France

Nicolas Sarkozy hospitalisé: trois bulletins de santé manquent à l'appel

Jean-Yves Nau, mis à jour le 27.07.2009 à 12 h 43

Les promesses de campagne du candidat Sarkozy sur la santé du chef de l'Etat n'ont pas été tenues.

En mai 2007, interrogé par Le Monde à la veille du second tour de l'élection présidentielle Nicolas Sarkozy avait répondu: «La question controversée de l'état de santé du Président (...) a pu se poser par le passé — je pense en particulier aux présidents Pompidou et Mitterrand, mais, à ma connaissance, elle ne me semble pas aujourd'hui d'une actualité brûlante. (...) Ce qui doit préoccuper les Français au travers de cette question, c'est de savoir si l'état de santé du Président l'empêche ou non d'assumer ses responsabilités. Le chef de l'Etat n'est pas (...) un citoyen comme les autres. Il est normal que les Français soient (...) assurés de sa capacité à exercer les devoirs du mandat qu'ils lui ont confié.»

Questionné sur le fait de savoir si, en cas de problème de santé, il s'engagerait à adopter la démarche de transparence désormais systématiquement mise en œuvre aux Etats-Unis par tous les responsables politiques de haut niveau, le futur président de la République répondait par l'affirmative; à la condition toutefois que les informations divulguées soient circonscrites à la question médicale soulevée. Les Français, déclarait-il alors « n'ont pas (...) besoin d'avoir accès à l'ensemble [du] dossier médical dans les moindres détails. Si je suis élu, je m'engage à publier un bulletin de santé dès mon entrée en fonction, au moins deux fois par an ensuite, et plus si l'évolution de mon état de santé devait le justifier».

Un premier bulletin de santé avait été publié cinq jours après son élection déclarant en substance qu'il était apte à exercer ses fonctions. En janvier 2008, on apprenait que le président de la République avait été hospitalisé du 21 au 22 octobre 2007 à l'hôpital du Val-de-Grâce pour une angine à staphylocoques dorés initialement mal prise en charge et compliquée d'un phlegmon à la gorge. Une incision du phlegmon avait alors été pratiquée et un traitement par antibiotiques d'une quinzaine de jours institué. Cette information avait alors été révélée par les journalistes Denis Demonpion et Laurent Léger dans l'ouvrage «Cécilia, la face cachée de l'ex-première dame». Cette hospitalisation avait été décidée trois jours après l'annonce du divorce de Nicolas d'avec Cécilia. Elle n'avait pas été rendue publique.

Le 13 janvier 2008, Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée faisait valoir sur Canal+ qu'il ne fallait voir là qu'une affaire anecdotique. Le séjour à l'hôpital n'avait duré que quelques heures. De fait tout ceci n'avait nullement empêché Nicolas Sarkozy de remplir, dès le lendemain, les multiples charges d'un voyage d'Etat au Maroc. Claude Guéant assurait alors que le prochain bulletin de santé du président de la République serait publié en mai 2008. Il ajoutait que le chef de l'Etat avait choisi un rythme annuel de publication, faisant valoir que sa santé était «suffisamment bonne pour qu'il n'y ait pas de suivi quotidien».

Ces engagements et ces annonces n'ont pas été suivis d'effet. Au total, seul deux bulletins de santé ont, à ce jour, été publiés: celui du lendemain de l'élection de mai 2007 et un autre le 3 juillet 2009 faisant état d'examens cardio-vasculaires et sanguins «qui se sont révélés normaux».  Soit trois bulletins de santé manquant à l'appel.

Sans doute les spécialistes de la communication présidentielle ont-ils postulé que la médiatisation régulière de l'(hyper)activité physique du chef de l'Etat permettait amplement de faire l'économie de la publication promise de bulletins de santé semestriels. Tel n'est plus, désormais le cas, le paradoxe voulant que cette même activité physique pratiquée en public soit à l'origine d'un accident dont l'origine et les conséquences médicales sont encore imprécises. En toute hypothèse, ce nouvel épisode conduit d'ores et déjà à reposer la question de la transparence quant à l'état de santé de celui qui exerce la fonction présidentielle. Cette question n'a jamais trouvé de réponse satisfaisante sous la Ve République et ce alors même que depuis une dizaine d'années des propositions concrètes ont été faites en ce sens. J'y reviendrai.

Jean-Yves Nau

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Image de une: Nicolas Sarkozy en juin, pour présenter son plan pour le «Grand Paris» / © Elysee.fr

Jean-Yves Nau
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