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«Hollande démission»? C'est lui-même qui le dit!

Francois Hollande lors de la réception de la présidente de la République centrafricaine, le 1er avril 2014 à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer

Francois Hollande lors de la réception de la présidente de la République centrafricaine, le 1er avril 2014 à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer

Dans un livre publié en 2006, François Hollande défend le principe d'une «vérification démocratique» à mi-mandat, qui pourrait éventuellement prendre la forme d'un retour devant les citoyens. On y est.

«Hollande démission» est devenu le cri de ralliement de l'opposition de rue au chef de l'Etat. La formule a souvent été moquée, pourtant le François Hollande de 2006 ne pourrait que l'assumer.

C'est un petit extrait de Devoirs de vérité, un livre d'entretien avec Edwy Plenel en 2006, alors directeur de la rédaction du Monde, qui a ressurgi ces derniers jours sur Internet, chez les guerilleros anti-Hollande.

La source n'est que secondaire (un livre d'André Bercoff) et pas forcément des plus impartiales. Il faut replonger dans le livre de François Hollande.

Une «vérification démocratique» bien floue

Celui qui était alors premier secrétaire du Parti socialiste, postulant légitime pour la présidentielle 2007, donne sa vision de la pratique du pouvoir:

«Je ne crois plus à la possibilité de venir au pouvoir sur un programme pour cinq ans dont il y aurait rien à changer au cours de la mandature. Je pense qu'il y a forcément un exercice de vérification démocratique au milieu de la législature. La réalité change trop vite, les circonstances provoquent des accélérations ou, à l'inverse, des retards, des obstacles surgissent, des événements surviennent [...] Le devoir de vérité, c'est d'être capable de dire: "Nous revenons devant la majorité, peut-être même devant le corps électoral afin de retrouver un rapport de confiance".»

François Hollande n'est pas très clair sur la forme que peut prendre cette «vérification démocratique», qu'il a esquissée quelques pages plus tôt:

«Elle exige une vérification démocratique après une délibération collective –d'abord au Parlement, ensuite avec les partenaires sociaux et éventuellement devant les citoyens– de façon à assurer le respect du changement et celui de l'objectif.»

L'exemple de De Gaulle

Si l'on comprend bien, la «vérification démocratique» pourrait prendre la forme traditionnelle du vote de confiance devant le Parlement que François Hollande a programmé pour mai-juin sur la question du pacte de responsabilité. 

Deuxième étape de cette «délibération collective» de mi-mandat, le passage devant les partenaires sociaux, ce qui ne correspond à rien dans la Constitution. 

Enfin, troisième étape, «éventuellement» un retour devant les citoyens. François Hollande ne précise pas dans quelles conditions, mais évoque l'exemple de Charles de Gaulle, qui avait senti, selon lui, le problème de l'impunité constitutionnelle conférée au Président:

«De Gaulle en avait eu l'intituition, contrebalançant ce risque d'une irresponsabilité au sommet par une pratique plébiscitaire du suffrage. Il a ainsi régulièrement remis son mandat en jeu. Puisque le président de la République était élu pour sept ans, il fallait qu'il puisse à tout moment être capable de le légitimer ou de l'abréger dans un rapport fréquent au peuple. C'est d'ailleurs ce qu'il fit en 1969, après l'échec du référendum sur la régionalisation.»

La logique serait donc que Hollande, ayant obtenu le soutien des parlementaires, mette ensuite «son mandat en jeu» avec un référendum sur le pacte de responsabilité, dont il tirerait les conséquences en cas de défaite. L'issue du scrutin faisant peu de doute, cela reviendrait à endosser lui-même le slogan «Hollande démission!».

La démission

Un peu plus tard dans le livre, il revient sur cette «vérification démocratique» et évoque franchement la question de la démission du Président:

«[...] Si, d'aventure, à l'occasion de la vérification démocratique que j'évoquais, une crise profonde se produisait ou des élections législatives intervenaient, contredisant l'élection présidentielle, nous en tirerions toutes les conséquences en quittant la présidence.»

L'audace de François Hollande se heurte à sa fébrilité institutionnelle. Sans changer la Constitution, comment changer les pratiques? C'est ce que relève Edwy Plenel dans cet entretien:

«Vous faites le pari que, demain, un président de gauche saura renoncer au pouvoir avant terme en cas de crise de confiance avec le pays. Reconnaissez que c'est une garantie démocratique bien fragile!»

Bien vu. Sanctionné violemment dans les urnes aux municipales, François Hollande n'a pas renoncé au pouvoir, ni même annoncé un référendum pour valider son orientation politique. Il a fait comme d'habitude: un remaniement ministériel, faisant porter la charge de la défaite sur le seul Jean-Marc Ayrault.

Mitterrand de retour devant le peuple en 1983?

Toujours aussi fin observateur de la vie politique, François Hollande commente dans son livre le premier mandat de François Mitterrand:

«[...] Ce qui porte encore à discussion et qui, dès 1982-1983, a posé problème, c'est lorsque le réel vient faire obstruction. Quand il surgit comme une impossibilité d'aller plus loin. La gauche d'alors a dit: "Voilà, il faut décréter la pause, faire la parenthèse, on y reviendra plus tard, levons le pied”. Une autre option était possible, facile à évoquer aujourd'hui, mais qui eût consisté à admettre: "Finalement, expérience faite, nous avons à revisiter nos engagements et à repasser un pacte avec le pays". Ne pas avoir fait ce choix a longtemps coûté à la gauche et lui coûte sûrement encore aujourd'hui.»
On peut trouver de troublantes correspondances entre le Mitterrand de 1983 et le Hollande de 2014, le «tournant social-démocrate» du Président actuel répondant au «tournant de la rigueur» de Mitterrand. Le livre de 2006 de François Hollande signe en creux le plus cruel réquisitoire contre son propre mandat.

Vincent Glad

Bonus: Les militants de la Manif pour tous dégusteront ce passage du livre: 

«A sa manière, le mouvement social nous indique la voie du ressaisissement. L'appel au dialogue, le souci de l'intérêt général, la recherche rapide de l'issue sont de son côté. [...] Ceux qui arpentent, cortège après cortège, les rues des villes de France se révèlent plus conscients de la réalité que ceux qui prétendent la connaître sans l'avoir jamais rencontrée.»

 

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