Exit le «malaise vagal», bonjour au «malaise lipothymique»

Jean-Yves Nau, mis à jour le 28.07.2009 à 7 h 35

La communication de l'Elysée est parcellaire. Le chef de l'Etat, lui, va bien.


Malaise de Nicolas Sarkozy, épisode # 3 // Episode # 2 Trois bulletins manquent à l'appel // Episode # 1 Le malaise vagal

Lundi 27 juillet, peu après la sortie à 11 heures du président Nicolas Sarkozy de l'hôpital du Val-de-Grâce l'Elysée a, par voie de communiqué, apporté un certain nombre d'informations concernant son état de santé. Comme la veille, aucun bulletin signé par les médecins militaires qui l'ont pris en charge n'a été publié, l'Elysée souhaitant à l'évidence maîtriser la totalité des informations sur ce dossier.

Contrairement aux hypothèses communément avancées depuis près de 24 heures dans les milieux de la cardiologie et de la médecine vasculaire, le communiqué élyséen réfute toute cause cardiologique au malaise brutal dont a été victime Nicolas Sarkozy lors de son jogging de la veille. Aucune cause et aucune conséquence cardiologique, assure le Palais de l'Elysée. De la même manière, aucune cause et aucune conséquence neurologique ou métabolique.

Le détail est donné des différents examens qui ont été effectués et qui, tous ou presque, avaient pour but d'explorer les pistes cardiologiques et neurologiques et d'évaluer les possibles conséquences: bilans sanguins, électroencéphalogramme, examen cérébral par imagerie à résonance magnétique etc. Il faut y ajouter, dans la matinée du 27 juillet une coronarographie, examen radiologique visant à évaluer la qualité du réseau artériel qui assure la vascularisation du muscle cardiaque. De la même manière, et contrairement là encore aux hypothèses évoquées par les spécialistes, aucun trouble du rythme cardiaque n'a été enregistré.

Conséquence de ce bilan médical exhaustif et négatif: aucun traitement médical n'a été prescrit au chef de l'Etat, les conseils de ceux qui l'ont pris en charge se bornant à un «repos de quelques jours»; repos que l'Elysée qualifie de «relatif». Aussi, le déplacement programmé mardi 28 juillet au Mont Saint-Michel sur le thème de la protection et de la valorisation du patrimoine de la France est-il «reporté à une date ultérieure», tandis que, toujours selon l'Elysée, Nicolas Sarkozy devrait bien présider le Conseil des ministres du mercredi 29.

Reste le diagnostic porté pour expliquer ce malaise qui demeure pour l'heure une énigme biologique. Il s'agit officiellement d'un «malaise lipothymique d'effort soutenu, par grande chaleur et sans perte de connaissance, dans un contexte de fatigue liée à une charge de travail importante».

Nous passons donc du diagnostic de «malaise vagal» porté dans l'urgence par Patrick Balkany (député UMP, maire de Levallois-Perret) au malaise «lipothymique». Qu'est ce à dire? La lipothymie est une entité plus ou moins pathologique aux contours très flous, et rarement évoquée dans un contexte de grande urgence et d'hospitalisation immédiate. C'est un ensemble qui se caractérise d'ordinaire par une impression progressive de vertige et d'évanouissement imminent avec un cortège mêlant sueurs, pâleur, troubles visuels et auditifs parfois précédés de sensations nauséeuses.

«Un malaise lipothymique d'effort»? D'un point de vue médical, cela ne veut strictement rien dire, commente un cardiologue. On pourrait aussi parler de «malaise idiopathique.» L'adjectif idiopathique est utilisé en médecine que l'on ne parvient pas à attribuer une cause connue à un phénomène pathologique. «Un malaise lipothymique d'effort»? Dr Google ne connaît pas...

Jean-Yves Nau

(Photo: Reuters)

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