Culture

«Cette faille que j'ai, je l'aime bien»: entretien tablette avec Christophe

Eric Nahon, mis à jour le 07.04.2014 à 7 h 08

À l'occasion de la sortie de son nouvel album, «Intime», nous avons soumis l'auteur d'«Aline» au jeu de notre entretien tablette, où les questions sont remplacées par des vidéos, images, photos...

C' est l’histoire d’un mec dont on croyait qu'il ne regardait jamais en arrière. On attendait un album électro, dans la lignée des trip-hop Comm’si la Terre penchait et Aimer ce que nous sommes: c’est finalement un disque «seul en scène» et sans inédit, Intime, comme son titre l'indique, qui vient de sortir fin mars.

Si Christophe est un génie mélodique, on ne peut pourtant pas dire qu’il soit un virtuose côté instrument. A bientôt 69 ans, l’homme derrière Aline et Les mots bleus s’essaye ici au piano solo ou à la guitare nue, quand il ne se drape pas dans une nappe de synthé.

Retour en arrière? Laisser-aller propre aux «vedettes» de la chanson française? Pas vraiment.

On a souvent qualifié Christophe de perfectionniste. Avec Intime, il revendique au contraire ses failles, sa recherche d’originalité et de différence. Ce disque est une étape avant un album en cours de construction depuis 2012. Et comme pour toute construction, il y a des délais… 

Christophe nous reçoit chez lui, dans son salon transformé en home studio. On s’assoit en faisant attention aux guitares, aux câbles et aux juke-box. Un piano trône et fait désormais jeu égal avec les synthés et la console de mixage qui remplace les habituelles tables basses.

On s’attendait à ce que Christophe, amateurs de vieux films, nous parle du Faucon maltais ou de films noirs... Il nous branche sur Steve McQueen et Michael Fassbinder, rebondit sur Stromae avant de déclarer sa passion pour Nine Inch Nails. Jamais lassé, jamais chiqué, le chanteur se livre au jeu de notre entretien tablette, où les questions sont remplacées par des vidéos, images, photos, dessins ou citations.

 «J’attendais que la technologie évolue pour enregistrer la musique et les sons que j’avais en tête», expliquait Christophe dans Longueur d’ondes en 2008. A-t-il cherché le paradoxe avec cet album «intime» revisitant ses anciens morceaux?

Ce n’est pas ça du tout. Je ne revisite rien. Je ne suis pas dans le passé. Jamais.

J’ai simplement décidé de comprendre et de dompter cet instrument qui s’appelle le piano. En 2008, je me retrouve devant un morceau que j’ai écrit mais que je ne sais pas jouer au piano. En 2009, j’étais en tournée et c’était toujours Pascal Charpentier qui jouait… Moi, j’en étais incapable. Alors, j’ai pris des cours. J’ai voulu passer cet obstacle.

Il n’est pas question de revisiter ou quoi que ce soit. Tout le reste en découle. Tout vient d’un piano qui m’a conquis. Je ne connaissais pas la musique, en fait.

Je ne faisais que des synthétiseurs et c’est une autre approche… Avec un synthé, on fait sa «couleur» sonore à partir d’une palette. Ça n’a finalement rien à voir avec le piano.

A 69 ans, Christophe s'est décidé à apprendre le piano «pour de vrai». Mais sa méthode reste à l'image de sa musique: assez peu conventionnelle.

C’est l’instrument le plus difficile. J’en avais besoin pour travailler sur mon prochain album. Alors, j’ai essayé de l’apprendre avec une coach.

Aujourd’hui, je ne regarde plus un piano de la même manière. Il a pris une autre dimension pour moi. Il s’est ouvert.

J’ai passé une semaine à apprendre ce qu’est un fa dièse ou un la bémol. Après, jouer une partition de Comm’si la terre penchait, Comme un interdit ou Aline, c’est une autre histoire. Je peux mettre trois mois à essayer d’acquérir des automatismes… mais je n’ai pas de main gauche! Le piano ça s’apprend normalement à sept ou huit ans… pas au mien.

Il m’a fallu un peu de temps pour avoir une note dans la tête et pouvoir appuyer sur la bonne touche. Le piano, c’est un étalon noir très difficile à dompter.

Il y a trois ans, Christophe n'aurait jamais pu interpréter Les mots bleus seul en scène. Aujourd'hui, c'est son blues. Chaque interprétation devient unique, comme ce soir de 2013 au théâtre Marigny.

J’apprends de manière différente. Je travaille le piano dans mon lit. Je révise les accords dans ma tête.

Et parfois, je me lève et je joue ce qui me vient. Des chansons des années 1970, comme Main dans la main. Mais j’entends d’autres couleurs. C’est mon blues.

C’est comme quand je chante Aline ou Les mots bleus. Les versions varient en fonction de mon humeur. Il n’y en a pas deux pareilles.

Je sais que je ne pourrais jamais faire du boogie au piano mais je suis libre, je peux être désormais seul sur scène… et aller où je veux dans le monde entier.

Quand j’ai enregistré Intime, j’ai passé en revue 70 chansons et souvent, c’était la première fois que je les répétais au piano. Ce disque est un moment qui me ressemble: il y a des failles, du feeling. Ce n’est pas un moment de perfection. Je ne suis pas William Sheller… Cette faille que j’ai, je l’aime bien.

Le soir de l'interview, Christophe porte un t-shirt «NIN» sous son élégante veste. Il s'avoue fasciné par Trent Reznor de Nine Inch Nails.

Mes idoles sont toujours des gens performants et des instrumentistes de talent. Trent Reznor est mon idole du moment. Comme j’ai eu Lou Reed ou Alan Vega à une époque. Comme Thom Yorke.

Tout à coup, Trent Reznor est aujourd’hui le reflet de ma pensée. Quand il touche à quelque chose, c’est un génie.

Sa manière de faire des morceaux ressemble complétement à ce que j’ai dans la tête. Avant, j’avais en tête des nappes de synthés, aujourd’hui, je trouve que ça manque d’originalité, de renouvellement.

C’est de plus en plus difficile de créer. C’est pour ça que je pense énormément à mon prochain album, qui sortira certainement en janvier 2015. J’adore être dedans, j’adore en parler.

Ça fera presque cinq ans que je suis dessus. Il est bien abouti. Je vous préviens: ce ne sera pas un album formaté…

Je travaille avec The Irrepressibles et avec Clément Ducol, un multi-instrumentiste génial.  Nous travaillons des couleurs de cordes particulières… On travaille chaque élément et on y met une couleur par élément. Pas une couleur pour le quatuor. C’est ma route d’autodidacte.

Christophe aime se fier au hasard et enregistrer des sons de la vie quotidienne, comme ici à Tanger. Attendez-vous à entendre ce son sur son prochain disque.

C’est un vendeur de rue à Tanger. Je cherche de la musicalité dans la vie de tous les jours. Dès que je peux, j’enregistre des sons sur mon téléphone.

J’en ai plein: mes premiers travaux sur le Oud ou bien des essais au piano, comme ici sur Ces petits luxes, qui prennent une autre couleur. C’est encore différent de la version «intime» que je joue au synthé.

Ma façon de jouer est devenue intime. Ce mot me va bien, finalement. Je n’arrête pas de le dire alors que je n’aimais pas ce mot au départ pour le titre de mon album… C’est pudique.

Sur Intime, Christophe reprend un classique de la chanson française: La Non-Demande en mariage de Brassens.

J’écoute plutôt des musiques anglo-saxonnes. J’ai toujours écouté des anglo-saxons.

Cette reprise, c’est un incident. J’ai toujours été allergique à ceux qui ont repris Brassens. Je n’avais pas envie de le faire.

Mais un jour en répétition, je me suis mis à la jouer à la guitare. Les accords passaient tout seuls, la voix passait bien. Alors je me suis dit: tiens, ce soir, je vais me la faire. C’est juste un incident. Il n’y avait rien de prémédité.

On me dit que c’est épuré. Mais moi, j’ai fait comme j’ai pu…

Tiens, et sinon… Qui voilà, à 2’47''?

J’ai fait ça uniquement pour faire plaisir à Coluche. C’est le seul truc que j’ai fait.

J'avais une sympathie particulière pour ce mec. On s'aimait bien. Son juke-box est toujours chez moi. C'est lui qui a écrit tous les noms des morceaux dessus. Je n'ai rien changé. Plus qu'une pièce de collection, c'est pour moi une pièce de bonheur.

Sinon, à chaque fois qu’on me demande quelque chose comme ça, je refuse. Je préfère faire mes choses… ma musique.

Propos recueillis par Eric Nahon

Christophe, Intime (Capitol/Warner)

Eric Nahon
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