FranceEconomie

L'énergie solaire dans l’ombre

Gilles Bridier, mis à jour le 28.07.2009 à 18 h 49

La France est en retard pour la production des énergies renouvelables non hydrauliques

Malgré le décollage du photovoltaïque, la France a encore beaucoup de retard pour que les énergies renouvelables non hydrauliques tiennent leur place dans le bouquet énergétique du futur.

«Ne boudons pas notre plaisir à constater que la France fut en 2007 le troisième contributeur à la progression des énergies renouvelables en Europe », se félicite Jean Louis Bal, directeur à l’Ademe (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) dans le rapport que vient de publier EurObserv’ER sur les énergies renouvelables en 2008. A vrai dire contrairement à une idée reçue, la France n’est pas le vilain petit canard de l’Europe que l’on dit parfois dans les énergies vertes. Grâce notamment à ses ressources en bois et en hydroélectricité, elle arrive en deuxième position derrière l’Allemagne dans l’Union européenne pour sa production d’énergies renouvelables.

Les objectifs ne seront pas tenus

Mais quand on y regarde de plus près, les objectifs fixés concernant la part de renouvelables dans la production d’électricité (21% dès 2010) ne seront atteints… qu’avec au moins trois ans de retard. La part des énergies vertes étant tombé en 2007 à 13% de la production d’électricité, d’après les statistiques de l’Institut français des énergies renouvelables (IFEN), il s’agit maintenant de remonter la pente.

Le mouvement s’est amorcé en 2008, avec 14% de la production totale… surtout grâce à l’électricité d’origine hydraulique: elle représente maintenant 88% de l’électricité d’origine renouvelable, c'est-à-dire près des 9/10 des 14% en question. Autant dire qu’il ne reste plus grand-chose pour l’éolien (8% de l’électricité verte ou 1% de la production d’électricité totale en France) et le photovoltaïque, dix fois moins développé que l’éolien, soit moins de 1% de la seule électricité d’origine renouvelable et moins d’un millième de la production totale! Autrement dit, lorsque la France déclare accélérer le développement des énergies renouvelables – suite à la réelle impulsion donnée par le Grenelle de l’Environnement – elle ne fait surtout que rattraper son retard.

En 2008, le photovoltaïque a décollé

Par exemple, la production d’électricité d’origine éolienne dans l’Hexagone est près de dix fois plus faible qu’en Allemagne, alors que la France dispose du deuxième potentiel de vent en Europe après le Royaume-Uni. Dans le photovoltaïque, la comparaison est encore plus édifiante: la puissance installée est 80 fois plus élevée en Allemagne! Et encore, un quart de cette puissance en France a-t-elle été installée durant la seule année 2007! Mais avec un ratio de puissance installée par habitant réduit à 0,77 en France contre 8,5 pour la moyenne européenne et… 46 pour l’Allemagne, le déficit est énorme. Le ministère de Jean-Louis Borloo, en charge au gouvernement de l’énergie et de l’écologie, tempère: «2008 a été marquée par un véritable décollage du solaire photovoltaïque relié au réseau», et les puissances des capteurs installés raccordés au réseau ont été multipliées par quatre en une seule année. Malgré tout, on reste loin du compte.

Traquer le CO2 par tous les bouts

Certes, les plus chauds partisans du nucléaire (comme le Comité stratégique sur le coût des énergies renouvelables animé par Valéry Giscard d’Estaing) considèrent que la France n’a aucune raison d’imiter son voisin: elle a fait le choix du nucléaire et de l’hydraulique alors que l’Allemagne a préféré le thermique et les renouvelables. Et aujourd’hui, toutes activités confondues, un Français émet 40% de CO2 de moins qu’un Allemand. La France n’aurait donc pas de leçon à recevoir. C’est oublier toutefois que les émissions de CO2 continuent d’augmenter à cause notamment des transports, et que le nucléaire qui assure plus des trois quarts de la consommation d’électricité dans l’Hexagone pose un certain nombre de problèmes, et notamment le stockage des déchets.

Par ailleurs, opposer énergies renouvelables et nucléaire n’a guère de sens: hors hydraulique, la part des renouvelables – essentiellement grâce à l’éolien dont la production a été multipliée par 6 en trois ans - est encore 90 fois moins importante que celle du nucléaire. Quant au photovoltaïque, c’est quantité négligeable. A ce stade, plutôt que d’opposer les technologies, mieux vaut se situer sur le terrain de la complémentarité à l’intérieur d’un bouquet d’énergies. Dans la perspective d’augmenter les capacités de production d’électricité non émettrices de CO2, toutes les technologies doivent être explorées et développées, et notamment les plus propres. De ce point de vue, le photovoltaïque, qui pose moins de problèmes de pollution visuelle ou sonore que l’éolien, dispose d’un énorme potentiel de croissance.

Un contexte incitatif

Des accords comme celui que vient de signer EDF Energies Nouvelles (filiale à 50% d’EDF) avec l’américain First Solar pour construire le plus grand site de fabrication de panneaux solaires en France, s’inscrivent dans cette nouvelle dynamique en faveur du photovoltaïque. Toutefois, le nerf de la guerre reste économique. Et pour inciter particuliers et entreprises à installer des panneaux solaires, EDF pratique un tarif de rachat de l’électricité «particulièrement attractif en France pour les centrales intégrées au bâti», explique EurObserv’ER., à savoir – en 2008 compte tenu des indexations et en France métropolitaine - 0,31 euro du kWh plus une prime complémentaire de 0,26 euro pour les installations intégrées au bâti, c'est-à-dire conçues dans l’architecture et non pas installées sur une structure existante. A ces 0,57 euro du kWh vient s’ajouter un crédit d’impôt de 50% sur le coût du matériel (dans le cas d’une résidence principale) et une TVA à 5,5%.

EDF et ses paradoxes

Pour EDF, c’est un coût. Et l’entreprise, maintenant responsable de ses résultats devant ses actionnaires, s’inquiète de l’ampleur prise par cette charge. Mais on comprendrait mal que l’entreprise, dont l’Etat est actionnaire à hauteur de 85%, s’inscrive à contre-courant de la politique initiée par le gouvernement. Or l’Etat français s’est engagé sur les objectifs européens pour 2020 qui prévoient 20% d’économies d’énergie en plus, 20% d’émissions de CO2 en moins et 20% de renouvelables dans le bouquet énergétique. Il serait incompréhensible pour l’opinion publique que, parallèlement aux incitations à consommer plus propre, on empêche le développement à des innovations qui servent ces objectifs. A EDF d’affûter son modèle économique en tenant compte de l’évolution des modes de consommation, des nouveaux modes de production, et des aspirations de ses clients comme de son actionnaire principal. Même s’il est vrai que, compte tenu des missions de l’entreprise, son nouveau statut a généré plus de paradoxes qu’il n’a clarifié sa situation.

Par Gilles Bridier

Photo Reuters/Kyodo Kyodo

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte