Sports

Le 28 mars 2004, l'origine du Big Bang Nadal-Federer

Yannick Cochennec, mis à jour le 28.03.2014 à 20 h 15

Il y a 10 ans, le 28 mars 2004, Roger Federer et Rafael Nadal s’affrontaient pour la toute première fois. Comment naît l’une des plus grandes rivalités du sport?

Rafael Nadal et Roger Federer à Wimbledon en 2008. L'Espagnol vient de battre le Suisse en finale. REUTERS/Alessia Pierdomenico

Rafael Nadal et Roger Federer à Wimbledon en 2008. L'Espagnol vient de battre le Suisse en finale. REUTERS/Alessia Pierdomenico

Dimanche 28 mars 2004. Les 10.000 spectateurs du tournoi de Miami, organisé sur l’île de Key Biscayne à quelques kilomètres de la grande cité floridienne, sont venus voir un seul joueur, Roger Federer, tout puissant n°1 mondial depuis le 2 février de la même année. A cette date, en effet, le Suisse a pris, pour la toute première fois, les commandes d’un circuit masculin qu’il ne va plus lâcher jusqu’au 18 août 2008, soit le total phénoménal de 237 semaines consécutives.

A 22 ans, nanti de deux titres majeurs (Wimbledon 2003, Open d’Australie 2004), Federer se retrouve ce soir-là dans la banalité d’un troisième tour d’un tournoi du circuit professionnel avec, comme menu ordinaire proposé, un jeune Espagnol de 17 ans, classé 34e dans la hiérarchie internationale, au palmarès vierge de tout titre «chez les grands».

Nadal, vainqueur de seulement deux «top 10» dans sa carrière débutante: Albert Costa et Carlos Moya.

Federer en juin 2004. REUTERS/Ian Hodgson

Mais dans la nuit de Miami, sur un central de 14.000 places qui n’affiche donc pas complet, le scénario ne se déroule pas comme attendu sous les yeux, pour l’anecdote, de l’auteur de ces lignes qui ne se souvenait absolument plus avoir vu ce match «en vrai», sur place, avant de le découvrir en se replongeant dans ses archives.

Mais au fond, comment se rappeler d’une rencontre emballée 6-3, 6-3 en une petite heure (69 minutes précisément) avec, à la fin, une statistique presque dérangeante pour celui qui a regagné défait les vestiaires sans s’être procuré LA MOINDRE balle de break?

Problème: ce n’était pas Nadal, ce jeune inconnu qui avait été fessé de la sorte, mais Federer, sévèrement dominé sur un court qui n’était pas en terre battue, mais en dur. Comme si le tempo était déjà donné dans un tête-à-tête pratiquement écrasé aujourd’hui par l’Espagnol qui mène 23-10 dix ans plus tard, Federer n’ayant étrangement jamais mené dans ce face-à-face électrique qui fascine la terre entière (ou du moins la partie qui s'intéresse au tennis).

Comment s’était déroulée la rencontre?

Il est possible de s’en faire une idée en la revoyant ici en entier, mais notons déjà que Nadal, sur service Federer, avait empoché le premier point de la partie grâce à une faute en coup droit du n°1 mondial. De match, il n’y en eut pas vraiment, en fait. Avec son coup droit, Nadal avait dirigé le jeu en trouvant le revers de Federer quand il en avait besoin pour s’ouvrir le terrain.

En février 2004. REUTERS

Il avait diablement assuré le coup aussi en servant 81% de premières balles (des premières-deuxièmes en réalité), histoire de jouer ce tennis-pourcentage qui lui permet d’engager le bras de fer de l’échange à venir.

Business (already) as usual, a-t-on envie d’écrire a posteriori. Avec cette précision tout de même: Nadal avait capitalisé... 13 des 14 points où il s’était retrouvé au filet, y compris celui disputé sur la balle de match et terminé par un smash.

L’adolescent, avec son look d’indien, prouvait déjà qu’il était loin d’être un espoir au jeu unidimensionnel.

Ce dimanche-là, Federer avait l’excuse alors, il est vrai, de ne pas être complètement dans son assiette.

Victime d’une insolation doublée d’une gastroentérite quelques jours plus tôt au tournoi d’Indian Wells, en Californie, où il s’était tout de même imposé, il avait admis ensuite devant la presse qu’il n’était pas dans ses meilleures dispositions:

«J’avais beaucoup entendu parler de lui, je l’avais vu jouer et je n’ai pas été surpris du tout de sa performance. Mais c’est vrai que, sans être aussi fatigué que lors du match précédent (NDLR: contre le Russe Nikolaï Davydenko battu la veille 6/2, 3/6, 7/5), je sentais que je manquais d’énergie et de cette réactivité qui aurait été nécessaire pour répondre coup pour coup à son jeu agressif. Mais aujourd’hui, j’ai été clairement battu par meilleur que moi.»

De manière presque caricaturale, Rafael Nadal avait, lui, joué (déjà) les modestes parmi les modestes après cet exploit, tant il rechigne depuis toujours, éducation oblige, à se voir trop beau (et c’est encore le cas en 2014 où il continue de déclarer que Federer est le plus grand joueur de l’histoire et, par voie de conséquence, meilleur que lui).

«J’ai bien joué, c’est vrai, peut-être même que j’ai fait le meilleur match de ma vie, avait-il confié. Mais il est évident que Federer était loin de son meilleur niveau. S’il l’avait été, je n’aurais eu aucune chance.»

Mais sa tactique était bien mise en place et d’ailleurs tout, dans le match, prouvait qu’il était bien entré sur le court avec la ferme intension de triompher tant sa détermination crevait les yeux:

«C’est vrai que j’ai joué un tennis presque parfait aujourd’hui parce que j’étais bien agressif, bien installé à l’intérieur du court et que j’ai pu ainsi bien dominer les échanges et lui mettre suffisamment de pression pour qu’il ne puisse pas développer son propre jeu.»

Qu’avait dit la presse de ce premier affrontement? «Nadal frappe à la tête», avait titré L’Equipe quand le New York Times avait choisi: «At His Coming-Out Party, 17-Year-Old Spaniard Shows Federer the Exit

Mais personne ne pouvait évidemment imaginer que ce premier face-à-face allait tourner au véritable feuilleton à succès.

Lors de la conférence de presse de Federer, ici en intégralité, le champion de Bâle, très positif et très élogieux sur son vainqueur du jour, avait indiqué qu’il fallait attendre et qu’il serait intéressant de voir à quel niveau serait Nadal deux ans plus tard. Quatorze mois plus tard, l’Espagnol triomphait pour la première fois à Roland-Garros en surprenant au passage Roger Federer en demi-finales. Le premier de leurs duels en Grand Chelem: encore gagné par Nadal...

Yannick Cochennec

Le match en entier:

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte