Monde

Netanyahou, premier ministre à tout prix

Jacques Benillouche, mis à jour le 28.07.2009 à 14 h 47

Passif face aux colons, le chef du gouvernement se concentre sur l'Iran

La passivité de Benjamin Netanyahou devant la désobéissance des colons est déconcertante. Il n'est pas de jour sans que de jeunes adolescents, portant kippa et châles religieux, et chauffés à blanc par leurs rabbins, soient envoyés pour installer en toute illégalité des avant-postes en Cisjordanie. Sitôt détruits, ils sont immédiatement reconstruits face à une armée et une police déroutées par tant d'agressivité, qui tentent d'éviter la manière forte. Les jeunes colons narguent ouvertement un gouvernement qui ne peut intervenir sans mettre en danger sa coalition fragile, constituée avec les nationalistes de Lieberman et les orthodoxes du Shass. Et fait nouveau, ils provoquent le seul allié inconditionnel de l'Etat hébreu.

Ces activistes s'en prennent en effet directement aux Etats-Unis. Des centaines de militants d'extrême droite, rassemblés à Jérusalem lundi 27 juillet, ont protesté contre la demande des Etats-Unis de geler la construction en Cisjordanie. Ils se sont dirigés vers le consulat américain aux cris de «Obama, Mitchell, à la maison». Ils étaient accompagnés par de nombreux députés de la majorité qui, par leur présence, cautionnaient cette attaque frontale contre les Etats-Unis.

La décision de création de onze nouveaux avant-postes, prise par les leaders des activistes juifs, tend à provoquer l'allié américain qui continue pourtant à faire preuve d'une patience exemplaire. Les appels à l'action évoquent le temps du combat contre l'indépendance: «La communauté internationale ne veut pas de nous ici et nous répondons en renforçant notre lien à la terre et en érigeant de nouvelles communautés. Il y a 63 ans, un esprit pionnier est apparu et, en une nuit, 11 nouvelles localités ont été construites dans le Néguev. Ici et maintenant, en établissant de nouvelles communautés en Judée-Samarie, nous allons remettre Israël sur le chemin de l'indépendance, créer une force nationale et se lever contre la pression internationale.».

Le leader spirituel du parti Shass, le rabbin Ovadia Yossef, fustige de son côté les Américains: «il faut dénoncer les exigences américaines et rappeler que les Israéliens ne sont pas les vassaux des Américains qui n'ont pas le droit de réclamer le gel des implantations». L'installation de caravanes en Cisjordanie n'est pas du bon goût des américains, ni des européens, qui menacent le pays d'une révision de leur soutien inconditionnel. Brader l'amitié israélo-américaine pour quelques arpents de terre est de plus en plus condamné, non seulement par la gauche effritée et les centristes divisés, mais par tous ceux qui sont attachés à la préservation de la démocratie et des intérêts économiques communs.

Raser les colonies illégales

Benjamin Netanyahou n'a pas pris de position ferme contre les colons qui ne respectent pas les décisions de l'armée et du gouvernement. Son silence s'explique par ses engagements de campagne. Candidat, il avait déclaré «qu'il aurait à répondre aux besoins de la croissance naturelle de la population des implantations». Mais en fin politique, cette passivité semble être dictée par la stratégie qu'il a mise au point avec son armée. Il s'est engagé auprès des Etats-Unis à faire raser par la troupe, en une journée, la vingtaine de colonies sauvages de Cisjordanie, en échange d'une liberté totale pour étendre les colonies existantes. C'est le seul compromis acceptable qu'il pouvait proposer à sa coalition.

Mais les colons ne sont pas prêts à se laisser surprendre car ils bénéficient, sinon d'une solidarité, au moins d'une indulgence de la part de la population religieuse et nationaliste. Cette attitude va jusqu'à justifier des excès qui vont du simple sabotage, à l'atteinte à la nature et à la destruction des outils de vie et de subsistance. Parce que la police avait reçu l'ordre de forcer l'évacuation de trois postes illégaux, les réfractaires n'ont rien trouvé pour se défendre que de brûler et déraciner des centaines d'oliviers appartenant à des arabes habitant près de Naplouse.

Tsipi Livni, arrivée en tête des élections avec son parti Kadima, avait anticipé ce genre de situation bloquée. Pour cette raison, elle avait refusé de former une équipe incluant les religieux et leurs alliés qui, forts de leur statut de partis charnières, usent de surenchère sans se soucier de l'intérêt général du pays. Leurs exigences ne cadrent pas avec leur poids politique réel, seize députés à peine aux revendications sectorielles pour ne pas dire religieuses. Leur programme politique met l'accent sur l'octroi de fonds publics pour faire vivre leurs écoles talmudiques, sur l'installation dans des zones inhabitées de Cisjordanie de familles immigrées prises en charge financièrement et sur l'aide aux jeunes qui étudient les textes sacrés à longueur de journée, loin de la réalité du pays et du modernisme. Nombreux sont ceux qui trouvent dans ces écoles un refuge pour échapper au service militaire national. Alors, les plus courageux ou les plus dociles sont envoyés par leurs leaders pour construire en quelques heures quelques cabanes dans des zones que ni le gouvernement et ni l'armée n'ont choisies, n'hésitant pas à affronter les forces de l'ordre et, acte inconcevable jusqu'alors, l'armée de conscrits.

Ouverture politique

Netanyahou, prêt à gouverner à tout prix, n'exprime pas les mêmes réserves que Tsipi Livni. Pourtant, s'il a accepté de pactiser avec ces alliés instables qui monnayent leur participation au prix fort et qui quitteront au pied levé la coalition lorsqu'une simple subvention leur sera refusée, le Premier ministre est convaincu que ce gouvernement a une durée de vie limitée. Il ne perd pas en effet l'espoir de faire venir quelques réfractaires de Kadima conduits par l'ancien ministre de la défense Chaoul Mofaz, quitte à modifier à son profit le règlement intérieur de la Knesset. Il craint en effet une guerre civile avec les colons comme elle avait été redoutée en 2005 à l'occasion du désengagement de Gaza. Le gouvernement d'Ariel Sharon avait pris à l'époque des mesures préventives. Cette guerre n'a finalement pas eu lieu, fort heureusement. Mais la Cisjordanie n'est pas Gaza et les activistes sont fermement décidés à ne pas reculer si d'aventure on les obligeait à renoncer à leurs colonies.

Ce risque non exagéré confine Netanyahou dans une position d'hésitation, qui laisse penser que la situation intérieure ne le passionne plus. Ses préoccupations se reportent sur l'Iran. Même le sort de l'économie, qu'il a rétablie en 2002, le laisse indifférent. Alors que la situation économique en Israël inquiète les experts, que les chiffres de la croissance qui flirtaient avec les 6% frôlent le zéro absolu, que l'indice du chômage s'élève de 4% à 10%, que les immigrants réintègrent leur pays d'origine par manque de travail, l'économie est exclue du débat et des projets politiques des partis.

Le poids des colons, soutenus par les religieux en embuscade, mine la situation politique en Israël et hypothèque l'avenir des relations internationales. Le Premier ministre attend donc des Etats-Unis et de l'Europe qu'ils minimisent leurs pressions pour lui laisser le temps de régler le problème crucial des implantations dans le cadre d'une solution pacifique. Mais pour mener à bien sa mission, il a besoin d'un gouvernement fort, non soumis aux diktats des extrêmes, qui ne pourra être conçu qu'avec l'apport des centristes de Tsipi Livni. Chaoul Mofaz semble être désigné pour être le catalyseur de ce regroupement qui, seul, pourra s'opposer à la dérive des acharnés des implantations illégales et des réfractaires à l'évacuation des colonies décidée démocratiquement par le gouvernement.

Jacques Benillouche

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Image de une: Reuters, Gil Cohen Magen; Colon juif priant en Cisjordanie, Juillet 2009

Jacques Benillouche
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Journaliste
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