L'après-Hadopi: le juste prix de la création

Authueil, mis à jour le 27.07.2009 à 18 h 44

Une «paix des braves» est possible entre FAI et ayant-droits.

Il est évident que les lois Hadopi n'arriveront pas à atteindre leur objectif qui est de supprimer ou de réduire le téléchargement illégal de musique et de films sur Internet. Tout le monde (ministre, parlementaire, industries culturelles) est maintenant dans l'après Hadopi. Après l'état des lieux pour les industries culturelles et l'état des lieux pour les usagers, l'épineuse question du partage du gâteau.

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La véritable question qui doit maintenant émerger est celle de la valeur créée sur internet, par le biais de la propriété intellectuelle et de son partage.

Le contenu des droits

Le premier sujet est de savoir jusqu'où peut aller le droit de la propriété intellectuelle sur internet. Le rêve des ayant-droits, c'est le fichier qui s'auto-détruit après usage, et qu'il faut sans cesse racheter. C'est bien entendu inacceptable pour les usagers, d'autant plus que les fichiers numériques étant des biens non rivaux qui ne coûtent rien à reproduire, la marge ainsi dégagée est proprement indécente.

Il ne faut pour autant pas tomber dans l'excès inverse, en posant comme principe que puisque cela ne coûte rien ou presque, cela doit être gratuit ou presque. Cette position est intenable car elle fait l'impasse sur le coût de la création première. Un texte, une image, une vidéo ont été créés, et cela a un coût. Les entreprises spécialisées dans ce secteur doivent équilibrer leurs comptes, car pour dix produits, un seul peut-être connaitra le succès.

Je reviens une nouvelle fois sur une conviction forte: les contenus de qualités sont, dans leur immense majorité, produits par des professionnels. Le «contenu généré par l'utilisateur» ne vaut pas tripette, à quelques rares exceptions près. Si on veut avoir quelque chose à mettre dans les tuyaux, il faut payer. Et in fine, c'est toujours le consommateur qui paie, soit directement, soit sous forme mutualisée.

Les négociations sur le «juste prix» ont déjà commencé et ne seront jamais achevées, car tout équilibre est forcement précaire. Mais les clients ont, pour une fois, une arme redoutable: la possibilité de s'approvisionner sur les marchés parallèles si l'offre «officielle» ne correspond pas à leurs attentes. On s'étonne de l'ampleur du piratage, mais c'est la première fois que c'est possible. Qui nous dit que si cela avait été aussi facile avant, du temps des CD et des cassettes, il n'y aurait pas eu piratage massif?

La répartition de la manne

C'est la deuxième question: comment répartir la valeur ajoutée entre les différents intervenants. La question semble ne pas intéresser directement l'usager, et pourtant, elle ne devrait pas lui être indifférente.

Le grand duel qui se déroulait sur Hadopi 1, c'est la bataille entre les industries du divertissements, fournisseurs de contenus et les industries des télécoms, qui tiennent les tuyaux. L'industrie du contenu considère que l'intégralité de la valeur ajoutée lui revient, car c'est elle qui fournit le contenu sans lequel les tuyaux ne sont rien. C'est une position que l'on peut comprendre. En même temps, les industries des télécoms considèrent que pour générer de la valeur, les contenus doivent transiter par leurs tuyaux.

Cela a entrainé un partage - sauvage - de la valeur. Les industries des télécoms ont sciemment organisé les conditions techniques d'un piratage de masse, avec des offres surdimensionnées pour les besoins d'un ménage, en prenant leur part via le prix de l'abonnement.

Dans les mois et années qui viennent, la situation devrait se normaliser. Les deux parties y ont intérêt. Pour les industries des télécoms, le marché du haut débit est installé, ils n'ont plus besoin de ce produit d'appel «piratage», pour placer leurs abonnements. Les industries de contenu ont vu les dégâts, ont vu avec l'échec d'Hadopi qu'il n'est pas possible de colmater la brèche par la voie de la repression. Une «paix des braves» est alors possible, à condition de se mettre d'accord sur le partage de la valeur, ce qui n'est pas évident.

Il faudra que l'internaute suive cela de très près, car si un tel accord est passé, ce sera forcement sur son dos...

Authueil

Image de une: CC Flickr Ferrari + caballos + fuerza = cerebro Humano

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