. Dans ces conditions, il n’est pas à exclure qu’elle fasse pression sur son groupe pour que celui-ci s’abstienne de voter la confiance.

La référence, dans ce type de situation –celle non plus d’une majorité absolue à l’Assemblé nationale, mais d’une majorité relative– est celle du gouvernement de Michel Rocard (1988-1991). Ce dernier avait théorisé et pratiqué l’art et la manière de construire, sur chaque sujet, un consensus. Il avait été aidé en cela par le regretté Guy Carcassonne, lequel était passé maître dans l’art de tricoter des majorités. Il avait poursuivi avec succès cet exercice pendant les trois années du gouvernement Rocard. Sans doute Manuel Valls a-t-il été formé à cette école-là, mais il lui faudra trouver l’oiseau rare.

Et ce d’autant plus que le danger peut aussi venir des rangs socialistes. 

Le confort d'être dans l'opposition

Un certain nombre des députés du PS continue en effet de fonctionner avec un logiciel inspiré de l’époque où la pensée économique dominante était celle du Parti communiste, et aujourd’hui des réseaux trotskistes. Ceux-là voudraient imposer une lecture radicale du scrutin, sur laquelle les élections municipales imposeraient, du fait de la très forte abstention à gauche, un virage très exactement à l’envers du «pacte de responsabilité» demandé par François Hollande. Il faut rappeler que ce projet a été décrit par François Hollande comme un «compromis historique» qu’il est nécessaire de passer avec le monde de l’entreprise si l’on veut que l’économie française retrouve le chemin de l’emploi.

On peut objecter que le vote des Français, qui s’est traduit par une large victoire de la droite, n’est pas une demande de «plus ou moins de gauche» mais beaucoup plus brutalement une exigence de résultats. Notamment, dans la lutte contre le chômage et le retour de la croissance.

On peut aussi être assuré qu’une politique de redistribution, quand manquent les moyens de celle-ci, aurait sans doute pour effet de plonger la France dans une situation proche de celle de la Grande-Bretagne des années 1970. Ce fut l’échec historique des travaillistes qui conduisit les Britanniques à donner les clés à une certaine Madame Thatcher.

Quant à l’argument du retour à la maison, en cas de dissolution, il peut ne pas en effrayer certains qui, comme Henri Emmanuelli, sont bien installés sur leurs terres locales. Une certaine gauche a toujours préféré le confort de l’opposition aux exigences de l’action gouvernementale.

Sans doute ce schéma n’est-il pas le plus probable... Mais la droite en discute déjà. Et, comme en 1986, date de la première cohabitation entre François Mitterrand et Jacques Chirac, il y a deux écoles. 

Dissolution? Démission? Les deux écoles à droite

Pour l’une, dans la droite ligne de ce qu’avait su imposer alors Edouard Balladur, la cohabitation est la seule issue. Dans ce cas de figure, si François Hollande devait être contraint à dissoudre l’Assemblée, faute d’une majorité pour soutenir le gouvernement Valls, la victoire de l’UMP ne fait aucun doute. Et François Hollande serait amené à désigner Jean-François Copé comme Premier ministre.

Mais une autre école existe qui développe le schéma suivant: l’Elysée serait alors à portée de main et il suffirait de contraindre le président à la démission. Comment? Très simple: aucun leader de la droite n’accepterait de gouverner. Le président serait alors conduit à nommer un nouveau Premier ministre de gauche, lequel devrait alors démissionner. Et ainsi de suite, puisqu’une nouvelle dissolution serait impossible jusqu’à ce que, de guerre lasse, le président consente à abdiquer.

Il n’est pas sûr que les Français souscriraient à un tel schéma de désordre institutionnel. Mais peut-être n’y a-t-il pas, à droite, une figure ayant l’autorité d’un Edouard Balladur pour convaincre celle-ci de la nécessité de respecter l’essence de la Ve République, c’est-à-dire la durée du mandat du président.

Le bilan de Hollande peut être meilleur que celui de Sarkozy

Aujourd’hui, tout ceci peut paraître fantaisiste, mais existe déjà dans les esprits, du moins de ceux qui spéculent sur l’impossibilité pour François Hollande de retrouver un minimum de confiance dans l’opinion.

C’est là en fait que réside la véritable chance et l’intérêt de la droite. Si l’on part de l’idée, comme semble le croire François Hollande lui-même, que la bataille de l’opinion est perdue pour lui, il faut s’en remettre à ce qu’il a programmé et qui est dans l’intérêt du pays.

Je fais le pari qu’à la fin du quinquennat, le bilan de François Hollande peut être meilleur que celui de Nicolas Sarkozy: avec des entreprises qui auront repris le chemin de la compétitivité, des dépenses publiques qui auront commencé de baisser de façon significative, une croissance qui aura retrouvé un niveau décent et un chômage qui aura commencé de reculer.

Dès lors, que rêver de mieux pour une droite qui reprendrait le pouvoir... Les réformes faites ne seraient plus à faire et celle-ci pourrait inscrire sans risque à son programme la baisse des impôts. On comprend, dans ces conditions, que l’investiture de l’UMP à l’élection présidentielle vaudra le détour.

Jean-Marie Colombani

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