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Le pipi dans les piscines, ce n'est pas vous que ça dérange le plus

REUTERS/Lucy Nicholson

REUTERS/Lucy Nicholson

Une étude (américaine) sur les piscines (chinoises) montre que l'urine est toxique. Ne soyez pas dégoûtés, tout le monde urine. Mais ce sont les maîtres nageurs qui en récoltent les plus forts désagréments.

I don’t swim in your toilet.
Don’t pee in my pool.

(Devise d’un nageur anonyme)

Une étude américaine et chinoise nous apprend qu’uriner dans une piscine n’est pas seulement dégoûtant. C’est toxique. En se mêlant au chlore de la piscine, l'urine va dégager des trichloramines et du chlorure de cyanogène. Des substances nocives pour les poumons mais aussi le cœur et le système nerveux.

Notons au passage que si cette étude est américaine, il s’agit de piscines chinoises. La Chine, où l’on trouve aussi ce genre d’endroit pour se baigner:

Cette vidéo a énormément circulé l’été dernier lors d’une canicule dans la région du Sichuan. Cette piscine aurait accueilli 12.000 visiteurs la même journée.

Mais de toutes façons, qu’on soit Chinois, Américain ou Français, le fait même de s’immerger dans une eau dont la température est inférieure à celle du corps donne envie de faire pipi. Il y a d’ailleurs une explication scientifique à cela, le froid ressenti envoie un message à l'hypothalamus qui active les mécanisme de thermorégulation, c'est-à-dire un afflux de sang vers les organes vitaux dont les reins.

D’après une enquête personnelle menée depuis plus de 20 ans dans les piscines parisiennes (environ 800 visites), la température des bassins se situe entre 27°C et 29°C... parfois 30°C dans le bassin des petits (une légende urbaine dit que c’est à cause du pipi). Mais de toute façon, 37 degrés serait une température à la fois beaucoup trop chaude pour les nageurs et chère pour les collectivités. Nous sommes donc condamnés à avoir envie de faire pipi dans l'eau.

Les enfants sont traditionnellement perçus comme de grands pourvoyeurs de pipi. Lors de la séance hebdomadaire de natation d’une classe de 24 élèves de CP dans une piscine parisienne, nous avons pu constater que seul un d’entre eux était passé aux toilettes avant d’aller dans le bassin... On ne leur fait même plus le coup du produit qui rend l’eau rouge quand on fait pipi dedans. Il y a fort à parier qu’il y a eu des fuites.

Mais ne croyez pas que seuls les petits se lâchent. Uriner dans la piscine est un plaisir coupable auxquels certains s’adonnent, même passé 3 ans. Voici un témoignage trouvé sur l’indispensable site nageurs.com:

Rouletabille dit :

2 mars 2013 à 9 h 45 min

Force est de constater que c’est tellement BON d’uriner entre 2 séries près du mur.

Uriner dans l’eau est une sensation à part, une sorte de relaxation, ça permet de relâcher la pression et de communier avec l’élément qu’est l’eau! Et puis, par-dessus le marché, c’est presque jouissif d’uriner à l’improviste sans que personne à côté ne remarque quoi que ce soit !

Donc un conseil, évitez la ligne «nageurs rapides», les grands pourvoyeurs de pipi sont aussi, surtout, les nageurs sportifs et réguliers. Ceux qui squattent les lignes d’eau pendant une heure et demie voire deux sans sortir. Et apparemment, plus on nage, plus on pisse, parole de champion.

Voici ce que déclarait Michael Phelps il y a deux ans:

 «Je pense que nous faisons tous pipi dans la piscine. C'est quelque chose de normal pour les nageurs. Vous savez, quand on est dans l'eau pendant deux heures, on ne sort pas vraiment pour aller uriner (...). Le chlore tue tout ça, donc ce n'est pas si grave.»

Pourtant ce que soulignent des études menées sur les nageurs professionnels, c’est que c’est précisément eux dont les poumons sont touchés par des affections respiratoires liées aux chloramines.

Mais même dans un monde où tout le monde prendrait la décision vraiment sympa de se retenir, l’eau et l’air des piscines ne seraient pas pour autant aussi purs qu’on pourrait le souhaiter. A cause de la crasse. Enfin, d’un peu tout. Les résidus de peau, les cheveux, le maquillage, la transpiration... toutes ces substances réagissent aussi avec le chlore des piscines. Et même quand la purification de l'eau est assurée, comme c’est de plus en plus le cas pour les nouvelles piscines, par l'ozone, une postchloration minimale est courante.

Voici les recommandations que la ville de Paris prodigue aux nageurs:

  • ne pas faire partager aux autres ses microbes (rhumes, otites, angines, mycoses, verrues plantaires...)
  • ne pas marcher en chaussures dans les douches et sur les plages
  • porter un maillot de bain (à l’exclusion des bermudas, caleçons ..)
  • passer aux toilettes
  • prendre une douche savonnée
  • passer par le pédiluve
  • porter un bonnet
  • porter des lunettes

Une idée pour toutes les villes, pourquoi ne pas proposer des distributeurs de savon liquide dans les douches collectives? Certains établissements s’y sont mis. Cela inciterait fortement les nageurs à prendre leur douche savonnée AVANT de se baigner. Toujours selon notre enquête pratique assidue des piscines parisiennes, personne ne le fait!

D’ailleurs, c’est comme pour le pipi, les athlètes ne montrent pas l’exemple. Voici ce que déclarait Laure Manaudou à Aujourd’hui en France en août dernier:

«Honnêtement, quand on est nageur de haut niveau, qu'on se lève le matin à 6h30 pour aller se mettre à l'eau, on ne pense pas à se laver chez soi. On a juste le temps de prendre une barre de céréales pour ne pas être le ventre vide à l'entraînement.»

Dernier argument en faveur de la douche et du pipi préventif, si ne le faites pas pour vous, pensez aux maîtres-nageurs. Ils respirent un air vicié toute la journée et ne savent plus quoi faire pour se protéger, comme en témoigne l’une d’entre eux, jointe à la piscine Jean-Taris à Paris: 

«On ouvre la fenêtre dès qu’il ne fait pas trop froid et à chaque changement de public (entre les scolaires et le public donc). Mais je ne suis pas sûre que ce soit suffisant. J’ai souffert d’éruptions cutanées toute l’année dernière. Je suis obligée d’avoir un suivi médical régulier. J’ai un collègue qui a même été interdit de bassin par la médecine du travail.»

La FMNS (fédération des maîtres-nageurs sauveteurs) réclame que tous bénéficient d’un suivi spécifique de l’état de leurs bronches ainsi que l’interdiction de toutes les chutes d’eau (type cascade, toboggan) avec dégagement de gaz chlorés en piscines couvertes et surtout une ventilation minimum contrôlée des piscines couvertes.

En attendant qu’on invente le produit qui rend le pipi rouge.

Louise Tourret

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