Manuel Valls, chef d'un gouvernement de combat contre le Parti socialiste

Manuel Valls, février 2014. REUTERS/Benoit Tessier

Manuel Valls, février 2014. REUTERS/Benoit Tessier

Il va falloir que François Hollande arrête de vouloir ménager les chèvres et les choux. Mais, si cet écueil est évité, si Hollande et Valls sont parfaitement d’accord sur la compétitivité et la rigueur, le couple peut prendre une posture de «vérité» et tenir un discours d’efforts aux Français.

Première priorité, redresser les finances de la France. Deuxième priorité, soutenir la compétitivité du pays. Quand on relit les déclarations de Manuel Valls en 2012, lors de la primaire socialiste, on ne peut qu’être frappé de leur «actualité» aujourd’hui: ce sont là les deux axes de la politique économique de François Hollande depuis janvier. Manuel Valls à Matignon devrait se couler facilement dans ce moule de «la politique de l’offre»: c’était la sienne. Mais Manuel Valls sur cette ligne n’avait récolté que 5,63% des voix... C’est dire l’ampleur de ses difficultés à venir avec le PS.

L’autre déclaration qui fait un écho singulier deux ans après cette primaire, est celle de la «vérité».

Manuel Valls estimait que la France était en crise économique, mais aussi en crise «politique et morale» du fait des promesses non tenues des responsables politiques... Promesses non tenues? François Hollande avait été, certes, prudent lors de la campagne présidentielle, il avait bien dit qu’une phase d’efforts devait précéder une phase de redistribution.

Mais tous les autres ténors du PS, à l’image des militants, pensaient et disaient qu’on pouvait esquiver ces efforts, au moins les reporter, qu'il suffisait de prendre aux riches et aux banques pour donner aux pauvres... Il suffisait de laisser filer le déficit et d’aller mener la «guerre» contre les partisans de l’austérité à Bruxelles. Le PS a fait croire que l’effort était évitable.  

Dix-huit mois plus tard, François Hollande s’est mis les riches à dos et les pauvres n’en sont pas plus riches, ils viennent de le faire savoir avec rage dans les urnes.

Ah quelle erreur d’avoir choisi de hausser les impôts! Le choc fiscal vient le frapper en retour. Il faut maintenant choisir l’autre voie: réduire les dépenses publiques et promettre d’abaisser les impôts et charges. La «vérité» des malheurs de la France s’est imposée. Il  faut rétablir la compétitivité des entreprises. François Hollande s’en est convaincu en janvier, il a procédé au «virage du réalisme». 

Valls est l’homme pour incarner cette nouvelle politique. Hélas pour lui, le PS et les écologistes ne sont toujours pas convaincus par la «politique de l’offre». Ils pensent même que c’est pour l’avoir engagée que les électeurs ont fui. Ils pensent encore qu’il ne faut faire aucun «cadeau» au patronat, au contraire, il faut encore prendre dans les profits. Ils croient encore qu’économie et social s’opposent. Bref, il faut enfin mettre en œuvre une politique de «gauche»: taxer et dépenser.

Ce sera le premier problème à Matignon pour Valls: obtenir que son gouvernement puisse avancer en ayant les votes nécessaires à l’Assemblée contre l’avis de sa majorité. Faudra-t-il négocier, amender, tordre la ligne?

L’autre problème relève peut-être du détail, on le saura vite. Il naît de l’ordre des priorités. Manuel Valls posait les déficits en n°1, la compétitivité en second. La ligne actuelle du chef de l’Etat est dans l’ordre inverse. Il a déjà rajouté un «pacte de solidarité» au pacte de responsabilité, bref, il veut donner 5 ou 10 milliards au pouvoir d’achat et aux classes populaires.

Un compromis

Où trouver l’argent si ce n’est à laisser filer le déficit... Comme l’Italie de Renzi? Valls, qui voulait une «règle d’or» pour tenir les comptes publics, sera-t-il d’accord? Et conduira-t-il convaincu la dure bataille en perspective avec Bruxelles?

En réalité, un compromis est facilement trouvable: oui, il faut écouter les électeurs perdus et d’une façon ou d’une autre leur répondre. Oui, il faut croire en Keynes et ne pas trop en rajouter sur l’austérité. Il va falloir maintenant obtenir un nouveau petit délai pour revenir à 3% de déficit, ce n’est pas totalement impossible. Mais à la condition de ne pas fantasmer sur cette marge de manœuvre. Le PS rêve encore dans sa majorité que l’Europe doit obéir à la France et remiser l’idiote rigueur: discours utopique et  mauvais.

Le retour à l’équilibre est la condition pour que nos voisins nous prennent enfin au sérieux, pour que les Allemands n’aient pas envie d’en finir avec l’euro. La condition aussi pour que l’Etat se remette en cause, qu’il abandonne la facilité du toujours plus, qu’il passe en revue sans concession ses dépenses et élimine les milliards perdus en doublons et gabegies.

La rigueur est bonne aussi pour la compétitivité: la France doit, au plus vite, réduire les prélèvements de façon massive (dix points de PIB) pour redonner de l’oxygène aux ménages et aux entreprises. Bref, la rigueur n’est pas un pensum, une mauvaise passe, elle est le moyen pour réussir durablement.

Le chef de l’Etat en apparaît convaincu. Mais l’est-il vraiment? S’il vient en permanence faire des cadeaux à ses ministres dans le dos du Premier ministre, s’il reste l’arbitre, le recours en dernier ressort pour des ministres à la peine dans la coupe de leurs budgets, s’il veut à nouveau faire la synthèse entre les chèvres et les choux, alors la tâche s’annonce très difficile pour son nouveau Premier ministre.

Question de forme: quel est celui des deux qui tient les rênes du pouvoir? Mais question de fond aussi: Valls est visiblement plus rigoriste que le chef de l’Etat toujours prêt «au dialogue». Imaginez si le gouvernement comprend les écologistes, Ségolène Royal et Arnaud Montebourg: l’affaire du Premier ministre serait durement engagée dès le départ.

Mais si ce détail est évité, si Hollande et Valls sont parfaitement d’accord sur la compétitivité et la rigueur, le couple peut prendre une posture de «vérité» et tenir un discours d’efforts aux Français. Il faudra, à l’image de Pierre Mendes-France auquel se réfère Manuel Valls, expliquer, expliquer, expliquer, qu’il n’y a pas le choix, que la gauche de la gauche et la gauche du PS racontent des sornettes, que la France verra ses efforts payer, que la véritable justice sociale viendra du retour de la croissance. Est-ce encore crédible?

Eric Le Boucher

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