Culture

«Dopage»

Marc Ménonville, mis à jour le 30.07.2009 à 9 h 31

A quoi se dopent les hommes politiques?

La question est sur toutes les lèvres: est-il dopé?

Qui cela? Alberto Contador? L'un ou l'autre des frères Schleck? Lance Armstrong? Non, vous n'y êtes pas. Il s'agit de savoir si Silvio Berlusconi a recours au dopage. Car rien ne permet de penser que le président du Conseil italien puisse accomplir «à l'eau claire» sa série de performances époustouflantes.

Voilà  un homme qui arrive aux approches du troisième âge (s'il ne l'a pas déjà atteint), qui est à la tête de l'un des grands pays du monde, qui n'a pas cessé pour autant de régenter son empire industriel, qui sacrifie le samedi au football et le dimanche matin à l'Église, et qui tient pourtant à consacrer ses moments de loisir à de très jeunes femmes. Nous le savons: la jeunesse, en tous domaines, a des exigences que les chenus peinent à satisfaire.

Si la maturité monopolise le pouvoir, pouvoir ne signifie pas puissance. Un vieux sage de notre connaissance prétendait même, en expert, que le pouvoir, aussi érotique soit-il, aux yeux de ceux qui l'exercent comme au regard des citoyen(ne)s lambda, n'est pas sans rapport avec l'impuissance. Nous soupçonnons donc Sua Emittenza d'en appeler à des adjuvants — et pas seulement à la vitamine C, ni à l'équivalent transalpin du steak tartare — pour honorer ses belles amies dûment et congrûment.

Après tout, ses journées, comme les nôtres, ne comportent que vingt-quatre heures. Quelle énergie ne lui faut-il pas pour assumer son emploi du temps quotidien! Autant qu'au maillot jaune pour franchir le Galibier après l'Izoard (ou l'Aubisque après le Tourmalet, pour ceux qui préfèrent les Pyrénées).

Alors, du Viagra? La cantharide de nos aïeux?Du pot belge? Des nitrites d'amyle des seventies — le poppers, si utile aux personnages des romans d'Harold Robbins? Des dragées Herkul de nos pères? Des séjours de réjuvénation dans une clinique du canton de Vaud? De l'atropine (qui, semble-t-il, fut fatale à Félix Faure, dont il fallut, selon une anecdote dont on ne se lasse pas, exfiltrer la connaissance, la célèbre Meg Stenheil, par la porte de derrière)? Les paris sont ouverts. Nul doute qu'après enquête, nos confrères de la Botte vont répondre à nos interrogations sous peu.

Mais il serait aussi inéquitable de céder au goût du pittoresque et de stigmatiser le seul Silvio Berlusconi pour l'utilisation du dopage que l'ensemble de l'Islam pour les porteuses de burka. Sur la planète entière, on doit l'admettre, les hommes politiques — et, en l'occurrence, les femmes politiques également — se dopent à qui mieux mieux.

Laissons ici le dopage aux fortifiants et analeptiques, indispensable puisque, on ne le dira jamais assez, ces messieurs et dames mènent des existences de dément(e)s — outre, dans la majorité des cas, des vies affectives et sexuelles bien remplies. Il faudrait des organismes de géant(e)s et des psychismes d'héro(ïne)s pour résister, sans le renfort de substances diverses, à un tourbillon de voyages, de séances, de conseils, de commissions et comités, de banquets, de cérémonies, de réunions, d'inaugurations et on en passe — sans oublier, de ci de là, le travail sur les dossiers, les colloques avec les proches collaborateurs et les confidences à la Presse.

Pour nous en tenir à la France, constatons, sans commentaires, que Nicolas Sarkozy se dope aux réformes (au point de conduire son organisme au malaise vagal). François Fillon puise sa force dans l'ingestion de couleuvres. Ségolène Royal revigore son désir d'avenir à la fraternité participative et Martine Aubry son autorité aux remontrances à tout va(lls). Gageons que François Hollande et Jean-François Copé, en embuscade tous deux, ne chipotent pas sur la bœuf de Salers et le brie de Meaux: rien de tel que l'enracinement dans le local pour étayer l'ambition nationale. Le dopage de Marie-George Buffet: Marx. Celui d'Olivier Besancenot: le Che. François Bayrou? La démesure.

Et l'auteur? Il se dope à l'ironie et aux mots.

Marc Menonville

Image de une: Reuters; drogues utilisées pour le dopage, au quartier général des forces spéciales anti-doping, en Autriche.

Marc Ménonville
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