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Après la Crimée, quels pays de l'ex-URSS se retrouvent dans le collimateur de Poutine?

Daniel Vernet, mis à jour le 24.03.2014 à 17 h 32

Le président russe a fait de la défense de ses compatriotes vivant hors des frontières de la Russie le cœur de sa doctrine expansionniste.

Vladimir Poutine lors de la cérémonie de clôture des JO paralympiques, le 16 mars à Sotchi. REUTERS/Alexander Demianchuk

Vladimir Poutine lors de la cérémonie de clôture des JO paralympiques, le 16 mars à Sotchi. REUTERS/Alexander Demianchuk

Ancien dissident prisonnier du Goulag, devenu un temps président du Comité des droits de l’homme, Sergueï Kovaliev cite volontiers un proverbe qui n’est pas seulement russe: l’appétit vient en mangeant. Après avoir détaché l’Ossétie du sud et l’Abkhazie de la Géorgie en 2008, après avoir avalé la Crimée, où Vladimir Poutine va-t-il s’arrêter? Dans son discours du mardi 18 mars devant la nomenklatura réunie au grand complet, il a déclaré: n’ayez pas peur, nous ne voulons pas annexer l’est et le sud de l’Ukraine. «D’ailleurs nous n’en avons pas besoin», a-t-il ajouté laissant à penser qu’il a déjà accumulé assez de moyens de pression sur Kiev.

Cependant il a fait de la défense de ses compatriotes vivant hors des frontières de la Russie le cœur de sa doctrine expansionniste. Or ils sont 25 millions de Russes qui, à la suite de la dissolution de l’Union soviétique en 1991, se sont retrouvés à l’extérieur, dans ce que Boris Eltsine appelé déjà «l’étranger proche».

En Géorgie comme en Crimée, la méthode a été la même: les Russes ou russophones se disent menacés, ils appellent à l’aide la «mère partie», la Russie vole à leur secours et en profite pour engranger un nouveau territoire appartenant à un Etat souverain.

1. Arménie, 2. Azerbaïdjan, 3. Biélorussie; 4. Estonie; 5.Géorgie; 6. Kazakhstan; 7.Kirgyzistan; 8. Lettonie; 9.Lituanie; 10. Moldavie; 11. Russie; 12. Tadjikistan; 13. Turkmenistan; 14.Ukraine; 15. Ouzbekistan. Carte Wikimedia Commons license by 3.0.

Les voisins de la Russie ont de quoi s’inquiéter. A peine l’annexion de la Crimée avait-elle été officialisée que les autorités sécessionnistes de Transnistrie manifestaient leur intention de demander leur rattachement à la Fédération de Russie. La Transnistrie est une région de quelques centaines de milliers d’habitants appartenant à l’ex-république soviétique de Moldavie mais occupée par les troupes russes depuis les années 1990.

En Asie centrale, les minorités russes représentent moins de 10% de la population, sauf au Kazakhstan où les citoyens d’origine russe sont près de 24%. Noursultan Nazarbaïev, le président tout puissant de cet Etat riche en matières premières, a de quoi s’inquiéter. Même s’il est un allié de Poutine dans la zone de libre-échange que le président russe voudrait transformer en Union eurasienne, il s’est montré très prudent sur l’affaire de Crimée. Il ne veut pas pour ne pas donner l’impression de cautionner ce qui pourrait être un précédent. Même chose pour le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko qui ne serait pas opposé à une union avec Moscou à condition de garder son pouvoir.

Les plus fortes minorités russes se trouvent par ailleurs dans deux républiques baltes, l’Estonie et la Lettonie –un quart environ de la population et même 50% à Riga, la capitale lettone. (En Lituanie, le troisième Etat balte, les Russes représentent moins de 6%). Au début des années 1990, Moscou a essayé d’agir sur ces minorités pour retarder, voire empêcher, l’adhésion de l’Estonie et de la Lettonie à l’Otan et à l’Union européenne. Sans y parvenir. Les Baltes restent très dépendants de la Russie, notamment pour leur approvisionnement énergétique (100% pour le gaz). Pourtant ils se sentent moins vulnérables que l’Ukraine, par exemple, du fait de leur intégration dans le système occidental.

La protection fournie par l’Europe ou l’Otan est certes relative. Elle n’a pas encore été mise à l’épreuve. Vladimir Poutine s’est attaqué jusqu’à présent à des Etats ex-soviétiques qui avaient des velléités d’adhérer à l’Otan mais avant que cette adhésion soit effective. Au printemps 2008, la France et l’Allemagne se sont opposées à la participation de la Géorgie et de l’Ukraine au programme de pré-adhésion à l’Otan soutenu alors par le président américain George W. Bush. Paris et Berlin voyaient dans cette opposition un geste de conciliation vis-à-vis de Moscou. Vladimir Poutine l’a comprise comme un signe de faiblesse. Quelques mois plus tard, il profitait d’une maladresse de Mikhail Saakachvili pour entrer en guerre contre la Géorgie.

Six ans plus tard, les Occidentaux jugent tout aussi inacceptable l’annexion de la Crimée par la Russie que le dépeçage de la Géorgie. Mais hors du recours à la force qu’ils refusent à juste titre, ont-ils les moyens de couper l’appétit du président russe?

Daniel Vernet

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Journaliste
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